Rapport sur l'Enfer des prisonniers politiques du régime  Ouattara : « Ces camps militaires sont de véritables lieux de tortures à grandes échelles, loin des regards de l’opinion et des parents. »

Mardi 11 Août 2015 - 08:02


2. LES CONDITIONS DARRESTATION
 
La plupart des prévenus sont arrêtés sur dénonciation calomnieuse, avec des méthodes extrajudiciaires, sans mandat d’arrêt légal. Commence alors pour eux un long et périlleux périple qui les conduira soit dans un camp FRCI, soit à la Préfecture de Police d’Abidjan, ou dans un lieu de détention tenu au secret, à la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) puis dans une prison civile.
  2.1. Les méthodes d’interpellation
 
En règle générale, le concerné reçoit un coup de fil d’un proche parent ou d’un ami l’invitant à un rendez-vous dans un lieu public ou un restaurant. Une fois parvenu en ce lieu, l’intéressé est interpellé vigoureusement, roué de coups de toutes sortes puis conduit dans un camp FRCI, à la Préfecture de Police d’Abidjan ou dans un lieu de détention tenu au secret. Ainsi, pour les cas les plus récents, 5 jeunes consommateurs manifestant contre l’augmentation du prix de l’électricité seront arrêtés le 4 juin 2015 en pleine rue. Le 10 juin 2015 à Cocody Deux-Plateaux, ce sera le tour de plusieurs jeunes de l’opposition politique d’être publiquement interpellés alors qu’ils participaient à une conférence de presse sur le bilan des marches éclatées du 9 juin 2015 organisées par la Coalition Nationale de la Jeunesse pour le Changement (CNJC). Ces jeunes leaders, au rang desquels Alain Durand Zagol, Responsable de la jeunesse de l’Union des Nouvelles Générations (UNG, parti d’opposition), Cissé Mariam Marie France (Jeunesse du FPI) et SEPO Alain (Journaliste, activiste pro Gbagbo) sont d’abord conduits et détenus pendant plusieurs jours à la Préfecture de police d’Abidjan, avant d’être écroués à la MACA. Interrogé sur la question au cours d’une interview télévisée, le Chef de l’Etat Ivoirien déclarera ne pas être informé de cette conférence de presse, encore moins du sort des organisateurs.
Dans le même élan, Nestor DAHI, qui succédait à KOUA Justin à la tête de la JFPI après l’arrestation de ce dernier le 4 mai 2015, a été purement et simplement enlevé le 7 juillet 2015 avec une brutalité inouïe. Plusieurs personnes se trouvant près de lui au même moment ont été gardées arbitrairement pendant des jours avant d’être remises en liberté. L’infortuné DAHI sera transféré manu militari le 10 juillet 2015 à la prison de Dimbokro (centre-est Ivoirien) où il croupit à ce jour.
  2.2. Les camps FRCI
 
Ces camps militaires sont de véritables lieux de tortures à grandes échelles, loin des regards de l’opinion et des parents. Les plus connus de ces camps sont la Brigade Anti-Emeutes (BAE) et la « Place de la liberté » à Yopougon, le camp « Génie » d’Adjame dirigé par le redoutable chef de guerre Kone Zacharia. Depuis la mutation de ce dernier à Akouedo, cet autre vaste camp situé dans le quartier chic de la Riviera à Cocody est devenu un des hauts lieux des tortionnaires à la solde du pouvoir.
  2.3. Des aveux arrachés sous la torture
 
Après les premiers aveux arrachés sous l’effet de la torture, ceux qui ne sont pas tués dans ces camps de concentration sont conduits à la fameuse DST située à Cocody où là encore, le supplice continue avant un éventuel déferrement dans une prison à Abidjan ou à l’intérieur du pays.
  2.4. Les nombreuses disparitions et exécutions extrajudiciaires
 
