Parti unifié, alternance 2020.... : Le Rhdp déchire le Pdci-Rda, les trois tendances qui s'affrontent dans le parti de Bédié

Mercredi 14 Mars 2018 - 22:05


 

Tous se reconnaissent en Bédié dont le silence est tout aussi éloquent que ses instructions données, il y a un an pour la reconquête du pouvoir en 2020

Trois tendances se déchirent à l'intérieur du Pdci-Rda, partagées sur des calculs divergents sur les questions de l'alternance en 2020, du parti unifié ou même du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et pour la paix (Rhdp), coalition politique présentement au pouvoir.

Ce n'est l'harmonie au Pdci-Rda. Le parti de Bédié, en bisbilles avec le Rdr depuis qu'il a affiché son ambition de reconquérir le pouvoir, est lui-même traversé par des courants internes. Trois tendances déclarées plus ou moins s'affrontent dans l'appareil politique laissé en héritage à l'ancien président ivoirien par feu Félix Houphouët-Boigny, père-fondateur de la Côte d'Ivoire moderne.

Le premier courant, celui des souverainistes, est composé de ceux pour qui le Pdci-Rda doit garder son identité telle qu'elle l'a toujours été. Il s'agit de cadres e militants favorables, au delà d'une unification, à la « réunification » de la grande famille des Houphouëtistes avec le retour au bercail du Rdr, de l'Udpci, de l'Upci, etc. Toutes ces formations étant sorties des entrailles du Pdci-Rda peu avant et après le coup d'Etat de décembre 1999 contre le régime de Henri Konan Bédié.

 

 

Les partisans de la rupture

 

Diédri N'goran et ses camarades, fondateurs du Mouvement des cadres ''Pdci Notre Héritage'', incarnent activement ce courant actif. Lequel se reconnaît et travaille dans le sens des résolutions du séminaire de Bingerville en avril 2017, suivi des instructions du président ayant fixé l'objectif principal de son parti pour la reconquête du pouvoir en 2020. Ces souverainistes se sont greffés, en effet, aux partisans de la mise en œuvre intégrale des promesses contenues dans l'appel de Daoukro, notamment en son point portant sur l'alternance en 2020. Ceux-là, c'est le chef du Secrétariat exécutif, Maurice Kakou Guikahué, le secrétaire exécutif et membre du porte-parolat, Jean Louis Billon, etc. Ces cadres, soutenus ardemment par les « irréductibles » d'hier, réintégrés à la maison après en avoir été éloignés pour s'être véhément opposés à l'appel de Daoukro pour une candidature unique, en 2015, du président sortant, Alassane Ouattara. Charles Konan Banny, Essy Amara, bertin Kouadio Konan et bien de cadres du Pdci, qui grognaient dans l'ombre, affichent clairement leur adhésion aux nouvelles orientations du président Bédié en faveur d'un « militant actif » comme candidat pour l'horizon 2020.

Ce grand ensemble, déjà en ordre de bataille pour la reconquête du pouvoir, marque de sérieuses réserves sur le projet du parti unifié du Rhdp. Les tenants se sont érigés en faucons, radicalisés, et partisans de la rupture d'avec le Rdr, leur principal allié dont ils doutent de la sincérité au sein de la coalition, et surtout sur l'unification. Projet politique au sein duquel le président Ouattara et le Rdr entrevoit la désignation du futur candidat à sa succession. Toute chose qui affiche leur volonté de botter en touche la question de l'alternance réclamée ouvertement par Henri Konan Bédié et ses partisans.

 

 

Le bloc de Duncan

 

Eux, ils ne rejettent pas l'idée de l'alternance. Mais, comme le chef de l’État, ils estiment ce débat  malsain » et « gênant » en ce moment pendant que le chef de l’État travaille pour le pays. Surtout que le pouvoir est co-géré avec leur formation politique. Eux, ils sont cadres du Pdci-Rda, mais se montrent viscéralement attachés à la coalition du Rhdp. Ils n'ont rien contre le parti unifié et espèrent que les présidents Bédié et Ouattara trouveront la formule idéale pour évitr l'implosion de l'alliance au pouvoir. Alliance dont ils sont les symboles vivant en tant que serviteurs de l'Etat, donc les représentants privilégiés du Pdci-Rda. Défendent-ils leur bifteck comme les soupçonnent leurs camarades ? Ils s'en défendent. Ce sont, pour la plupart, les dirigeants comme le vice-président de la République, Daniel Kablan Duncan, son compagnon de toujours et ex-directeur de cabinet, Théophile Ahoua N'doli, actuel Inspecteur général d'Etat, les ministres Kobenan Kouassi Adjoumani, Ahoussou Jeannot, etc. Ce groupe a pris ferment fait et cause pour le Rhdp et pour le président Ouattara. Il est en totale rupture avec la tendance sus-mentionnée, et n'hésite pas à lui porter ouvertement la contradiction. Comme ce fut le cas, avec la cinglante réplique du ministre Adjoumani, après les sorties de Jean Louis Billon et de Guikahué, le samedi 10 mars 2018, à Yamoussoukro. S'affublant de ses titres de porte-parole du Pdci, du président Bédié et du Rhdp, le ministre des Ressources animales et halieutiques n'y est pas allé du dos de la cuillère pour brocarder la posture de ses camarades de parti.

L'on n'oublie pas la guerre du ''micro et du haut-parleur'' qu'il avait déjà mené, en janvier passé contre le chef du Secrétariat exécutif à qui il a disputé la posture de voix officielle du président Bédié à propos de certaines positions qu'ils ne partageaient pas, lui et le bloc rangé derrière le vice-président Duncan.

 

 

Les néo-Houphouëtistes

 

Pendant que ces deux blocs se disputent une ace de privilégiée auprès du président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié pour s'en réclamer les porte-paroles officiels, un troisième groupe vient de voir le jour, depuis l'Assemblée nationale. Un groupe, peu différent du deuxième, et qui n'a pas cherché loin sa dénomination. Il s'agit du Forum des Houphouëtistes, un mouvement néo-Houphouëtiste créé à l'intérieur même de l'Alliance des Houphouëtistes qu'est le Rhdp. Son président, le député de San-Pedro, Félix Anoblé se montre très entreprenant. Son groupe, composé d'élus et de cadre du Pdci-Rda, sa famille politique, a été le premier à organiser une tribune pour réagir à la sortie de Yamoussoukro. A cette tribune, l'honorable Anoblé a, lui-même, porté la contradiction à Billon et à Guikahué.

Au delà de ces diatribes du berger à la bergère, Félix Anoblé et ses camarades affichent leur adhésion à la recomposition des groupes parlementaires à l'Hémicycle, avec en point de mire, la création d'un groupe parlementaire Rhdp. Voilà qui détermine leur ligne de démarcation proche de Adjoumani et des partisans du bloc au pouvoir, qui prône l’apaisement au seil de la coalition du Rhdp.

A moins que cette friction ne soit qu'une simple apparence répondant à une réelle stratégie politicienne. « La politique est l'art de l'impossible », dixit Henri Konan Bédié. Aussi, aucune piste n'est à exclure !

Félix D.BONY

                                                  

 




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