Le 3e bataillon à Bouaké en Côte-d’Ivoire répond à Hamed Bakayoko et froisse le CEMA: comment en est-on arrivé là ?

Samedi 6 Janvier 2018 - 12:25


 
 

Ces questions non encore réglées en dépit des 12 millions de FCFA versés

Le jeudi 4 janvier, peu après la cérémonie de présentation des vœux au chef de l’Etat, le ministre d’Etat ministre de la Défense, jurait la main sur le cœur qu’il n’y aurait plus jamais de mutinerie  au sein de l’armée. Le chef d’état-major général des Faci, pour sa part, présentait ses excuses à la nation pour le comportement indigne des hommes sous son commandement  au cours de l’année 2017 marquée par des bruits de bottes.

A peine ces deux hauts responsables de l’armée ont-ils achevé leur profession de foi que des soldats, depuis le centre du pays Bouaké ont repris ce qu’ils savent faire de mieux, la désobéissance et l’indiscipline. Selon un correspondant de presse joint dans la capitale de la région du Gbèkê, la nuit de jeudi à vendredi n’a pas été de tout repos pour les riverains du 3e bataillon d’infanterie situé au quartier Sokoura.

Selon la même source, confortée par d’autres sources indépendantes, il s’agirait d’échanges de tirs entre une patrouille du CCDO (unité mixte chargée de la sécurité) et des militaires en faction devant la caserne du 3e bataillon.

Comment en est-on arrivé là ?

Au-delà des raisons sous-jacentes évoquées par Jeune Afrique dans son édition en ligne, le malaise persiste entre différentes unités de l’armée qui se regardent en chien de faïence. L’espionnage et le contre-espionnage dans une armée écartelée entre des obédiences politiques ne peuvent qu’être évidents. Elle est encore catégorisée en militaires pro-Gbagbo, pro-Ouattara, pro-Soro, des hommes de Chérif Ousmane, des gars de Wattao etc. Comment ramener la cohésion dans un tel groupe ? En tous les cas ce ne sont pas les proclamations actuelles qui ne servent que la cause de la propagande politique et de la mystification.

 

Au nombre des maux qui minent encore l’armée ivoirienne, se trouvent les intérêts économiques et financiers, la discrimination dans l’attribution des grades. La commission pour l’harmonisation des grades créée en 2012 et dirigée à l’époque par le général Mathias Doué a vécu. Elle n’a même pas rendu toutes ses conclusions avant de tomber dans l’oubli et le silence.

Ces questions frustrent et l’incident de Bouaké vient rappeler aux responsables de l’armée que la grande muette (devenue bavarde) en Côte d’Ivoire reste une grande malade. Des militaires qui jalousent leurs frères d’armes parce qu’ils considèrent que ceux-ci sont les plus équipés, les plus écoutés, les plus choyés ou les plus nantis. Selon un observateur averti, c’est ainsi que les militaires regardent les éléments recrutés au sein du CCDO et qui sont souvent leurs promotionnaires. C’est également ainsi que les éléments admis à servir dans les forces spéciales (Fs) sont enviés. Ils bénéficieraient des opportunités de formation à l’extérieur et évolueraient vite en grade.

Les 12 millions de FCFA accordés à chacun des 8400 militaires au premier semestre 2017, n’ont, en rien, réglé les questions d’ordre financier. ‘’C’est comme si on cachait le soleil avec la main’’, fait remarquer un analyste politique. De même la décision de départ volontaire à la retraite s’avère pour l’instant comme une solution peu efficace pour la maîtrise des effectifs et la toilette qui sous-tend cette option. Pour 2017, seulement 991 militaires ont mordu à l’appât des 15 millions de FCFA promis pour un départ volontaire. Dans le milieu, certains militaires expriment catégoriquement leur désintérêt craignant pour leur avenir. Ils préfèrent rester militaires, surtout dans le rang des plus jeunes alors que leur recrutement n’a pas forcément obéi aux règles en vigueur. Conséquence, l’indiscipline règne encore.

Ces dernières semaines, les autorités ivoiriennes elles-mêmes, le ministre de la Défense en tête, ont répandu des informations selon lesquelles des sms de déstabilisation circulaient entre militaires. Elles ont pris les taureaux par les cornes en organisant une série de visites dans les casernes pour rassurer et appeler à la discipline. Apparemment, le message n’est pas passé à Bouaké.

SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

 

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