« Sauvons le Cameroun, otage de deux extrémismes criminels : le centralisme biyaïste et le sécessionnisme ambazonien ! »

Vendredi 18 Mai 2018 - 19:57


 

L’Appel de Franklin Nyamsi

Président du Collectif Diasporique Camerounais

Paris, France
 


 

    Le sang coule abondamment depuis de longues années au Cameroun. Le feu roule et couve, des frontières aux entrailles de ma terre natale. Et ce sang qui coule est davantage celui des innocents, pris entre deux feux ennemis, que des coupables, résolus à s’accaparer la république par la violence. Et ce feu qui couve et roule à travers le pays brûle au passage davantage les plus vulnérables que ceux qui, repus de suffisance et d’impunité, l’attisent et le répandent cyniquement. Quelle est donc la cause de cette apocalypse continue, larvée, insidieuse et monstrueuse qui détruit lentement et sûrement mon  pays natal ?

Je récuse les stratégies paresseuses et dilatoires de bouc-émissarisation de l’étranger. Accuser sans cesse la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les USA, etc. d’instrumentaliser les Camerounais, c’est refuser de voir que le malheur le plus atroce d’un peuple vient d’abord de sa propre incapacité à se débarrasser de ses dirigeants les plus indignes, donc de sa propre servitude volontaire. Les accusations anti-impérialistes, bien que fondées en partie, sont davantage des fuites de responsabilité que des solutions viables à l’impasse du pays. On ne peut  raisonnablement diriger une réserve de matières premières stratégiques sans prévoir de gérer la convoitise des grandes puissances.

    Les imprécations anti-impérialistes dans nos médias locaux, faites pour normaliser l’impuissance collective,  conviennent en réalité aux excités des journaux et plateaux de télévision aux ordres, préparés par les factions en présence pour distraire les Camerounais de la réalité de leur misère.

Notre devoir est autrement,  de voir les choses en face. Et dès lors, d’éclairer la contradiction centrale qui étrangle le pays. Le Cameroun a été pris en otage depuis de nombreuses années par deux stratégies politiques toutes aussi criminelles et détestables l’une que l’autre : le centralisme d’Etat jacobin de M. Paul Biya et le sécessionnisme d’Etat irrédentiste de M. Ayuk Tabe.

    Je me propose dans la présente tribune, d’analyser et décrire l’une et l’autre stratégies avant d’indiquer une troisième voie, celle qui me semble être la seule à même de conduire le peuple camerounais vers le progrès social, économique, culturel et politique le plus raisonnable et harmonieux possible. Cette troisième voie, que je propose depuis de longues années aux forces relativement saines de la classe politique et de la société civile camerounaise, est celle de la transition démocratique vers un Etat de droit fédéral en phase avec les attentes légitimes du 21ème siècle camerounais.
 

Le centralisme jacobin du régime de M. Paul Biya : une conception arbitraire et criminelle de l’Etat
 

    L’Etat actuel du Cameroun est caractérisé par la concentration massive et exceptionnelle des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire entre les mains d’un seul homme, le monarque et résident présidentiel Paul Biya.

     Héritier de l’Etat unitaire fondé par le régime de parti unique de M. Ahmadou Ahidjo - lui-même installé par l’ancien régime colonial français -  après l’éclipse dès le 20 mai 1972 de la République Fédérale proclamée en 1961, M. Biya, arrivé dans les meubles de la République en 1961 n’a eu cesse de siphonner vers son antre de Yaoundé et son repaire de Mvomeka’a, l’essentiel des libertés fondamentales du peuple camerounais. IL a un pouvoir écrasant de nomination dans toute la république, et ses nominés se reconnaissent comme «  les créatures de Paul Biya » (Jacques Famè Ndongo dixit). M. Biya peut se permettre de truquer les élections (1992, contre le candidat de l’UPC, Ni John Fru Ndi). M. Biya peut se permettre de piétiner la constitution (mépris de l’article 66 sur la déclaration publique de son patrimoine).

    M. Biya, profitant de l’accaparement de la lutte contre la corruption dès le régime Ahidjo, par le pouvoir exécutif, peut instrumentaliser la justice pour briser toutes les velléités de succession interne dans son propre régime. La prison centrale de Kondengui est pleine à craquer de tous ceux qui de près ou de loin, à l’intérieur du RDPC au pouvoir, ont envisagé un tant soit peu de le remplacer.

