Pdci-Rda: Des révélations sur la guerre Guikahué – Adjoumani, la position de Bédié

Mercredi 20 Décembre 2017 - 10:24


 

Les ministres Adjoumani et Guikahué empêtrés dans une guerre de positionnement au sujet de 2020 au Pdci-Rda, leur parti

 
 
 

On a assisté, la semaine dernière, à une sorte de passe d’arme entre le chef du Secrétariat exécutif du Pdci-Rda, Maurice Kakou Guikahué, et le porte-parole de cette formation politique, Kobenan Kouassi Adjoumani. Le n°2 du Pdci ayant indiqué, lors d’une rencontre avec des responsables d’instance, qu’il est le « micro » du président du parti, Henri Konan Bédié, il a été repris, de façon véhémente, par l’actuel ministre des Ressources animales et halieutiques, qui a rétorqué que si c’est le cas, lui est le « haut-parleur », instrument sans lequel le micro ne peut servir. Ces propos, on pourrait les limiter juste à un jeu de mots. Mais il n’en est rien. Ces deux sorties révèlent une profonde crise entre les deux collaborateurs du président Bédié, qui semblent entretenir cette ambiance tendue depuis plusieurs mois. Des témoins de cette crise nous en ont fait des révélations qui remontent jusqu’à la célébration, en avril dernier, du 71èmeanniversaire du plus vieux parti de Côte d’Ivoire.

Bingerville. Pour célébrer ce 71ème anniversaire, le Secrétariat exécutif du Pdci, dont le ministre Adjoumani est membre en charge de l’Information et de la Communication, organise un séminaire à Bingerville. Rencontre qui a pour but de jeter les bases de l’avenir du vieux parti, avec pour thème ''Le Secrétariat exécutif du Pdci-Rda et Cap 2020 : Bilan et perspectives". C’est depuis ce séminaire, dont les résolutions endossées par le président Bédié, ont dégagé une sérieuse option pour l’alternance ou la reconquête du pouvoir en 2020, que les déboires du ministre Adjoumani vont commencer avec son n° 2 du parti. Bien s cadres du Pdci-Rda, pour qui le cap sur 2020 n’est plus à négocier au sein du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), vont trouver les positions du porte-parole du Pdci-Rda moins pertinentes pour l’objectif visé. Le ministre des Ressources animales et halieutiques est soupçonné même de rouler pour le pouvoir, voire pour son ventre. Il est cité parmi des cadres classés pour être des personnalités faisant le jeu du président de la République, Alassane Ouattara, et même du Rdr, le parti allié, qui ruserait avec l’alternance réclamée par le Pdci et son président, Henri Konan Bédié. Pour le contrer, le chef du Secrétariat exécutif du Pdci, chef de file des partisans de la reconquête du pouvoir en 2020, pense et propose la nomination d’un adjoint au porte-parole. Chose faite. Jean Louis Billon, l’ex-ministre du Commerce, dont la position est connue pour être un farouche défenseur de l’objectif 2020, est nommé porte-parole adjoint du Pdci-Rda le 20 avril 2017. Soit 12 jours après la clôture du séminaire de Bingerville.

Quelques mois après, le nouveau porte-parole est mis en selle. C’est lui qui, au cours d’une conférence de presse, le 19 juin 2017, annonce la levée des sanctions et la réintégration des ex-irréductibles, puis profite pour amplifier la position du président Bédié sur l’alternance 2020 réaffirmée dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Jeune Afrique, dans son édition du 17 au 24 juin. Pendant de bonnes semaines, Adjoumani disparaît de la scène, où il semblait indésirable. Mais, le 4 août 2017, il réapparaît au domicile du président Bédié, où il convoque une conférence de presse pour faire une mise au point sur les propos tenus, à son arrivée de Paris le 30 juillet 2017, par son leader et « mal interprétés », selon lui, dans l’opinion.

