Santé/ Chabenne Sami, DG de Novamed : « Une bonne médecine, c'est un bon médecin, un bon plateau technique, un bon système de diagnostic…. »

Mardi 24 Avril 2018 - 13:14


 

Solution novatrice pour les cardiaques et autres malades du cancer ? C’est le pari que se promettent de relever les responsables du groupe Novamed, un nouveau groupe médical qui poursuit son déploiement à Abidjan et à l’intérieur de la Côte d’Ivoire. Dans cet entretien, son directeur général, Sami Chabenne explique tout.

 
 

Monsieur le Directeur, à peine installé, votre groupe procède à des rachats de nombreuses cliniques sur Abidjan. Qu’est-ce qui explique ce mouvement.

 

L’idée de l’investissement de Novamed, c’est d’améliorer l’offre de santé en Afrique de l’Ouest francophone, en général et en particulier, en Côte d’Ivoire. Nous avons constaté avant la constitution du groupe qu’il y avait une classe moyenne en pleine expansion, qu’il y avait une offre de santé insuffisante du point de vue qualitatif. L’offre s’est améliorée. Mais, quand on a démarré nos études, elle était de très faible qualité. Enfin, et surtout, on s’est rendu compte que les maladies dites longue durée, telles le cancer, les complications cardiaques et autres, constituent en Europe une dépense qui représente plus de 50% à 60% des dépenses de santé. Ici, l’offre est très faible. Nous basant sur ce constat, on s’est dit qu’il y a une possibilité de développer quelque chose de meilleure qualité, qui soit aux standards internationaux, et qui réponde à la demande des consommateurs ivoiriens de la classe moyenne.

 

Pourquoi avez-vous opté pour le rachat de cliniques déjà existantes au lieu de construire une grande officine propre à vous?

 

En fait, on a exploré les deux options parce que le groupe a initié trois grosses activités à partir de rien. Une activité de diagnostic qui est le plus grand centre de diagnostic existante aujourd’hui en Côte d’Ivoire et qui est à la rue Nogues d’Abidjan Plateau. Le groupe a initié aussi la construction d’un centre d’oncologie à côté de la polyclinique des Deux Plateaux. Là, c’est une construction à partir de rien. Enfin, le groupe a réaménagé la polyclinique de l’Indénié pour libérer un espace pour ouvrir un centre de cardiologie, qui est un tout nouveau centre. Maintenant, pour le reste, nous pensons qu’il est plus intéressant, pour être plus pertinent et plus juste dans l’offre de santé, de partir de choses qui existent, de les faire évoluer. En partant des choses qui existent, on a déjà des équipes médicales. On a déjà une connaissance du marché et des pathologies. Bref, on a quelque chose qui existe et qui est de nature à nous permettre d’être plus pertinents dans la constitution de l’offre de santé et surtout d’être plus rapides puisque pour construire de nouvelles cliniques, l’équivalent des 10 à 12 cliniques dont vous parlez, il nous faut un minimum de 5 à 6 ans. Donc, nous aurions été absents du paysage pendant 5, 6 ans, et il aurait fallu aller chercher les mêmes médecins que ceux qui sont dans les cliniques existantes aujourd’hui pour ces nouvelles cliniques. Vous noterez que c’est beaucoup plus pertinent de faire cela et complémenter nos achats par des spécialités qui n’existent pas sur lesquelles on va construire des choses nouvelles. Il s’agit notamment, comme je le disais, de la cardiologie, l’oncologie et le centre de diagnostic.

 

Comment procédez-vous, par un rachat total ou une entrée dans le capital de ces cliniques qui existent ?

Dans la grande majorité, c’est une entrée dans le capital. Ça dépend de la situation ou de ce que veulent les actionnaires. Mais, le schéma préféré du groupe, c’est un schéma d’association avec les médecins existants dans quasiment toutes nos cliniques. Nous avons des partenaires locaux, dont des médecins qui sont avec nous. Nous privilégions un schéma de partenariat parce que la réussite d’un tel groupe ne peut se faire que dans la logique du partenariat.

Qu'est-ce qui explique que vous démultipliez vos locaux au lieu d'asseoir une grande structure comme c'est le cas sur place ici ? Est-il permis, dans le domaine médical, d'avoir des filiales ou des succursales comme vous êtes en train de le faire ?

 

Quand on voit l'évolution de ceux qui s'est passé en Europe, on a commencé par constituer des cliniques par zone, et après, ces cliniques ont été concentrées. Je crois qu'aujourd'hui le besoin de proximité est très important. Il y a beaucoup de spécialités locales, de l'infectieux, du couple mère-enfant, des choses classiques de diagnostic, et là-dessus, c'est le poids local qui prime. L'habitude actuelle, c'est une consultation de proximité sauf sur des grandes spécialités. C'est pourquoi, nous n'avons développé qu'un seul centre de cancer et un seul centre de cardiologie qui vont s'adresser à toute la Côte d'Ivoire. Donc, on distingue deux sortes d'activités. Ce qu'on appelle l'activité de proximité que fait une clinique ici comme activité classique et pour laquelle la proximité est importante, et l'activité de spécialité pour laquelle il est important, comme vous le dites, de ne pas se démultiplier, parce qu'il y a un effort énorme de démultiplication, et donc on est plutôt dans une logique de concentration.

