Interview / Touré Mamadou (porte-parole du Rdr) : «Le débat sur l'alternance en 2020 n'est pas d'actualité», ses piques à Affi N'guessan

Jeudi 15 Février 2018 - 08:29


Touré Mamadou, Secrétaire général délégué et porte-parole du Rassemblement des républicains (Rdr), donne, dans cette interview, son avis sur le débat récurrent entre les partis membres du Rhdp à propos de l'alternance en 2020. Il répond également au président du Front populaire ivoirien (Fpi), Affi N'guessan, après les visites de ce dernier aux présidents du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié, et de l'Udpci, Albert Mabri Toikeusse, sans oublier de rassurer les militants du Rdr quant à la bonne santé du parti présidentiel.

 
 

Vous avez été nommé secrétaire général délégué du Rdr. En quoi consiste votre mission ?

En tant que secrétaire général délégué à la communication, notre mission consistera à élaborer la stratégie de communication du parti et en assurer sa mise en œuvre. Bien évidemment, cela se fera avec une équipe.

 

Il est annoncé pour les prochains jours un séminaire sur la politique de communication du Rdr. Quels sont les enjeux de ce séminaire ?

Les enjeux sont en rapport avec ce que je vous ai dit plus haut. Nous ferons un diagnostic de la communication actuelle du parti et nous explorerons les pistes pour la rendre plus performante.

 

Il y a quelques jours, le Pdci et l’Udpci ont accepté de dialoguer pour un projet d’alliance avec le Fpi, présidé par Affi N'guessan. En tant que porte-parole du Rdr, comment analysez-vous ces deux rencontres ?

Accepter de recevoir Affi N’guessan ne signifie pas dialoguer pour un projet d’alliance. Il ne faut pas aller vite en besogne. Affi N’guessan a voulu créer intentionnellement cette confusion, mais aucun de ses interlocuteurs, à l’issue des audiences qui lui ont été accordées, n’est allé dans ce sens.

 

Au cours de ces visites, Affi N’guessan a indiqué que le rapprochement était possible avec ces partis, car le leader du Rhdp, à savoir, le président de la République avait échoué dans le projet de réconcilier les Ivoiriens ?

Affi N’guessan a-t-il lui-même réussi à réconcilier le Fpi avant de chercher à réconcilier les Ivoiriens ou les partis membres du Rhdp ? Je ne crois pas. Car aux dires de ses propres camarades, Affi apparaît aujourd’hui comme celui qui divise le Fpi. Je pense que c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité. Le président de la République, sur le chapitre de la réconciliation, n’a aucune leçon à recevoir d’Affi N’guessan. Les actes et les faits parlent pour lui. Depuis son accession au pouvoir, il n’a cesse de multiplier les initiatives. Et l’une de ces initiatives a permis le retour de plus 90% des réfugiés. Le chef de l'Etat a permis aussi à certains hauts cadres du Fpi, non seulement de revenir, mais aussi, de retrouver leur domicile et pour d'autres, leur travail. Le processus de normalisation, à travers le dialogue politique, a été engagé. Affi N’guessan est lui même bénéficiaire de ce processus de normalisation lui permettant de vaquer à ses occupations et de mener ses activités librement. Je pense qu’il a matière à réconcilier au Fpi. Il gagnerait donc à s'y consacrer s’il veut être crédible aux yeux des Ivoiriens.

 

Réagissant à vos propos sur ''Afrique média'', Affi N’guessan a fait savoir que le Rdr est aux abois  à l’idée d’un rapprochement entre lui et les autres partis membres du Rhdp.

Aux abois devant un parti qui n’a eu qu’un seul député à l’Assemblée nationale après avoir aligné 187 candidats alors que le Rdr revendique aujourd’hui 136 députés ? Ceux avec qui il prétend parler de projet d’alliance savent qu’il n’a pas de vision politique et ne représente pas grande chose aujourd’hui pour faire un projet sérieux avec lui.

