Infrastructures / la Côte d’Ivoire malade de ses routes

Samedi 9 Décembre 2017 - 12:09


Il suffit de quitter Abidjan et l’autoroute du nord pour voir le vrai visage des routes ivoiriennes. Celles-ci souffrent d’un mal pernicieux dont-il faut trouver un remède durable et efficace. Elles sont totalement dégradées et quasi impraticables. Au point que les emprunter constitue un vrai parcours de combattant. En plus de cela, elles endommagent les engins et sont sources de graves accidents qu’enregistre la Côte d’Ivoire.

Pour la gouverne de tous, nous vous invitons à parcourir certaines routes avec nous. D’abord sur l’autoroute du nord. Juste après Toumodi, en partance pour Yamoussoukro. Des dos d’âne qui s’étendent sur près de 10 km. De nombreux usagers ignorants cela ont achevé leur course là. Autocar, remorque, voiture personnelle, véhicule de type 4X4, tous sautent sur ce petit parcours comme des moutons.

Au-delà de Bouaké, en partance pour Ouangolodougou, c’est la catastrophe. Le bitume n’existe pratiquement plus. Il a fait place à de gros trous, si bien que les véhicules sont obligés de décrire des arabesques pour avancer.

Le comble, c’est le tronçon N’douci-Divo-Gagnoa. Que de difficultés pour les automobilistes ! Chaussée rétrécie ; crevasse par-ci, ni de poule par-là ; De gros trous qui rongent une grande partie de la voie, dans lesquels de bonnes volontés accrochent des chiffons rouges sur des bois pour signaler le danger. Les axes Divo-Hiré-Oumé, Gagnoa-Oumé-Toumodi, ne sont pas en reste. Ces parcours sont parsemés de crevasses. Les conducteurs n’ont pas d’autre choix que de se jeter là-dedans.

Le tronçon Yamossoukro-Bouaflé n’est pas en reste. Cette voie maintes fois réhabilitée présente toujours le même visage. Bitume décapé, nids-de-poule, etc. Ceux qui empruntent le tronçon Dimbokro-Bocanda-Ouellé quant à eux se perdent en conjecture. Ils ne savent plus s’ils roulent sur une voie bitumée ou une piste villageoise.

Autre exemple. La ville de Yamoussoukro, capitale politique et administrative du pays. Parfaite illustration de l’état de dégradation des voies urbaines. Ici, toutes les belles et larges voies qui faisaient la fierté de la capitale sont désormais dans un piteux état. Il suffit de parcourir les voies de la Fondation Félix Houphouët Boigny, la grande mosquée de la Paix, Assabou-Bon grain, carrefour Vieux Simon, carrefour la vie et autres pour s’en convaincre.

Comme on le voit, la situation est inquiétante sur tout l’ensemble du territoire national. Les infrastructures routières se dégradent au fil des jours et à une vitesse vertigineuse. Et ce, sous les regards bienveillants du ministère de tutelle avec ses démembrements que sont l’Ageroute, le Bnetd, le Fer qui peinent à trouver une solution durable.

Conséquences, cet état défectueux des routes, non seulement occasionne de nombreux accidents qui endeuillent de nombreuses familles, mais il crée d’énormes désagréments aux usagers. Qui dépensent de fortes sommes d’argent pour l’entretien de leurs engins qui tombent en panne à chaque voyage.
 

L’AGEROUTE, LE FER, LE BNETD ONT-ILS DEMISSIONNE ?

La récession économique vécu dans les années 1980-1990 ; l’échec du Programme d’investissement et d’ajustement du secteur des Transports de la Côte d’Ivoire (CI-PAST) initié en 1998, pour donner fière allure au réseau routier, ont abouti à la création de l’Agence de gestion des routes (AGEROUTE) et le Fonds d’entretien routier (FER) crée par le décret n°2001-593 du 19 septembre 2001 avec un capital social de 300.000.000 F Cfa.