En ciblant la classe moyenne, prenez-vous en compte ceux de l'intérieur du pays, vu que la plupart de vos officines sont concentrées sur Abidjan ?

Nous sommes présents à San-Pédro, et aussi à Bouaké. Nous envisageons d'autres présences. Même au niveau d'Abidjan, nous ne sommes pas présents que dans les quartiers dits ''de classe supérieure'' ou de ''classe moyenne supérieure''. Nous venons d'acquérir une clinique à Yopougon et nous sommes présents à Treichville. Donc, notre tendance est plutôt de descendre et couvrir le plus grand nombre.

Dans le domaine médical, des gens se familiarisent parfois à des médecins qui sortent du lot et drainent du monde. Comment vous y prendrez-vous avec la démultiplication de vos bases si des cas similaires se présentaient ?

 

Dans la médecine, il y a beaucoup de très bons médecins. Une bonne médecine, c'est un bon médecin, un bon plateau technique, un bon système de diagnostic, une bonne coopération entre les différentes entités. C'est ce que nous essayons de mettre en place. Nous essayons de nous mettre aux normes. C'est pour cela qu'il y a un effort énorme qui est déployé au sein du groupe pour faire de la qualité. C'est vrai qu'il y a des médecins exceptionnels, mais la bonne médecine, ce n'est pas celle de médecins exceptionnels, mais celle d'un bon médecin avec un bon plateau technique, un bon process, une bonne gestion, etc. Vous pouvez avoir le meilleur chirurgien du monde, si les accompagnants ne sont pas bons, vous aurez toujours une qualité qui laisse à désirer. C'est toujours le maillon le plus faible dans la chaîne qui détermine la qualité. Nous essayons de couvrir l'ensemble des maillons pour être sûrs d'avoir une bonne qualité.

En même temps que vous effectuez des investissements pour vous installer, vous ouvrez le capital du groupe. Comment expliquer cette politique?

Toutes les entreprises fonctionnent de la sorte. Nous avons un plan, et l'ambition est grande, forte. Aujourd'hui, nous sommes présents dans deux pays, nous voulons être présents dans 5 à 10 pays dans les années qui viennent, nous voulons couvrir de plus en plus de spécialités, améliorer nos cliniques. Donc, on fonctionne par phase. Il y a une première phase majeure qui est déjà acquise et qui se termine maintenant. Il s'agit de la constitution du groupe, puis il y a eu le premier tour de table des cliniques d'Abidjan. Aujourd'hui, on couvre la totalité de la ville d'Abidjan et des principales villes de la Côte d'Ivoire et une ville à l'étranger qui est Ouagadougou. On a mis en place notre dispositif. On a lancé les deux gros investissements que sont la cardiologie, l'oncologie et le centre de diagnostics. Donc, nous avons atteint une première phase de notre développement. Aujourd'hui, on est en train de nous faire accompagner pour aller dans une 2ème grosse phase de notre développement qui est la croissance à l'étranger et l’amélioration des cliniques qui ne le sont pas encore, typiquement celles de Yopougon et de Ouaga pour en faire des cliniques de référence. Il n'y aura pas que ces deux phases. Il y aura une 3ème, une 4ème phase. C'est un travail de longue haleine, car le groupe ambitionne de croître régulièrement, de ne pas s'arrêter à sa croissance actuelle.

 

Novamed indénié

Les patients déjà reçus au Centre de cardiologie de L'Indénié

 

Qu'est-ce qui explique le choix de la Côte d'Ivoire axé notamment sur des pathologies telles le cancer, les affections cardiaques … ?

 

Nous avons sélectionné la Côte d'Ivoire pour plusieurs raisons. En particulier, en raison de la présence de beaucoup de médecins d'un niveau de compétence supérieur aux autres pays, et d'un historique. Dans la région, la Côte d'Ivoire jouera le rôle de hub et les autres pays vont s’accrocher à elle. Quand ces pays deviendront plus compétents, on ouvrira des centres plus spécialisés sur place.

Pourquoi avez-vous focalisé vos activités sur les segments de la cardiologie et de l'oncologie ? Des études révèlent-elles des prédispositions, à cet effet ?

 

Absolument ! Il y a énormément de problèmes, et surtout beaucoup de patients qui ne sont pas traités. Les traitements sont très coûteux si vous partez à l'étranger. Donc, clairement il y a une valeur à faire les traitements en Côte d'Ivoire.

 

Justement, avez-vous un tarif adapté à cette masse ciblée qui a difficilement accès facilement aux services des soins?