A loccasion dune confrontation au printemps 2014 entre la liste des détenus reconnue par les autorités ivoiriennes et celle du FPI, il s’avère que des centaines de personnes censées prisonnières demeurent introuvables. Cette absence confirme les craintes des familles et amis qui avaient déjà signalé être sans nouvelles de leurs proches.
Selon des sources crédibles, on dénombre plus de 250 jeunes pro-Gbagbo disparus, à l’exemple du jeune N’GUESSAN DADIE Francis, enlevé le 23 août 2012 au quartier Maroc à Yopougon par les FRCI. A l’instar des centaines d’autres disparitions signalées, les recherches effectuées par la Croix Rouge et les ONG des droits de l’Homme pour retrouver l’infortuné DADIE sont restées infructueuses.
2.5. Quelques autres exemples de la brutalité politique ou physique sur les prévenus
Pour mieux cerner la brutalité aveugle qui entoure les conditions d’arrestations, nous nous intéresserons à quelques exemples atypiques :
2.5.1. Les anciens Ministres Moïse LIDA KOUASSI, Raphaël DOGO et ASSOA ADOU ont tous été arrêtés manu-militari respectivement vers la fin 2014 et en janvier 2015, sans considération aucune pour leur rang, sur dénonciation calomnieuse d’un même accusateur répondant au nom de Metch alias Commandant H. Conduits à tour de rôle à la DST, il leur est reproché des faits grotesques auxquels ils sont totalement étrangers, tous inventés pour les besoins de les assigner à la prison. L’accusateur, un jeune homme se présentant volontiers comme le cerveau des attaques de Grabo a cru devoir les citer gratuitement sans preuves, toutes choses vérifiées par les juges d’instruction, avec à l’appui un rapport d’expertise psychiatrique démontrant l’instabilité mental de celui-ci. Malgré tout, le sieur H est en liberté, en attendant d’éplucher de nouvelles victimes pro-Gbagbo, pendant que les anciens Ministres eux croupissent à la MACA.
2.5.2. Comme il fallait sy attendre, lancien ministre Hubert Oulaye a été apostrophé par le délateur H comme étant l’instigateur de l’attaque des casques bleus de l’ONUCI en 2012, alors qu’à cette époque, le Président du Comité de Contrôle du FPI qu’il est, était en exil et il est notoire que c’est cette qualité qui lui a valu son arrestation à cause justement de l’organisation du congrès de son parti à Mama en avril 2015 contre la volonté des autorités au pouvoir.
2.5.3. Arrêtés ensemble le 5 janvier 2012, les nommés KOUABO Bertin, DAMOUE ASSANE, N’GUESSAN Pascal EHOUMAN et ZIRIMBA LOBOGNON Jean-Claude ont vécu l’enfer pendant plusieurs jours d’atrocité, d’abord dans un vieil entrepôt tenant lieu de camp FRCI à Abobo PK18 vers IVOGRAIN, puis à l’Etat-Major des armées au Plateau. Conduits par la suite au poste de police du camp de gendarmerie d’AGBAN, ils seront tous déférés à la MACA le 08 février 2012. Passés en audience du 22 novembre 2013 au 07 mars 2014, le Procureur de la République requerra contre eux 3 ans d’emprisonnement ferme. Contre toute attente, au moment de passer l’affaire en délibéré, la juge NDRI KOUASSI Adèle du Tribunal correctionnel la ramène en instruction au 1er Cabinet d’Abidjan Plateau pour nécessité d’enquête. Ce dossier est caractéristique des dossiers confus car à ce jour, il ne se trouve ni en instruction dans un Cabinet ni en cours de jugement dans une juridiction, alors que les prévenus sont en détention depuis plus de 3 ans sans preuve. A noter que par suite des sévices graves subis sous la conduite d’un certain colonel NDRI KOFFI alias GORBATCHEV, le MDL/Chef DAMOUE ASSANE est devenu malade mental.
 
