FPI : Grande interview -vérité de Dibopieu ( FPI)) (Serge Alain KOFFI)

Jeudi 14 Décembre 2017 - 16:04


L’ancien membre de l’alliance des Jeunes patriotes, Jean Yves Dibopieu, a affirmé jeudi ne pas se reconnaitre dans la crise au Front populaire ivoirien (FPI, Opposition) qui, en réalité, “fait perdurer la souffrance des Ivoiriens’’ face au “régime totalitaire’’ du chef de l’Etat Alassane Ouattara, dans une interview à ALERTE INFO
 

Vous êtres sorti de prison en mai 2014, mais depuis vous vous êtes muré dans un silence. Pourquoi cette posture ? Autrement dit pourquoi on ne voit plus et on n’entend plus Jean Yves Dibopieu ?

Je suis là. Nous ne sommes pas dans une course de vitesse mais plutôt dans une course de fond. Tout ce qui se passe en Côte d’Ivoire actuellement nous conforte dans notre décision de garder le silence pour nous muer en position d’observateur. C’est dans le silence qu’on observe mieux, qu’on réfléchit et qu’on organise. J’ai décidé de m’organiser dans le silence. Voilà pourquoi les Ivoiriens ne m’entendent pas pour le moment. Mais c’est un choix momentané pour me réorganiser après tout ce que j’ai subi.

Dans une déclaration en juin 2015 (un an après votre sortie de prison), vous évoquiez “un temps d’intense réflexion, d’observation et d’interrogation’’ pour justifier votre silence. Deux ans après vous êtes toujours silencieux, doit-on en conclure que Jean Yves Dibopieu a décidé de se retirer de la politique ?

Absolument pas. Je n’ai pas changé du tout. Je suis resté moi-même. Je ne peux pas renoncer à la politique. Toute ma vie, je n’ai fait que la politique qui est devenue ma principale activité. Même dans le silence, je continue de travailler politiquement.

Que devient Jean Yves Dibopieu ? Que faites vous de vos journées ? Comment vous vous occupez ? Où travaillez-vous ?

Je dois m’inscrire sur la fac pour achever mon DEA que j’avais entamé à l’Université catholique avant la crise post-électorale. Je dois me réinscrire pour achever ma thèse en philosophie. Je m’occupe et il y a des gens qui me permettent de bien m’occuper parce que j’ai de vrais amis avec qui je me retrouve pour parler politique. Je tiens tant bien que mal.

Que devient votre organisation la SOAF (Solidarité africaine) ?

La SOAF a été crée quand j’ai terminé mon mandat à la tête de la FESCI. Il fallait que pour puissions créer une structure de jeunesse pour continuer la lutte pour la défense des institutions de la république qu’on appelait la lutte patriotique. La SOAF était membre de l’alliance des jeunes patriotes. Nous avons créé cette organisation pour expliquer aux africains la réalité de la situation en Côte d’Ivoire. La SOAF n’est pas une structure au nom de laquelle nous allons entreprendre des activités politiques d’envergure dans l’avenir. Elle va donc bientôt se fondre dans un parti politique.
 

Le Front populaire ivoirien ?

Nous sommes en train de réfléchir.

Entretenez-vous encore des rapports avec les autres membres de l’alliance des Jeunes patriotes, notamment Thierry Légré, Richard Dacoury, Serge Kassy et Charles Blé Goudé ?

Pour être clair, je préfère dire non. Je me suis recroquevillé sur moi-même pour me refaire, pour me réorganiser. Je ne suis plus en contact avec mes anciens amis parce que chacun est distant de l’autre. En plus, je sais que nos communications pourraient être suivies. Je sais que je suis sur écoute actuellement.

Est-ce que vous envisagez une visite à Charles Blé Goudé à la Haye ? Et à Gbagbo ?

Oui je l’envisage. Et ce sera une occasion pour moi de voir le vieux. Moi, je l’appelle le vieux parce que Laurent Gbagbo, est mon père politique. Je n’ai jamais fait de réunion politique dans l’intérêt d’aucun homme politique si ce n’est que pour Laurent Gbagbo. Toutes les actions politiques que j’ai eu à mener jusqu’à ce jour l’ont été pour Laurent Gbagbo. Je souffre aujourd’hui de l’absence de Blé Goudé et du vieux. Je n’ai malheureusement plus de contacts avec Blé Goudé. C’est tant mieux pour lui et peut être pour moi aussi.

Pourquoi ?

