Emeutes en Côte d’Ivoire—Attention à la “Révolution Prophétique”

Jeudi 28 Juillet 2016 - 08:57


Emeute du 22 juillet 2016 à Bouaké, la Banque NSIA pillée.
Emeute du 22 juillet 2016 à Bouaké, la Banque NSIA pillée.
Villes meurtries— Yamoussoukro. Daloa. Tiassalé. Bassam. Korhogo. Bouake. Responsable—CIE. Raison—Envolée de l’électricité. Conséquences—Banques, Commissariats de police,  et Agences de la CIE pillées et/ou incendiées. Préfecture de police sous la contrôle des démobilisés de l'ex rébellion. Entrées des villes bloquées. Plusieurs blessés par balle. Des morts.
Ces mots et bouts de phrases ont résumé la  légère montée de fièvre qui a secoué la Côte d’Ivoire qui continue de frémir. Une montée de température qui, même si elle a fait peur au cercle régnant autour de Alassane Ouattara, a été sans grand danger pour le régime des rebelles gouvernant en dehors de toute règle régissant une société humaine.


Colère et Euphorie Perceptibles


Ce système opaque, trop ethno-politisée, trop corruptible et corrompu, instauré par Ouattara, essuie suite à ces moments de tension,  ironie, et rêves des Eburniens. “Le pouvoir Ouattara est-il sur le point de s’effondrer?” “Le peuple ivoirien s’est-il réveillé en Côte d’Ivoire?”  Derrière ces questions, beaucoup espèrent que cela en soit ainsi. La chute de Ouattara. Emporté par “l’émergence de la colère électrique des Ivoiriens” et  “la foudre de la désillusion en Côte d'Ivoire.”  Afin qu’une date qui fait rêver les Ivoiriens par ces temps de dictature, ait sa jumelle. Alors certains ont simplement clamé, “30 Octobre, 30 Juillet, Ivoiriens faites respecter les liens entre Dramane et Blaise!”  Puis, une formule qui veut faire croire que le régime chancelle et serait prenable  tinte de partout. “La CIE recule et présente ses excuses.”
Sans aucun doute, Ouattara est la peste que tout Africain voudrait voir déboulonner et traîner dans la poussière comme la statue géante de Compaoré à Bobo, ou celle de Saddam Hussein assassiné par le Capital.  Mais, le bon sens voudrait aussi que l’on regarde tout autour de la boîte. Surtout ne pas confondre la “Révolution du ventre,” ce grognement qui, aussi puissant soit-il, ne va jamais au-delà de l’estomac; à la “Révolution.” Ainsi, ce qui s’est passé est un petit coup de folie. Mieux, une petite révolte qu’une véritable révolution. Un mouvement de colère, qui est plus une réponse au refus du dialogue par les ‘rattrapeurs-ethno-rebelles qu’un signe porteur de changement.
Néanmoins, le chambardement est possible. Mais la résistance devrait retenir que l’insurrection ou les émeutes, contrairement à  la révolution est un phénomène ponctuel qui n’aboutit pas nécessairement à un changement de régime. Alors que la révolution, vise clairement un renversement du pouvoir suite à une révolte contre les autorités. Plus important, le caractère apparemment soudain et violent de l’une et de l’autre ne fait pas nécessairement de l’une, l’autre. Alors, les troubles constatés dans certaines villes du pays, s’inscrivent dans la logique des revendications individuelles, soumises à la satisfaction d’un intérêt— la réduction du coût de l’électricité, plutôt qu’à la volonté de rétablir un bien général—qui est la restauration des libertés collectives.