Nos tarifs ont été étudiés et ne sont pas encore publics. Mais, pour vous donner une idée, on sera nettement inférieur, moins de 20% du prix des prestations appliquées en Europe et en Afrique du nord. En plus, on va permettre aux patients de se faire soigner sans frais de voyage et autres coûts supplémentaires. Sachant qu'une bonne partie de ces traitements bénéficie des accords avec des assurances, ce qui manque, c'est que tous les malades n'ont pas les moyens de partir à l'étranger. C'est pour cela que dans notre logique, nous avons deux objectifs : d'abord réduire les évacuations sanitaires, et ensuite permettre aux gens qui n'ont pas les moyens de se faire évacuer de se faire traiter sur place. Donc, on va sauver des centaines de milliers de vies en danger, parce que les gens pourront se faire soigner localement et n'auront pas besoin de voyager pour se faire traiter. Voyez, quand quelqu'un a le cancer, il met toute sa fortune pour aller se faire soigner à l'étranger, pour couvrir des frais de voyage et autres. Mais, au retour, le traitement n'a pas de valeur s'il n'y a pas de suivi. Il faut repartir plusieurs fois pour faire le suivi, et on s'épuise. Sur place, nous proposons un traitement local qui est beaucoup moins coûteux, et un suivi beaucoup plus efficace. Le suivi a un rôle primordial dans la capacité de guérison. Par exemple, avec le Burkina et demain dans d'autres pays, on les accueille, on fait le diagnostic, on les prend en compte juste pour le traitement, et on les renvoie chez eux pour le suivi sur place. Donc, on offre le meilleur du traitement global, ''diagnostic, traitement et suivi'' au moindre coût au plus grand nombre. C'est cela notre leitmotiv.

 

Avez-vous la capacité d’accueillir un flux de malades venant de la sous-région ?

Je vous ai dit Phase 1, phase 2, phase 3, phase 4. Nous sommes équipés d'un grand système de traitement du cancer. Dès que les volumes sont atteints, on peut l'augmenter immédiatement. Dès qu'on augmente le deuxième, on entame la construction du troisième. Donc, on initie la chose, on la maîtrise, parce qu'il faut faire de la qualité. Il s'agit de la vie des patients, et on forme plus de praticiens en plus pour être capable de faire de l'extension et du développement. C'est cela la logique.

Comment se fait le recrutement ? Sur place ou des spécialistes venant de l'étranger ?

Oui, il y en a qui viennent de l'étranger, et il y a des locaux que nous formons depuis plus d'un an. Donc, il y a du local qui est recyclé, il y a de la sous-région et d'ailleurs dans la logique d'amélioration de l'offre et du maintien de la qualité médicale.

A quand le démarrage de toutes ces prestations ?

On va avoir trois grandes annonces bientôt. L'ouverture du Centre de cardiologie qui a commencé timidement sur la phase de consultation, mais qui va faire de la cardiologie interventionnelle à l'Indénié, l'ouverture du Centre de diagnostic et l'arrivée de nouveaux investisseurs pour la phase 2. Tout cela se prépare actuellement.

Les multinationales dans le domaine de la Santé, est-ce que cela est admis tel que vous vous implantez çà et là, en Côte d'Ivoire, au Burkina et ailleurs ?

 

Savez-vous qu'il y a beaucoup de valeurs et d'intérêt à être un groupe ? Il y a beaucoup de synergies qui sont développées, beaucoup de choses mises en commun. Ce sont des capacités de nature à augmenter la qualité médicale, et puis après, nous sommes la seule région au monde où il n'y a pas de groupe médical. Ce n'est donc pas une question de groupes internationaux, mais une question de groupes locaux, un groupe sous-régional qui se développe avec des ressources de la sous-région. Il n'y a aucun problème avec la législation pour le faire.

Etes-vous adossés à d'autres groupes ?

Il y a pas mal de coopérations à distance, notamment avec le Maroc, en ce qui concerne le cancer, la France en ce qui concerne la cardiologie et le Liban pour ce qui est du diagnostic. On a un système de lecture à distance de la radiologie avec des partenaires partout dans le monde pour des avis plus précis et techniques si nécessaire.

A peine installé, vous avez changé d'organisation. A quoi cela répond-il ?

Il n'y a pas eu de changement, mais un renforcement de l'organisation vu l'ampleur de la tâche qui nous attend. Donc, nous avons recruté un nouveau directeur général adjoint qui va apporter un soutien opérationnel aux cliniques, en plus de ce qui existe déjà.

Quelle collaboration avez-vous avec les assurances ?

Nous les avons toutes invitées à avoir un dialogue avec nous, et même à être des observateurs dans notre Conseil d'administration. Il y a une vraie relation de confiance qui doit s'installer entre elles et nous. La santé, c'est une chaîne complexe, et c'est une fois qu'on maîtrise la totalité de cette chaîne qu'on est efficient et efficace. On veut créer de nouveaux produits, on veut travailler avec les assurances sur ces produits spécifiques pour permettre d'augmenter le nombre d'assurés et développer davantage le groupe. Ça nécessite une vraie relation de complicité avec les assurances.

Entretien réalisé par F.D.BONY

 




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