Si vous avez remarqué, nous étions nombreux les Jeunes patriotes qui soutenions le président Laurent Gbagbo. Observez bien et vous verrez que c’est lui et moi qui avions subi les affres du régime et de ses soutiens extérieurs. Ce que nous avons subi, j’en suis convaincu, ne dépendait pas que de ce régime quand bien même il en a profité et s’en est réjoui. Leurs soutiens extérieurs ont beaucoup joué à ce que nous puissions subir toutes les tortures que nous avons endurées. Dans toute cette pléthore de jeunes patriotes, c’est seulement lui et moi qui avons été arrêtés. Peut-être que nous faisions peur.

Vous êtes en train de dire que certaines personnes au sein de votre propre camp ont contribué à votre arrestation et à votre extradition en Côte d’Ivoire…

D’aucuns pourraient le dire et s’ils le disent, ils n’auraient pas tord. Regardez déjà la dislocation, la division, les palabres. Si des gens disent que notre camp est responsable de tout ce que nous avons subi, je pense qu’elles ont raison.Ce sont ces palabres qui m’ont déçu et m’ont poussé à garder le silence. Déjà en exil, j’avais observé un certain nombre de choses qui m’ont intrigué. Et après la prison, je sors dans un autre état d’esprit pour relancer la lutte, je constate les mêmes choses qui m’avaient déjà déçues depuis l’exil au Ghana à savoir la division, les querelles intestines, les problèmes de personnes. Mon Combat ne consiste pas à s’attaquer à mes ainés au sein du FPI. Mon souhait est que tous ceux là puissent se mettre ensemble. Je ne me vois pas en train de m’attaquer à Affi N’guessan ou à m’en prendre à Sangaré Aboudramane.
 


La crise au FPI est selon vous une divergence sur la stratégie politique à adopter vis-à-vis du pouvoir ou une guerre de positionnement ?

Je suis mal placé pour répondre. La réponse que vous attendez risque de me faire prendre position dans une crise que je condamne dans son ensemble parce que je la trouve inopportune dans cet instant précis où les Ivoiriens sont en train de sombrer dans la misère imposée par le régime d’Alassane Ouattara. Je pense qu’on a plutôt besoin de se mettre ensemble pour faire front à ce régime totalitaire. Les tenants actuels du pouvoir le gèrent comme ils veulent et on n’a rien comme contrepoids à ce régime. Je ne me reconnais pas dans cette crise au FPI qui ne fait que perdurer la souffrance des Ivoiriens.

Comment entrevoyez-vous l’issue de cette crise ?

Les gens sont beaucoup susceptibles et émotifs dans ce parti au point que souvent on n’analyse pas les propositions de sortie de crise qui sont faites. Je préfère ne même pas dire quoi que ce soit. Les Ivoiriens souffrent sous ce régime dictatorial qui a échoué. Nous sommes à deux ans de sa fin, nous pouvons donc dire que ce régime à échoué. Il est donc temps que tous les démocrates et les progressistes se mettent ensemble. Comment les deux tendances du FPI vont se réconcilier, ce n’est pas à moi de faire des propositions. Les gens sont trop susceptibles.

Selon vous, la réconciliation entre les deux camps est-elle encore possible ?

Je ne sais pas mais cette réconciliation est mon souhait. La balle est dans le camp des leaders des deux camps.

Aujourd’hui avec du recul, est-ce que vous avez des regrets dans la gestion du pouvoir par votre parti ?

J’ai assumé toutes les actions que j’ai eu à poser. Je n’ai aucun regret parce que je ne sais pas ce que j’ai fait de mal. Je n’ai jamais pris les armes pour tirer sur des personnes. Je n’ai jamais formé un groupe armé. Je n’ai jamais tué.

On se rappelle tous de votre fameuse phrase +à chaque Ivoirien, son Français+

Je veux qu’on rappelle du contexte de cette phrase. Ce contexte était que depuis l’ouest du pays, les Français piétinaient tout sur leur passage et tiraient tout ce qui bougeait, il faut qu’on se souvienne de cela. C’est en 2004, j’ai tenu ces propos parce que nous voyions les français tirer à bout portant sur les Ivoiriens à l’hôtel Ivoire. Dans quel pays, peut-on assister à un tel spectacle sans réagir ? Notre réaction n’a été que verbale. Ce bout de phrase n’a pas fait d’effet. Qu’on me dise combien de français ont été tués après ces propos. C’était simplement une phrase pour interpeller la classe politique française.

Dans la configuration actuelle de la classe politique ivoirienne, comment vous entrevoyez la présidentielle de 2020 ?

Pour moi, le RDR a échoué. La classe politique ivoirienne est devenue caduque parce qu’elle est vieillissante. Depuis 1990, ce sont les mêmes personnages qui animent le débat politique, ce sont les mêmes pensées politiques. Cette classe politique dépassée n’a rien à proposer aux Ivoiriens. L’horizon est sombre parce qu’il n’y a rien de nouveau. En 2020, on verra parce que nous avons des idées et des propositions.

Alerte info/Connectionivoirienne.net

 




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