Présidentielle en RDC : Paris met en doute la conformité des résultats proclamés

Jeudi 10 Janvier 2019 - 11:30


Le Monde avec AFP et Reuters Publié aujourd’hui à 02h52, mis à jour à 10h27
Temps de Lecture 3 min.
 
A Kinshasa, après l’annonce de la victoire de Felix Tshisekedi à l’élection présidentielle, le 10 janvier. JÉRÔME DELAY / AP
La Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo (RDC) a fait durer le suspense avant de proclamer le nom du successeur du président Joseph Kabila, dans la nuit de mercredi 9 à jeudi 10 janvier. Aux premières heures de jeudi, la CENI a révélé qu’en vertu des résultats provisoires du vote du 30 décembre 2018, l’opposant Félix Tshisekedi était élu à la tête du pays.
« Ayant obtenu 7 051 013 suffrages valablement exprimés, soit 38,57 %, est proclamé provisoirement élu président de la République démocratique du Congo M. Tshisekedi Tshilombo Félix », a déclaré le président de la CENI, Corneille Nangaa.
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Ce résultat sans précédent en RDC peut encore faire l’objet de recours. Les vaincus, parmi lesquels le candidat du parti au pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, ont la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel, qui disposera alors de dix jours pour mener des auditions et juger de la validité des résultats.
Des sympathisants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), de M. Tshisekedi, étaient réunis au siège du parti pour suivre cette soirée électorale. Des policiers ont été déployés autour du siège de la CENI à Kinshasa et sur le principal boulevard de la capitale, par crainte de violences.
<img L’opposant Félix Tshisekedi, élu à la tête de la République démocratique du Congo, à Kinshasa, le 29 décembre 2018. LUIS TATO / AFP

Martin Fayulu dénonce un « putsch électoral »

Trois fois reportée depuis la fin de 2016, cette élection a permis de désigner le nom du successeur du président Kabila, qui n’a pas brigué de troisième mandat, interdit par la Constitution. Trois principaux candidats sur 21 étaient en course : son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, et les deux opposants Félix Tshisekedi et Martin Fayulu.
Les résultats annoncés sont en contradiction avec le décompte effectué par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), selon laquelle la victoire revient à Martin Fayulu, ont cependant déclaré deux diplomates quelques instants après l’annonce de la CENI, rapporte l’agence de presse Reuters. M. Fayalu a d’ailleurs dénoncé, quelques heures après l’annonce de la CENI, un « putsch électoral » : « Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes. »
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« Il semble bien que les résultats proclamés ne soient pas conformes aux résultats que l’on a pu constater ici ou là », a déclaré jeudi le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur la chaîne d’information CNews. « Il faut qu’on garde son calme, qu’on évite les affrontements et que la clarté soit faite sur ces résultats qui sont inverses à ce que l’on imaginait, à ce qui était avancé », a poursuivi Jean-Yves Le Drian. « Cela peut mal tourner, parce que M. Fayulu était a priori le leader sortant de ces élections », a-t-il ajouté.
« La France a saisi le Conseil de sécurité en fin de semaine dernière pour que les résultats constatés soient les résultats réels », a-t-il poursuivi. « Elle souhaite que les chefs d’Etat africains et les organisations africaines puissent agir pour que les résultats soient les vrais résultats des élections », a-t-il relevé.
L’opposant congolais Martin Fayulu, candidat à l’élection présidentielle en RDC, à Kinshasa, le 30 décembre 2018. Baz Ratner / REUTERS

Internet coupé depuis le 31 décembre

Des opposants ont accusé les autorités de fraude et des rumeurs font état de négociations secrètes entre le gouvernement et M. Tshisekedi en vue d’un partage du pouvoir. « Je rends hommage au président Joseph Kabila. Aujourd’hui, nous ne devons plus le considérer comme un adversaire, mais plutôt comme un partenaire de l’alternance démocratique dans notre pays », a d’ailleurs déclaré M. Tshisekedi devant une foule de ses partisans réunis au siège de l’UDPS dans la nuit de jeudi.
Des partisans de M. Fayulu ont manifesté jeudi à Kisangani (nord-est) contre les résultats proclamés par la CENI, selon des témoignages recueillis par l’AFP. Des pneus et des étals ont été brûlés dans les rues, tandis que la police a tiré des gaz lacrymogènes et procédé à des tirs de sommation pour disperser des attroupements.
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Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé toutes les parties prenantes à « s’abstenir d’actes violents et à régler tout contentieux électoral par les mécanismes institutionnels établis conformément à la Constitution de la RDC et aux lois électorales pertinentes », selon son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans une déclaration de presse rendue publique mercredi soir depuis New York.
Internet est coupé depuis le 31 décembre 2018, au lendemain du scrutin. La RDC n’a jamais connu de transmission pacifique du pouvoir. C’est la Cour constitutionnelle qui proclamera les résultats définitifs. Dans le calendrier initial, celle-ci était prévue pour le 15 janvier, avec une prestation de serment du nouveau président élu le 18 janvier. Ce calendrier a cependant pris quatre jours de retard avec le report de la proclamation des résultats provisoires de dimanche à ce jeudi.
 




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