2.5.4. Interpellé dans une buvette à Yopougon le 14 octobre 2012 à 19 heures, ADOU MELEDJRO Etienne est brutalement conduit au camp FRCI de la BAE. Sous prétexte de ses liens supposés avec le Colonel KONAN Boniface de la Marine nationale dont il fut garde de corps, il est sauvagement bastonné matin et soir pendant près de 15 jours. Pour échapper au regard des agents de l’ONUCI lors de leurs visites régulières dans le camp, l’infortuné ADOU était jeté dans une maison abandonnée non loin de là. Il sera par la suite transféré à la DST puis écroué à la MACA d’où il ne sera présenté devant un juge que 15 mois après. 2.5.5. IRIMA Franck Olivier est lui arrêté en plein moment de prière à Noé le 22 septembre 2012. On lui tire aussitôt une balle dans la cheville droite, puis il est copieusement bastonné avant d’être trainé par terre sur plusieurs centaines de mètres. Comme si cela ne suffisait pas, il est conduit au sous-sol de la Présidence de la République où il est quotidiennement auditionné et frappé pendant 2 semaines. Son supplice continuera à la DST où il passera 30 jours dans une cellule d’isolement blindée. Incarcéré à la MACA au final, il y séjourne encore
  3. LES LIEUX ET CONDITIONS DE DETENTION
 
Les prisonniers politiques sont détenus dans leur grande majorité à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA). Au nombre de 283, les pensionnaires de la MACA représentent environ 74% des prisonniers contre 26% c'est-à-dire 101 autres répartis au Libéria (08), à la Maison d’Arrêt Militaire d’Abidjan (MAMA) et dans diverses prisons à l’intérieur, notamment au centre et au nord du pays : Dimbokro, Bouaké, Seguela, Boundiali, Man, Bouna. Que ce soit la MACA ou ailleurs, les conditions de détention sont extrêmement difficiles pour les détenus qui sont confrontés grosso modo aux problèmes suivants : repas quasi insuffisants (1 seul repas par jour) et indigestes, promiscuité, insalubrité des lieux avec pour conséquences des épidémies fréquentes dues aux maladies contagieuses telles que la tuberculose ou la galle, absence de soins médicaux de base, pas d’eau courante, inadaptation et inaccessibilité pour les personnes en situation de handicap, environnement pollué y compris une floraison de moustiques, etc.
A toutes fins utiles, voici un bref aperçu de trois Centres de détention spécifiques : la MACA, le Camp Pénal de Bouaké et la prison civile de Dimbokro.
  3.1. La MACA
 