Bédié tranche à Daoukro

Mais la crise Guikahué –Adjoumani va se révéler quasiment au grand jour quand, deux jours après la nomination de nouvelles personnalités par Henri Konan Bédié dans son parti, le secrétaire exécutif juge nécessaire de faire certaines précisions.

Dans un entretien accordé au confrère proche du Pdci-Rda (Cf ‘’Le Nouveau Réveil’’ du 19 août 2017), le professeur Guikahué lâche ces mots au sujet du porte-parolat : « Au niveau du porte-parolat, le Pdci avait précédemment trois porte-parole. Un porte-parole principal et des adjoints. Aujourd’hui, dans la nouvelle nomenclature, nous avons trois porte-parole. Tous les porte-parole sont membres du Secrétariat exécutif. La première personnalité qui porte la parole du Pdci-Rda, c’est le président du parti lui-même. (…). Le deuxième porte-parole, c’est le secrétaire exécutif, chef du Secrétariat exécutif. Nous avons donc élargi en nommant trois porte-parole. Avant, il y avait un porte-parole principal et des adjoints. Aujourd’hui, où nous allons, il y a des urgences. Donc nous avons nommé trois porte-parole qui sont d’égale valeur. A tout moment, nous pouvons solliciter l’un d’entre eux ». Une volonté de mettre à l’écart le ministre Adjoumani, qui se considérait jusque-là comme le principal porte-parole de son parti ? En tout cas, ce dernier est piqué au vif par cette précision qu’il juge de trop et en saisit le président du parti. Deux semaines après, rebelote. Le 3 septembre 2017, Daniel Kablan Duncan,  vice-président de la République, également promu vice-président en charge des activités des vice-présidents du Pdci-Rda, demande et obtient avec tous les membres du gouvernement nommés au Secrétariat exécutif une audience avec le président Bédié à Daoukro pour clarification sur leurs rôles. Au sortir de cette rencontre, le ministre Adjoumani est encore remis en selle. C’est Henri Konan Bédié lui-même qui annonce, dans une déclaration, que le ministre des Ressources animales est le porte-parole en chef du Pdci. La même mission qu’il lui assigne au Rhdp. Le débat est tranché, et c’est en sa qualité de « porte-parole en chef » que le ministre Adjoumani signe le communiqué issu de la rencontre, qui a lieu en l’absence du chef du Secrétariat exécutif, représenté par un intérim, en la personne de Séri Bi N’guessan.

Une bataille de perdue pour Maurice Kakou Guikahué, qui n’abandonne pas cependant le combat. Récemment, quand il s’est agi de proposer des noms pour constituer le Comité de haut niveau en vue de la mise en place du parti unifié, Adjoumani est, une fois encore, écarté. Le porte-parole du Pdci-Rda et du Rhdp, censé rendre compte des décisions de ce Comité, est absent des personnalités cooptées. Mieux, on notera également l’absence parlante du secrétaire exécutif en charge de l’Information et de la Communication le 4 décembre dernier, au séminaire organisé par la Direction de la communication de son parti, sous la houlette du chef du Secrétariat exécutif. C’est encore sans surprise que le porte-parole du Pdci n’a pas été associé au rendez-vous avec les femmes et les jeunes. Rencontre à l’issue de laquelle la sortie du ministre Guikahué semble avoir froissé son collaborateur du Secrétariat exécutif. Celui-ci en a-t-il été excédé ? On ne s’en doute pas ! Vu sa réplique musclée qui révèle son état d’âme, et le choix d’un média pour réagir.

Adjoumani devrait en avoir marre de sa marginalisation par le n°2 de son parti. N’empêche, sa posture suscite beaucoup de méfiance dans son parti. D’où la guerre de tranchée qui l’oppose au chef du Secrétariat exécutif soutenu par la ligne de rupture du Pdci mue par un seul objectif, la reconquête du pouvoir en 2020. Avec ou sans le Rdr, son principal allié.

Félix D.BONY
 
http://www.linfodrome.com/vie-politique/35509-pdci-rda-des-revelations-sur-la-guerre-adjoumani-guikahue-la-position-de-bedie
 




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