 

On parle d'Affi N'guessan, mais il y a un cadre du Rdr, en l'occurrence, le ministre Cissé Bacongo qui a, récemment, affirmé qu’il n’exclurait pas un rapprochement entre le Rdr et le camp Sangaré. Quel commentaire faites-vous ?

En politique, pour nous, tout est une question de vision et de cohérence. Le Rdr se sent très bien au sein du Rhdp qui est, d’ailleurs, la meilleure alliance politique que la Côte d’Ivoire ait connue ces dernières années. Une alliance qui existe depuis 13 ans. Une alliance qui a permis aux partis membres du Rhdp de conquérir le pouvoir d’Etat, de normaliser la situation en Côte d’Ivoire et de lancer le processus de développement de ce pays. Le Rdr n’envisage pas autre chose que la consolidation de cette alliance dans le cadre du parti unifié. D’ailleurs, le ministre Bacongo a invité Affi N’guessan à aller au bout de sa logique en franchissant le pas pour nous rejoindre au Rhdp. Nous l’accueillerons les bras ouverts.

 

Est-ce qu'on peut affirmer que l’alliance Rhdp se recompose avec ce qu’on a vu récemment à l’Ouest entre le Premier ministre et premier vice-président du Rdr, Amadou Gon, et le président de l'Udpci, Mabri Toikeusse ?

A Man, c’était une activité culturelle organisée par le ministre Mabri Toikeusse. Son choix s’est porté sur le Premier ministre pour en être le parrain. Il n’y avait rien de politique. Ceci étant les hauts dirigeants de notre alliance politique ont pris l’habitude de se voir et de se parler sur toutes questions d’intérêt national ou en rapport avec la consolidation de notre union au sein du Rhdp.

 

A vous entendre, peut-on affirmer que tout se passe bien actuellement au Rhdp ?

Nous ne sommes pas des partis politiques à pensée unique. Il peut avoir des opinions qui s’expriment au sein des différents partis ou au sein de l’alliance, pourvu que cela se fasse dans la discipline. Cela ne remet pas en cause la dynamique d’union que nous avons entamée depuis 2005 à Paris. Sur les fondamentaux, nous sommes d’accord. C’est à dire qu’il n’y a que notre union qui peut garantir la stabilité, la paix et le développement à notre pays sur un long terme.

 

Est-ce que la mise en place du parti unifié est-elle possible avant les élections locales ?

En tout cas, c’est le souhait du Rdr qui l'a, d'ailleurs, exprimé à l’occasion d’une réunion de comité de direction présidée par la présidente, Mme Henriette Dagri-Diabaté. Le Rdr souhaite que nous allions à ces élections locales en Rhdp unifié.

 

La ''Lettre du Continent'' annonce que le Rdr veut changer de nom. Vrai ou faux ?

Comment comprendre que le Rdr qui veut aller à un parti unifié avec les autres partis membres du Rhdp puisse en même temps se transformer lui-même en un autre parti ? Il y a là une contradiction que seule la ''Lettre du Continent'' peut expliquer. Non, le parti unifié est un projet d’unification des différents partis qui composent le Rhdp. Les modalités et les conditions de cette unification seront décidées par les responsables du Rhdp.

 

Il se murmure qu’il y a un nouveau froid entre les présidents Ouattara et Bédié sur la base des divergences qui opposent les deux partis. Vous qui êtes proche du président Alassane Ouattara, qu’en est-il ?

Je ne suis pas au courant.

 

Que se passera-t-il si le parti unifié n'est pas mis en place avant les élections locales qui auront lieu cette année 2018 ?  

