Guéguerre Bédié - Ouattara: Méfiant, le chroniqueur Jean Baptiste Placca prévient: « Ce sera sanglant »

Samedi 21 Avril 2018 - 22:51


 

Dans sa chronique habituelle animée sur radio France internationale (Rfi), Jean Baptiste Placca s'est intéressé, ce samedi 21 avril 2018, à ce qui se passe en Côte d'Ivoire. Le journaliste politologue titrant sur une ''inéluctable rupture entre le Pdci et le Rdr'', exprime de sérieuses crainte au point de conclure que « ce sera sanglant ».

En Côte d’Ivoire, la polémique semble avoir repris de plus belle, entre le RDR et le PDCI-RDA. L’ancien président et président de cette dernière formation, dans une interview diffusée, ce vendredi 20 avril, sur RFI, a clairement laissé entendre que le PDCI-RDA présentera un candidat à la présidentielle de 2020. Faut-il craindre une rupture entre ces deux formations, naguère opposées, partenaires, depuis 2005?

Henri Konan Bédié n’est pas d’un naturel très bavard. Il est, même, capable d’humour, et d’un humour très subtil, en privé, mais, pour en arriver à briser aussi subitement le silence, sur une question aussi délicate que le respect – ou le non-respect – de la parole donnée, en politique, il a nécessairement fallu qu’il soit, quelque part, un peu en colère ou, en tout cas jusqu’à un certain point, déçu. Mais Henri Konan Bédié est de cette génération d’Africains qui, dès lors qu’ils se sont exprimés à mots couverts, estiment que l’on ne peut pas ne pas les avoir compris. C’est cette génération de l’élite africaine formée en France à la veille ou juste après les indépendances, qui peine à désigner par leurs noms ceux qui ont maintenu l’Afrique dans certaines servitudes, et qui parlent souvent en paraboles. A la différence de ceux qui, comme Alassane Ouattara, ont été formés aux Etats-Unis, ils ne disent jamais brutalement ce qu’ils ressentent, et tant pis pour ceux qui ne peuvent comprendre ! Alors oui, il est possible que le langage que parle Konan Bédié ne soit pas d’une limpidité évidente pour son partenaire Ouattara. Et l’on peut craindre, en effet, que leur alliance aille au-devant de profonds malentendus, dans un avenir proche.

Quelles sont donc les affirmations qui ressemblent à une forme ou une autre de parabole, dans les déclarations de Konan Bédié?

Vous vous souvenez, sans doute, des récentes déclarations du président Ouattara, qui magnifie le parti unifié, alors que Konan Bédié, à Frédéric Garat, dit qu’il y aura toujours, « aujourd’hui, demain et après-demain, un PDCI-RDA », car le document qu’ils ont signé ne fait nullement allusion à la disparition du PDCI-RDA. Et de souhaiter à son parti « une longue et très longue vie ». Si vous vous référez aux textes, vous verrez qu’il a raison. Et que cet homme est un redoutable politique.

De même, lorsqu’il dit que le RHDP travaille pour qu’un candidat PDCI-RDA soit désigné pour l’élection de 2020, il sait être précis : « Nous sommes en discussion. Du moins le PDCI est en discussion avec ses alliés, parce qu’il présentera un candidat en 2020. Et, compte tenu de ce que ce parti, par deux fois, a soutenu le candidat du RDR pour en faire le candidat unique du RHDP, nous souhaitons un soutien de leur part, en 2020. J’ai dit que cela était en discussion entre nos alliés et nous. Les deux poids lourds qui conduisent la politique du pays savent toujours s’entendre… », dit-il.

En clair, pensez-vous que tout cela a de bonnes chances d’aboutir à un désespérant malentendu?

C’est quand même un peu triste, la différence de niveaux, auxquels se situent les uns et les autres, dans ce dialogue. Peut-être que l’expérience de cette collaboration commence à toucher ses limites. C’est, ici, le lieu d’observer que ce mariage était un mariage de raison, à l’origine, exclusivement dirigé contre Laurent Gbagbo, hélas !

Car, au départ, il y avait, comme nous le faisait remarquer, il n’y a pas bien longtemps, un esprit brillant de nos amis d’Abidjan, une âpre lutte que livrait à Bédié son ennemi juré qui n’était autre, qu’Alassane Ouattara dans les années 1990. Bédié perdra la partie, puisque cela lui a valu un coup d’État en 1999. Et Laurent Gbagbo, en troisième larron, ramassera la mise, au nez et à la barbe des deux… disciples de Félix Houphouët-Boigny. Après une froide analyse de la situation, Bédié choisit de s’allier avec celui qui l’a fait tomber, d’abord pour arracher le pouvoir au FPI qui, pour eux deux, n’est qu’un usurpateur. Il accepte, ensuite, de jouer les seconds rôles, laissant Ouattara aux affaires, lui, passant désormais pour le vieux sage, et attendant le bon moment pour engager le combat contre celui qui l’a détrôné.

Nous y voilà ! Mais, ce sera sanglant !

Source: rfi

 

 





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