Interview de Michel Amani N’guessan (Fpi) en Côte-d’ivoire: «Je ne suis plus là pour suivre Affi…» Lu 1018 fois

Samedi 24 Décembre 2016 - 07:22


 

• « Tant que le Fpi restera divisé, nous ne gagnerons aucun combat »
• La politique, ce n’est pas une affaire de grosse pointure et s’appeler Gossio ne suffit pas…

Sa liberté de ton et sa liberté de parole, Michel Amani N’guessan ancien ministre de l’Education nationale puis de la Défense y tient. Dans cet entretien avec connectionivoirienne.net, l’ancien dinosaure du camp Affi fait une analyse limpide des résultats des dernières législatives, surtout ceux obtenus par le Fpi d’Affi n’guessan duquel il prend d’ailleurs ses distances. Son nouveau crédo, martèle-t-il c’est la réconciliation des deux tendances. Une unité sans laquelle, affirme-t-il, le Fpi perdra tous les combats à venir. « J’irai voir Gbagbo Laurent à La Haye », insiste-t-il comme pour donner une lisibilité à sa posture actuelle. Entretien

Comment analysez-vous les résultats des élections législatives qui viennent de se dérouler ?

Vous savez, les conditions d’organisation des élections en Côte d’Ivoire restent encore peu transparentes. Elles sont toujours dominées par le Rhdp avec une CEI elle-même monopolisée par le Rhdp. Maintenant, les résultats du Front populaire ivoirien reflètent bien la situation interne au parti. Tant que le Fpi restera divisé, nous ne gagnerons aucun combat. C’est ma certitude et c’est cela qui a fait d’ailleurs que, personnellement je n’ai pas voulu participer à ces élections.

Votre absence à ces élections nous a d’ailleurs surpris…

Oui ! Tant que nous resterons divisés, je ne participerai à aucun combat !

A aucun combat ou à aucune élection ?

Bien entendu je dis à aucun combat. Parce que nous avons vu la participation à la présidentielle, nous avons vu le référendum. Quel est le résultat ? Le constat est désolant. Tant que nous resterons divisés je ne participerai à aucun combat. Pour le moment, je mets un point d’honneur à me battre pour que le Fpi retrouve son unité.

Comment allez-vous réussir cette réconciliation des deux tendances parce qu’au sortir des législatives Affi N’guessan a déclaré qu’il n’a plus rien à avoir avec le camp Sangaré et qu’il avance désormais en les ignorant ? Croyez-vous encore à une unité au sein du Fpi ? N’est-ce pas hypothétique ?

C’est Affi qui a dit ça. Mais Affi N’guessan n’est pas le Fpi ! Il y a le Fpi et il y a les individus. Donc j’ai encore foi en l’unité au sein du Fpi.

Et cette démarche pour retrouver l’unité devrait commencer par quoi selon vous ?

Je pense qu’il faut commencer par créer les conditions pour aller à un congrès unitaire. Et c’est possible.

 

En l’état actuel des choses vous pensez qu’un congrès est possible ?

Oui c’est possible ! Il n’y a rien d’impossible sur cette terre. Les déclarations politiques n’engagent que leurs auteurs. Quand Affi dit ça, c’est l’expression d’un orgueil. Ici, il s’agit de l’avenir du Fpi, de l’avenir de la Côte d’Ivoire. Il ne faut pas être prétentieux en pensant détenir le destin du Fpi tout seul.
Ces législatives certains y avaient cru. Il y avait quand même de grosses pointures comme Marcel Gossio, Agnès Monnet, Voho Sahi et bien d’autres. Tous ont échoué. Quel commentaire ?

La politique n’est pas une affaire de grosse pointure. La politique c’est un environnement. Quand on disait à l’époque s’agissant du Pdci que même s’il présente un cabri comme candidat, le cabri sera élu, ce n’était pas fortuit. C’est dire qu’on votait d’abord le parti avant les hommes. Et qu’il fallait tenir de l’environnement et du contexte. Aujourd’hui, que reste-t-il du Fpi ? Un parti divisé pour lequel l’opinion est déjà défavorable. De sorte que quand vous vous présentez comme Fpi, on vous dit : « allez-y faire votre unité d’abord ». C’est cela. Il ne s’agit pas de s’appeler Gossio. C’est le parti qui vous fait. Ce n’est pas vous ! C’est le Front populaire ivoirien qui nous fait et qui fait que nous sommes importants. Le jour où il nous enlève son onction, on ne sera rien !

Monsieur le ministre certains dans l’opinion pensent que seul Laurent Gbagbo peut ramener l’unité au Fpi. Pensez-vous la même chose ?

Ce serait très réducteur. Je dirai que Gbagbo est important dans la réalisation de l’unité mais il n’est pas le seul élément. Il est donc un élément important dans la recherche de la cohésion et de l’unité mais je dirai aussi que cela dépend des hommes. Parce que c’est à des hommes qu’il va parler et tout dépend de comment ils mettent en application ce qu’il va dire.

Beaucoup de vos camarades lui rendent visite à La Haye. Pourrait-on s’attendre à une visite de Michel Amani N’guessan, un homme qui comptait quand même pour Laurent Gbagbo ?

Je compte toujours pour lui mais le contexte est tel que les choses ne plaident pas en ma faveur pour le moment. Mais j’irai rendre visite à Gbagbo Laurent. Les dispositions sont en train d’être prises.

Qu’allez-vous lui dire si vous vous retrouvez à deux ?

Je lui dirai qu’il a créé un village et il ne peut pas être à l’origine de la destruction de ce village. Donc qu’il aide à la cohésion du village et je lui proposerai des solutions de sortie de crise.

Comment selon vous le Fpi devrait aborder le tournant de 2020 année des élections générales ?

La première chose à réaliser, c’est l’unité au sein du parti. Sans cela, inutile de parler de 2020. Je dirais même inutile de présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2020. C’est-à-dire que cette lutte qui consiste à faire l’apologie de tel ou tel, moi je ne suis pas pour cette politique. Tantôt Sangaré ! Tantôt Affi ! Ce n’est pas eux le Fpi. Le Fpi est un tout.

On ne vous voit plus aux côtés de Pascal Affi N’guessan. Est-ce à dire que vous avez rompu les amarres avec lui ?

Je n’ai pas rompu avec Affi, je ne romprai pas avec un militant du Fpi tant que moi-même je suis militant du Fpi. Mais je romps avec cette façon de faire la politique. Aujourd’hui, je ne suis plus l’homme d’un camp. Je ne milite plus pour un camp. Je ne suis plus là pour suivre Affi et puis on va combattre Sangaré.

Par S. Debailly à Abidjan





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