Construite en 1981 pour une population carcérale de 1500 personnes, la MACA abrite à ce jour près de 6.000 pensionnaires, soit le quadruple de son effectif initial. Ainsi, une cellule conçue pour 15 prisonniers héberge 60 à 65 personnes dans la réalité. D’où une paupérisation sans cesse croissante avec son lot de misère, de drogue et de violences sporadiques qui engendrent un climat d’insécurité permanent à l’intérieur de la prison.
Au sein de la MACA, les prisonniers politiques ont connu toutes sortes de brimades, dhumiliation et dinfortunes depuis la crise post-électorale de 2011.
Ainsi, ceux-ci étaient systématiquement logés au bâtiment C réservé aux grands criminels déjà condamnés. Une folle rumeur lancée à dessein par les relais internes du pouvoir sur l’existence de caches d’armes au fameux bâtiment C déclencha une attaque à l’arme lourde dudit bâtiment par les FRCI, du 22 au 25 juillet 2013, occasionnant la mort par balles réelles de 50 prisonniers de droit commun et d’un détenu politique du nom de KOFFI N’DRI Boniface. Finalement, aucune espèce d’arme ne sera trouvée sur les lieux malgré une fouille brutale et le drame mortel qui survint.
Sur la question des fouilles, elles ont été parfois l’occasion de mettre les prisonniers politiques nus sans égard ni pour leur sexe ni pour leurs rangs, à l’exemple des officiers supérieurs des ex-FDS, en prenant prétexte de rechercher de la drogue ou des objets interdits dans les parties intimes ou anales.
Comme si cela ne suffisait pas, deux détenus politiques sont morts par négligence volontaire de traitement adéquat, alors que leur état de santé s’était drastiquement dégradé, il s’agit de PEKOULA Joël en novembre 2013, puis de ASSEMIEN Martin le 15 novembre 2014. Cette dernière victime restera longuement Eléments du CCDO, avec armes lourdes, en renfort aux FRCI .
Prisonniers politiques mis nus, devant le bâtiment A, sous le prétexte de fouille inopinée gravée dans la mémoire collective, en raison du handicap moteur qu’elle présentait. En effet, accusé de complot contre la sureté de l’Etat en dépit de son incapacité physique, ASSEMIEN Martin fut d’abord incarcéré à la MACA, puis déporté à la prison civile de Dimbokro (centre du pays) où devant l’aggravation de son état de santé, il est transféré à nouveau à la M ACA à Abidjan d’où il ne recevra pas de soin jusqu’à sa mort.
Ces conditions drastiques de détention ont suscité plusieurs mouvements de grève des détenus afin d’alerter l’opinion sur leur conditions de vie. Une grève de la faim déclenchée en décembre 2014 à la MACA a ainsi servi de prétexte à Mme la Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations-Unies en Côte d’Ivoire pour s’imprégner des dures réalités susvisées puis de s’impliquer activement pour la libération d’une soixantaine de prisonniers politiques début 2015. Dans le même temps, son intervention a permis la mutation de la plupart des prisonniers politiques aux bâtiments A et B.
En juillet 2015, Mme la Représentante Spéciale a remis le couvert en revenant par deux fois à la MACA et obtenant à nouveau des autorités, la libération de 27 prisonniers politiques.
  3.2. Le Camp pénal de Bouaké
 
Construit à l’époque coloniale pour accueillir les grands criminels et les opposants à la politique coloniale, le Camp pénal de Bouaké a la sulfureuse réputation d’être un enfer pour ses pensionnaires. Après l’indépendance de la Côte d’Ivoire et jusqu’à nos jours, ce camp a gardé sa réputation et ses pratiques de prison redoutable où tout est interdit aux prisonniers : visites, émission ou de réception d’appels téléphoniques, sorties dans la cour de la prison, etc.
Dune capacité de 700 places et prévue pour accueillir les bandits de grands chemins, le Camp pénal tient aujourd’hui lieu de détention des prisonniers politiques pro-Gbagbo. Le plus illustre parmi eux est Justin KOUA, leader de la jeunesse du FPI.
3.3. La prison civile de Dimbokro
 
La vieille prison de Dimbokro qui porte encore quelques vestiges de lère coloniale, na rien de différent avec les autres maisons d’arrêt du pays. Mauvaises conditions de détention avec des cellules bondées et suffocantes, la mauvaise qualité de la nourriture, les pensionnaires traités comme des sous-hommes, bref, tout le cocktail pour faire regretter à ceux-ci les actes qui les ont conduits en ce lieu. Ils ont des peines lourdes variant entre 10 et 20 ans pour la plupart d’eux et se recrutent parmi les caïds de la pègre et autres grands criminels. Pour eux, seul vaut l’aspect punitif, la correction ou la resocialisation peut attendre. A longueur de journée, assis à même le plancher dans leurs cellules, certains pleurent. L’espoir perdu, l’existence hypothéquée.
Un pan de la clôture de la prison est d’une hauteur inférieure, ce qui facilite les évasions des détenus qui sont d’ailleurs récurrentes.
La prison civile de Dimbokro héberge 290 détenus dont 6 mineurs et 7 femmes. Depuis quelques semaines, elle accueille DAHI Nestor, leader de la jeunesse du FPI.
 




Voir le rapport intégral et la liste des prisonniers politiques dans les pièces jointes

 




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