    M. Biya peut se permettre de faire impunément massacrer des Camerounais dans les rues du pays par ses troupes spéciales (Exécutions sommaires et massives d’adversaires politiques et militaires lors de la tentative de coup d’Etat d’avril 1984, Affaire des disparus de Bépanda en 1997, des exactions des Commandements opérationnels, des massacres lors des revendications démocratiques en 91-92, des massacres de centaines de Camerounais de février-mars 2008 lors des émeutes dites de la faim, massacres en cours au Cameroun Anglophone depuis près de trois ans, et j’en passe).

    M. Biya peut, en vertu de sa conception centraliste et arbitraire du pouvoir, contrôler tout le système électoral, exclure du droit de vote des millions de bi-nationaux camerounais, organiser sa perpétuation à la tête de l’Etat par le monopole personnalisé des forces armées spéciales du pays et l’usage permanent des services secrets au seul service de sa sécurité personnelle.  

C’est donc au nom de cette organisation confiscatoire du pouvoir, à partir de la seule personne du Président Paul Biya et pour l’unique personne du Président Paul Biya, souverain pontife local, que le Cameroun est à feu et à sang, va à hue et à dia, pour que vive et survive le pouvoir de M. Paul Biya. « Fiat Paul Biya, pereat mundus ! »

    Qui n’a pas compris qu’on ne peut mettre fin au système-Biya avec une conception arbitraire du pouvoir tout aussi stérile que la sienne ? Qui n’a pas compris que le régime Biya étant par essence antidémocratique, c’est l’instauration effective de l’Etat de droit dans tout le territoire camerounais qui devrait être la priorité transcendante de toutes les luttes politiques ? Le système-Biya a  en fait réussi, par sa normalisation de la violence, de la corruption et du mensonge politiques, à fabriquer des ennemis-jumeaux.
 

Le sécessionnisme irrédentiste de M. Ayuk Tabe : une conception archaïque et criminelle de l’Etat

    Le mouvement sécessionniste ambazonien se revendique une légitimité triple : juridique, morale et politique. En vertu de cette triple assise, il s’est octroyé le droit de tuer. Examinons cette légitimité et cet auto-octroi suprême. La légitimité de droit du mouvement sécessionniste ambazonien tiendrait de l’escroquerie juridique dont l’ancien British Cameroon aurait été victime dans le processus de réorganisation de la République Fédérale du Cameroun après la réunion de Foumban en 1961. Ayuk Tabe et son mouvement armé revendiquent l’indépendance de l’ancien British Cameroon au nom de la spécificité britannique de la culture éducative, politique et juridique de ce territoire.

Or, s’il est vrai que l’élite du Cameroun francophone dirigée alors le Président Ahmadou Ahidjo a progressivement damé le pion aux leaders du Cameroon anglophone, comment nier qu’avant la mise sous tutelle française et britannique en 1916, le territoire du Cameroun était un protectorat allemand ? Et si l’on ne nie pas cela, comment dès lors revendiquer uniquement la restitution du British Cameroon pour les mêmes raisons que l’on pourrait revendiquer la restauration du Deustcher Kamerun ?

    La légitimité morale de l’actuel mouvement insurrectionnel ambazonien se revendique un fondement dans le droit imprescriptible à la légitime défense et à la désobéissance civique contre les dictatures. Et certes, le droit des peuples de résister aux dictatures est assurément fondé. Pourtant, s’il n’y a aucun doute que la violence arbitraire du régime Biya envers tous les citoyens vulnérables du Cameroun est une incontestable source du droit de résistance, comment comprendre que Monsieur Ayuk Tabe et le mouvement ambazonien armé ne songent point que d’autres Camerounais devraient, selon la même logique, prendre les armes contre tous ceux qui contestent l’antériorité de l’unité politique du Kamerun allemand sur les Cameroun français et British Cameroon ?

Manifestement, aucune légitimité morale ne peut fonder le sécessionnisme, dans un territoire camerounais antérieurement unitaire, habité par des populations profondément mixées et métissées depuis des siècles, et majoritairement déterminées à vivre ensemble. La seule résistance légitime qui s’impose à tous les Camerounais est donc  la lutte pour l’instauration d’un Etat de droit juste et utile pour tous.

    La légitimité politique dont se targue le mouvement ambazonien aujourd’hui semble se fonder sur la volonté de se doter des emblèmes et institutions typiques d’une puissance, afin d’obtenir comme une crédibilité rétrospective. Les sécessionnistes du British Cameroon disent qu’ils ont le droit de former un nouvel Etat parce qu’ils s’acharnent à s’en offrir les apparences.