Nous avons affirmé un souhait qui a été exprimé. Il y a un comité de haut niveau, co-présidé par le vice-président Daniel Kablan Duncan et le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, qui a été mis en place et qui est en charge de discuter de toutes les questions relatives au parti unifié, notamment les modalités de mise en œuvre du parti unifié. Ce comité de haut niveau dira certainement comment arriver au parti unifié et selon quel chronogramme. Mais le souhait du Rdr, c'est que ces élections locales se passent en Rhdp unifié.

 

L'autre pan de ce débat concerne l'alternance. A ce propos, quelle est la position du Rdr sur l'alternance en 2020 ?

Pour le Rdr, ce débat sur l'alternance n’est pas d’actualité. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c'est comment satisfaire les besoins les plus essentiels de la population. Pour le Rdr, à partir du moment où nous avons convenu que ce débat relevait des deux présidents, il n'est plus opportun d’en débattre, surtout par presse interposée.

 

L'opposition et le Pdci réclament une réforme de la Commission électorale indépendante (Cei) et un nouveau découpage électoral avant les prochaines élections. Est-ce que le Rdr est opposé à une réforme de la Cei ?

Les instances du Rdr ne se sont pas encore prononcées sur cette question. Nous avons nos spécialistes en la matière, alors souffrez que je vous réserve la position du Rdr après que cette question soit discutée et analysée en interne.

 

Selon l'opinion, vous êtes considéré comme l'homme à ''abattre'' chez les pro-Soro, car étant très proche du Premier ministre Amadou Gon et du président de la République. Comment appréciez-vous cette situation ?

Ah bon ? En quoi être proche du Premier ministre et du président Ouattara peut déranger ? Je pense que ce sont des rumeurs auxquelles il ne faut accorder aucune importance. Alassane Ouattara est la pierre angulaire de notre lutte et nous sommes tous proches de lui. De même, le Rdr travaille à l’union et au rassemblement en son sein. Et cela a été matérialisé par la nouvelle direction mise en place qui se veut inclusive et qui met à contribution tous ses cadres, y compris le président Guillaume Soro. Notre rôle en tant que secrétaire général délégué est de travailler, aux côtés de la présidente du parti, du premier vice-président et de la secrétaire générale, au renforcement de l’union en notre sein.

 

Le Rdr vient d'organiser des missions d'information et de sensibilisation de ses militants à travers tout le pays. Quelle est la suite du programme ?

Il était important, après le congrès et la mise en place des différentes instances du parti, d'aller à la rencontre des militants, non seulement, pour leur dire merci, mais surtout, pour leur expliquer les différents changements intervenus au sein du parti. Cela a été fait. Nous aurons l'occasion d'en faire un bilan avec la présidente du parti. Et à partir de là, la présidente et la secrétaire générale du parti dégageront les perspectives. Sans risque de me tromper, la perspective la plus immédiate, c'est les élections locales à venir. Comment faire en sorte que nos militants s’inscrivent massivement à l’occasion de la révision de la liste électorale.

 

Alors, quel message aux militants du Rdr et aux Ivoiriens avant les élections municipales et régionales ?

Aujourd'hui, nous avons de nouvelles instances qui ont été mises en place au niveau du Rdr, après 23 ans d'existence. Le Rdr, après son congrès, a décidé de d'opter pour la consolidation de la paix et pour le développement de la Côte d'Ivoire. Le Rdr pense que cela passe par le rassemblement de tous les Ivoiriens qui passe également par la consolidation du Rhdp. Pour l'heure, nous sommes le seul groupement politique, je veux parler du Rhdp, qui est capable d'avoir une vraie offre politique pour nos populations et incarner une espérance pour elles. Il n'y a pas d'alternative au Rhdp aujourd'hui. C'est pour cela que nous ferons tout pour que cette espérance, qui est née il y a treize ans, puisse se poursuivre le plus possible.

 

Interview réalisée par Cyrille DJEDJED

 

http://www.linfodrome.com/vie-politique/36609-toure-mamadou-porte-parole-du-rdr-le-debat-sur-l-alternance-en-2020-n-est-pas-d-actualite

 





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