Placés sous la tutelle du ministère des infrastructures, la première a pour mission l’assistance et la maîtrise d’ouvrage déléguée. C'est-à-dire, la préparation et l’exécution des tâches de programmation ; la passation des marchés ; le suivi des travaux ; la surveillance du réseau ; la construction et l’exploitation de la banque des données routières (BDR) et le renforcement des capacités. Elle est chargée aussi des projets d’aménagement et des études sur l’impact environnemental qui devraient aboutir à des mesures de sauvegarde de l’environnement en rapport avec les travaux effectués. La seconde structure est chargée d’assurer le financement des prestations relatives aux études et travaux d’entretien, à la maîtrise d’ouvrage et à la mise en œuvre des études et travaux d’entretien routier. A côté de ces deux, il y a le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) dont un pan des missions est consacré à l’expertise routière. Il intervient également dans la réalisation, le suivi et le contrôle des routes, autoroutes, ouvrages d’art, lignes ferroviaire, ports et aéroports. Il propose des solutions innovantes d’entretien pour minimiser l’apparition de pathologies, de dégradations et de la diminution de l’adhérence.

Visiblement, la Côte d’Ivoire dispose d’assez de structures et d’expertise pour avoir un réseau routier à la dimension de ses ambitions. Surtout qu’elle se veut émergente à l’horizon 2020. Mais force est de constater que c’est le contraire sur le terrain. Les matériaux utilisés pour la réhabilitation des routes sont de mauvaise qualité ou ne sont pas appropriés ; de nombreuses entreprises adjudicataires des marchés se montrent défaillantes. Une seule pluie ou un seul passage d’un gros camion après chaque réparation, voici que les nids-de-poule reviennent. Tout se passe dans l’indifférence totale. Ce, au grand dame des usagers qui continuent de payer sur les ponts à péage ; sans obtenir en retour des routes de qualité. Dommage !

Isaac Koné

isakone@yahoo.com
 

ENCADRE

LA SUPPRESSION DES TP A OUVERT LA BOÎTE DE PANDORE

Le mauvais état de la majorité des routes ivoiriennes est l’une des résultantes de la suppression des Travaux Publics (TP) en Côte d’Ivoire ; conséquence du Plan d’Ajustement Structurel (PAS) recommandé par les institutions de Bretton Woods et les partenaires au développement.

En effet autrefois, dans chaque département, il existait une direction des TP. Laquelle avait à sa disposition des engins, des ingénieurs et une main d’œuvre qualifiée. Chaque direction départementale avait à sa charge l’entretien du réseau routier dépendant de son ressort. Les pistes villageoises étaient régulièrement entretenues. Il en est de même pour les voies interurbaines, dont les accotements étaient nettoyés. Les points critiques n’étaient pas épargnés non plus. Tout ceci offrait une fière allure aux routes ivoiriennes et occasionnaient moins d’accidents.

Mais hélas, avec la politique de privatisation, l’on assisté à la fermeture des bureaux des TP. Les engins ont été vendus à des opérateurs privés à qui l’entretien routier est désormais confié. Si des sutructures telles le Bnetd, l’Ageroute, le Fer etc ont leur raison d’être, il faut reconnaître que cela a ouvert la boîte de pandore. Surtout au niveau de la passation des marchés d’études et de contrôles, de construction et de réhabilitation de route. Les marchés gré-à-gré et les dessous de table ont pignon sur rue. Conséquences, les routes ne sont pas conçues selon les normes recommandées par les experts. Sur la quasi-totalité des routes bitumées, les nids-de-poule sont bouchés avec de la latérite ou de l’argile en lieu et place du bitume. Les dimensionnements laissent à désirer. La durée de vie d’une route dite bitumée n’atteint plus 6 mois. De nombreux chantiers restent inachevés. De nombreuses localités restent inaccessibles. Souvent les entreprises commises à la tâche n’ont pas le temps de finir ce qu’elles ont entamé que les premiers travaux commencent à se dégrader. Ainsi va la Côte d’Ivoire depuis la suppression des TP.

Isaac koné

http://news.abidjan.net/h/594190.html




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