En brandissant son drapeau, son embryon d’armée, ses médias d’Etat, ses actions militaires sanglantes, ses résidus de territoires arrachés au contrôle du régime centraliste criminel de Paul Biya, le mouvement ambazonien s’installe dans une logique de terreur et d’horreur qui ne peut que ternir, à court et long terme sa cause, d’autant plus qu’il se prive ainsi de la sympathie de l’écrasante majorité des Camerounais. Toute politique de division et de discrimination entre Camerounais ne peut qu’être vouée à l’échec. N’est-il pas temps que le régime Biya et la rébellion ambazonienne le comprennent ?


 

Sauvons le Cameroun, otages de deux extrémismes criminels : méthodologie du salut national

    Le peuple camerounais est désormais confronté à deux tâches historiques urgentes : se débarrasser de la dictature du régime UNC-RDPC du duo Ahidjo-Biya en instaurant un nouveau contrat sociopolitique national qui permettra également de mettre un terme à la crise anglophone et aux ambitions du mouvement sécessionniste ambazonien.

Le combat camerounais essentiel n’est donc pas la prochaine élection présidentielle d’octobre 2018, d’ores et déjà bouclée par l’organisation électorale truquée par l’ELECAM-Biya.  A tout le moins, l’élection présidentielle 2018 doit être utilisée comme une étape d’une longue marche vers les objectifs suivants, tous focalisés sur l’Etat de droit nécessaire :

  1. Amener par une vaste lutte citoyenne organisée et déterminée, le Président Biya à prendre sa retraite politique après plus de soixante ans dans l’appareil d’Etat Camerounais et 36 années d’exercice autocratique du pouvoir. Telle était la substance de ma Lettre du 18 janvier 2018 au Président Paul Biya. Une invite à la démission pure et simple ou à l’acceptation d’une transition politique à court terme, avant son départ définitif et pacifique du pouvoir.

 
  1. Rassembler les forces politiques conscientes afin de mettre en place, une fois que Monsieur Biya aura renoncé à se perpétuer par la force et les trucages électoraux au pouvoir, une transition politique consensuelle et inclusive vers une réforme fédérale de l’Etat du Cameroun, en sept ou 9 Etats fédérés, afin de couper autant l’herbe sous les pieds du centralisme jacobin que sous ceux du sécessionnisme irrédentiste, deux options également suicidaires pour le Cameroun.

 
  1. Organiser un référendum exemplaire sur la nouvelle Constitution de la République Fédérale du Cameroun, afin que triomphe un nouveau contrat sociopolitique national, permettant aux Camerounais de pouvoir contrôler dans la proximité des gouvernements locaux élus, la gestion de leurs richesses et le respect des lois collectivement reconnues justes.

 
  1. Organiser à l’issue de ce référendum, des élections dans les Etats fédérés, puis dans la République Fédérale, afin de doter le Cameroun d’un Président et d’un Vice-Président Fédéraux co-élus, de Gouverneur et Vice-gouverneurs co-élus, d’un gouvernement fédéral et de gouvernement fédérés réellement élus.  

 

    Pour réaliser ces quatre étapes essentielles de la marche du Cameroun vers le salut, rien n’importe autant que d’éviter le piège tendu de la violence, tant préférée par le régime centraliste de M. Biya que le mouvement sécessionniste de M. Ayuk Tabé. IL convient donc qu’une nouvelle alliance républicaine rassemble les citoyens déterminés à aller vers la Transition Politique vers la République Fédérale du 21ème siècle camerounais. IL convient ensuite que l’ensemble des partis politiques qui se reconnaissent dans cette vision du changement politique au Cameroun se retrouvent dans cette alliance citoyenne.
 

IL convient enfin que les classes défavorisées, la petite et moyenne bourgeoisie, la bourgeoisie administrative et des affaires, mais aussi l’ensemble des Patriotes de toutes les forces vives du Cameroun, prennent à cœur de soutenir cette Alliance des Forces Nouvelles du Cameroun, afin que soit économisé, par une mobilisation citoyenne massive et non-violente,  le sang de notre peuple et que la force du nombre organisé contraigne les deux grandes factions violentes en présence – le régime criminel de M. Biya et la rébellion sécessionniste de M. Ayuk Tabé- à se résoudre à la nécessaire transition vers un nouvel Etat Fédéral du Cameroun contemporain.

 

Mobiliser tous les moyens nécessaires à une telle œuvre de salut collectif est désormais la seule action politique sensée au Cameroun. C’est cette conviction que je voudrais partager avec toutes les Camerounaises, tous les Camerounais et tous les Amis de bonne volonté du Peuple Camerounais.
 

Fait à Paris, le 18 mai 2018

 




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