France :«L’Afrique, c’est aussi la cuisine» Rencontre avec l’Ivoirienne Christine Konan à Beauvais ( France)

Mardi 8 Août 2017 - 15:50


Christine Konan Akissi vient de Côte-d’Ivoire et lance son entreprise, à Beauvais : elle cuisine et livre des plats africains dans le but de partager sa culture aux Beauvaisiens.

Par Le Courrier Picard | Publié le 07/08/2017

Dans la cuisine carrelée de Christine Akissi, un gros panier de légumes découpés s’apprête à être cuisiné pour accompagner son tchep mijoté : un riz cuit avec des légumes agrémenté de cuisses de poulet. Durée de la cuisson : trois heures. Christine Akissi s’est levée tôt pour préparer cette commande devant être livrée à 12 h 30.

Sans gluten et végé si demandé

Ce n’est que récemment que cette quinquagénaire a lancé son entreprise de livraison de plats africains. À la carte : du mafé (bœuf et fonio), du poulet coco ou du poisson braisé servi avec de l’alloco. Le tout garanti sans gluten et végétarien si demandé.

Placée en couveuse et bénéficiant d’une formation en gestion d’entreprise, la cuisinière est de nature courageuse : «  Moi, entreprendre, ça ne me fait pas peur. Avec ce que j’apprends, je suis armée pour faire marcher mon entreprise.  »

Pourtant, la route fut longue pour cette Ivoirienne d’origine. Alors restauratrice pendant une vingtaine d’années à Bouaké, où elle tenait son propre établissement, elle est obligée de fuir son pays en 2002 lorsque la guerre éclate. Des soldats rebelles prennent le contrôle de la ville où elle habite, elle rejoint alors la France pour y scolariser ses enfants. Elle s’installe à Beauvais et trouve un emploi dans le secteur médico-social. Cependant, il y a cinq ans, un accident du travail la prive de sa capacité à travailler. Avec les jeunes, les seniors sont les personnes les plus touchées par le chômage, jugés trop vieux pour être efficaces. Il y a un an, avec l’appui de la BGE, elle crée son entreprise et se lance dans le grand bain.

Le Walé, le nom de son service traiteur, signifie en ivoirien «  partage  », et c’est là tout le but de sa démarche. Elle confie : «  L’Afrique, ce n’est pas que les médias, c’est aussi la cuisine et plein d’autres choses. » Elle conçoit que la cuisine africaine n’est pas très connue ici à Beauvais : «  La nourriture africaine est commune à plein de pays, seuls les noms changent, mais en Europe, on ne la connaît pas bien.  »

Pourtant, le kablè, le fonio, l’alloco ou l’attiéké tiennent à être connus. Certains clients, intrigués, se sont pris au jeu : «  La plupart du temps, ceux qui commandent sont des particuliers, souvent des curieux qui ne connaissent pas cette cuisine.  » La cuisine, son activité principale dont elle ne peut pas encore vivre, vient surtout de «  son désir de faire partager sa culture ». Une passion dont elle a elle-même héritée de sa mère et de Christian Abégan, «  son modèle  », l’un des plus grands chefs d’Afrique.

Les banques frileuses

Appuyée par la BGE, elle teste son activité jusqu’à décembre. À partir de là, elle devra trouver des financements pour faire pérenniser son entreprise. « Les banques sont frileuses  », dit-elle mais elle aimerait pouvoir, à terme, créer un réseau associatif pour pouvoir faire participer d’autres personnes à l’aventure : «  Il y a beaucoup d’étrangères à Beauvais et surtout de très bonnes cuisinières, alors pourquoi ne pas le faire ensemble  ? »

Par Le Courrier Picard | Publié le 07/08/2017 Roméo Van Mastrigt

Le Walé : 06 51 80 65 27, lewaletraiteur@gmail.com. Plats de 9 à 15 euros, livraison tous les jours à partir de 11 h 30, à commander la veille entre 9 et 17 heures





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