L’Occident – La France : Liberté d’expression, Démocratie, terrorisme, Ingérence, quel est le niveau de crédibilité des élites occidentales ?

Mercredi 25 Février 2015 - 06:08


Dr Claude Koudou, Analyste politique
Dr Claude Koudou, Analyste politique

La fin d'un cycle s'annonce : La duplicité des grands pays impérialistes, en particulier la France, couverte des décennies durant, commence à connaître ses limites. En effet, le développement des échanges par internet fait que ce qui était caché hier à l'opinion a du mal à l'être aujourd'hui. Aussi, la nature a-t-elle ceci de têtu que tout ce qui naît, est appelé à croître, à atteindre une limite et à décroître avant de mourir.

La violence ? Il ne serait pas sain de faire l’apologie de la violence. Mais il convient de se permettre un petit rappel historique pour mieux suivre l’évolution des choses. Qui a donc crée la violence ? Le commerce triangulaire dans la traite des Noirs ; les chicottes et les bastonnades dans les champs des colons ; ... sont des illustrations criantes de la violence de l'homme blanc. La rémanence de cet état d’esprit se traduit de nos jours par des actes convenus qui apparaissent comme étant des aspects résiduels d’une logique profondément ancrée. En fait, aujourd’hui, la pratique s’adapte au niveau de compréhension du public. Mais le système de prédation qui soutient une vie de rente, fourbit constamment ses moyens pour survivre.

On nous assène donc quotidiennement les méfaits de la violence qui sont effectivement à déplorer. De l’autre côté, pour pérenniser la logique de prédation, les grands pays, la France moralisatrice en tête, conditionnent l’opinion avec des argumentaires sur la démocratie et l’égalité comme ce fut pour la campagne d’une « civilisation supérieure ». Ces opérations de séduction atteignent nécessairement une limite quand le public se met graduellement à niveau, à l’épreuve d’édifications successives. Rappelons-nous les missions civilisatrices avec leurs lots de violence. Tout ceci fait que les donneurs de leçons ne sont plus crédibles. Si par coagulation, la société française se cristallise vers des extrêmes, ce n’est pas par innocence ; c’est à force de patience, de frustrations et d’échaudement.

C’est donc au nom, nous dit-on de la démocratie que la France est intervenue, dans le processus électoral (d’un autre pays), la Côte d’Ivoire, pour déchoir un président – qui est pour un règlement politique de la crise postélectorale, comme ce dernier l’a souvent cultivé notamment dans ses écrits : la transition pacifique à la démocratie –, avec des bombes pour le déporter à La Haye aux fins de le frapper d’ostracisme ; c’est au nom de la démocratie que les mêmes Occidentaux sont intervenus en Lybie pour assassiner Kadhafi – dans les deux cas en outrepassant les résolutions de l’ONU –, avec pour conséquences le spectacle local lybien qui nous est offert depuis et surtout aujourd’hui. Le cas de l’Irak n’est pas moins éloquent. Sur ces différents cas et en particulier celui ivoirien, ces pays impérialistes, par arrogance et chauvinisme sont dans le déni et leurs élites se confortent dans un état de fébrilité criant.

L’exercice de la langue de bois ne fait pas forcément attention aux conséquences qui peuvent survenir à la suite de propos convenus. En Syrie, en voulant détrôner Bachar Al Assad, on a obtenu l’effet inverse, en cristallisant des élans qui ont pu attiser des haines. Rappelons qu’il s’agit d’une autre croisade qui viendrait derrière la Lybie avant d’avoir tiré les conséquences des dégâts de l’œuvre de Nicolas Sarkozy et de ses penseurs dont BHL. Aujourd’hui, des jeunes vont faire le « jihad » peut-être en répondant aux appels des élites mais par l’absurde. Au Danemark, quand l’assassin de vingt deux ans, Hossein reçoit l’hommage de cinq cents jeunes, voyons que ce fut délicat de la part des autorités danoises de l’interdire. C’est dire qu’une question se pose lorsqu’on parle de liberté d’expression ? Peut-on rire de tout ? Si la réponse a un tel questionnement ne paraît pas évidente, on peut au moins attirer l’attention pour dire que la reconnaissance des différences de pensées, de cultures d’origine et autres éléments anthropologiques doit appartenir au socle de paramètres qu’il convient d’observer, pour réussir la construction de sociétés plurielles dans leurs dimensions foncièrement sociologiques.

On n’est plus crédible lorsqu’on prône des valeurs d’un côté et qu’on devient réducteur de l’autre lorsqu’on est piégés par les contradictions de ses propres exercices. On combat le communautarisme pour certains et on l’accompagne pour d’autres. Où sont l’Egalité et la Fraternité s’il en reste encore de la Liberté ?

A l’analyse des différentes situations déclinées plus haut, on peut constater que ceux qui parlent de la paix, cultivent et soutiennent en réalité les violents. Sinon, comment comprendre que la « grande France » peut adouber Ouattara, alors que cette France a les différents constats et rapports des organisations de défense des droits de l’Homme sur la situation en Côte d’Ivoire ? Comment comprendre que la France laisse passer si elle ne le cautionne pas, le polissement de l’image de Guillaume Soro, le moteur sanguinaire originel de Ouattara depuis septembre 2002 ? On peut ne pas aimer Gbagbo. Mais n’y avait-il pas sous son pouvoir la liberté de s’exprimer, d’aller et revenir en Côte d’Ivoire pour tous les ressortissants ? On veut la justice et l’impunité en Côte d’Ivoire. Il conviendrait d’aller jusqu’au bout, si on veut être crédible en faisant comparaître tous ceux à qui on a des choses à reprocher.

Par ailleurs, comment peut-on soutenir Idriss Déby qui fait disparaître des opposants et qui va encore bientôt truquer des élections dans son pays ? Comment les élites des grands pays veulent-elles que les nouvelles générations croient en leurs propos quand elles ont une approche sélective des valeurs, uniquement dans le sens de leurs seuls intérêts, en oubliant des populations paupérisées par les tyrans qu’elles protègent en Afrique ?

Liberté d’expression, est-ce un principe qui doit être universel ou bien qui ne doit être protégé que quand il court en Occident ? Comment expliquer qu’en Côte d’Ivoire, les manifestations soient interdites et que tous ceux qui expriment une opinion contraire à la pensée unique cultivée localement, soient jetés en prison dans le silence total de la Communauté internationale ?

La justice ivoirienne est encore dans sa parfaite illustration de l’injustice. Une justice aux ordres qui fait la campagne de sa parodie. Cette limite va se heurter aux réalités quand ce peuple pris en otage – malgré le traumatisme produit par Nicolas Sarkozy et ses amis de l’ONU – va vouloir inéluctablement se remettre de ses frustrations inqualifiables. Enfin, la Démocratie, ce dont nous voulons tous et qui est le pouvoir du peuple pour et par le peuple. Pourquoi serait-il légitime que des élites appellent les peuples à se révolter contre les politiques d’austérité en Occident et que la mobilisation contre les injonctions d’un pouvoir clanique, autoritaire et dictatorial ne serait pas normale ? La société civile ivoirienne doit la réclamer par tous les moyens constitutionnellement légaux pour mettre fin aux agissements du pouvoir liberticide d’Abidjan et interpeller ainsi les politiques sur les enjeux réels de la société : la lutte contre la pauvreté et la corruption, la juste redistribution des ressources du pays et le développement.

Dr Claude Koudou, Analyste politique





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