Syndrome Burkinabè


Ce spasme insignifiant, mais important, a fait espérer au syndrome Burkinabè. Cette vision est réductionniste de ce qui sous-tend une insurrection réussie. Pour réaliser le modèle Burkinabè qui a emporté Compaoré, il faudrait envisager l’insurrection dans un laps de temps plus long. Une telle option nécessite de “se donner la possibilité de penser des variations dans les revendications ou les mouvements.” C’est ainsi que “l’insurrection peut devenir l’expression d’un mouvement de protestation générale d’un peuple uni contre le pouvoir.”
Le cas Burkinabè est à cet effet un enseignement à apprécier non sur ses conclusions, mais sur sa démarche.  La perte de Compaoré part de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo le 13 Décembre 1998. A partir de cette date, plusieurs mouvements d’humeur avaient secoué le régime Compaoré sans l’emporter. Un peu comme ce qui s’est passé la semaine passée en Eburnie.
Mais la communion entre les organisations de la société civile, les organisations politique et syndicale de presque toutes les corporations publiques et privées réunies sous la bannière du Collectif des Organisations Démocratiques de Masse et de Partis Politiques avaient réussi comme force de pression à fissurer les murs du pouvoir Compaoré.
A l’assassinat le 22 Juin 1999 de Auguste Pépin Ouédraogo, agent de  la Société Nationale Burkinabè d’Electricité-SONABEL –, le Collectif avait soutenu cette Société dans son action d’une nuit sans énergie qui plongea tout le pays dans le noir. Puis s’activa à soutenir l’observation par toutes les organisations syndicales publique et privée, d’un arrêt de travail les 29 et 30 Juin 1999 suite à ce crime. Le 15 Juillet 1999 le Collectif apporta son soutien aux soldats sans distinction de grades et de corps, sortis pour manifester leur mécontentement par rapport à leur traitement.
En 2011 comme en 2006 l’armée une fois encore manifesta bruyamment à Bobo et à Ouaga et même au sein de la garde présidentielle, si bien que Blaise décampa pour se réfugier dans son village à Ziniaré. Lorsque  Naaba Sorgho, Le monarque de Tenkodogo fit assassiner Mahamoudou Kéré, un de ses sujets, opposant au CDP–parti au pouvoir–, la population sortie les 29 et 30 Juin 1999 et fit trembler le pouvoir. L’assassinat le 6 Juin 2000 par balle de Nébié Flavien, élève non-manifestant, en fin de cycle du primaire, âgé de 12 ans, lors d’une grève des élèves et étudiants, par la soldatesque de Compaoré, et la mort donnée à l’élève-collégien Justin Zongo à la fin du mois de Février 2011 suite à une maltraitance policière, suscitèrent marches organisées par le Collectif, mais aussi colère, émeutes, et casses.
Tous ces mouvements de colère  et d’autres, soutenus par le Collectif et la population, infestaient en même temps l’ensemble du territoire et rongeaient le pouvoir CDPiste de Compaoré. La chute lamentable de Blaise Compaoré le 30 Octobre 2013, n’était donc pas la conséquence d’un seul mouvement spontané de la population.


Eléments Objectifs pour Chasser Ouattara


En Côte d’Ivoire, il y a des éléments objectifs indiscutables pour que l’insurrection devienne une véritable puissance du renversement du système mafieux du rebelle-criminel-Ouattara. Puisque le Burkina, dans le même contexte n’a pas pratiqué autrement afin de s’opposer à Compaoré, Diendéré, et leur machine à tuer le RSP–Régiment de Sécurité Présidentielle. Ceux qui espèrent renverser Ouattara par le soulèvement de la rue, devraient affaiblir sa politique de quadrillage des institutions. Déshabiller ses structures satellites, et hommes liges dans toutes les sphères politique, civile, et militaire. Ensuite le quadriller en  même temps que ses soutiens internes qui n’ont de conviction que les gains qu’ils tirent de ce régime qui n’est pas véritablement crédible.
Inutile de se laisser bercer par ces pasteurs/prophètes qui disent ou prophétisent que “le soleil est en train de se lever pour la Côte d’Ivoire,” et se dédisent ou se contredisent. C’est par le réalisme politique—et non par les cauris bibliques ou une autosatisfaction après quelques frémissements, quelques remous, quelques secousses, quelques troubles, sans réel importance, que l’on pourrait chasser cet esclave que la France—accompagnée de ses soutiens au sein du Conseil de sécurité—a contribué ostensiblement et puissamment à porter au pouvoir.  C’est donc par une série d’insurrections sans répit que l’on peut “tourner la page Ouattara” qui “fait du bruit pour rien du tout,” et “Confier le pays à quelqu'un d’autre.” Comme pense Amara Essy. Alors, Koné Bruno, son tchakou—perroquet comme disent les Congolais—, qui disait le 20 Avril 2016 que “seuls 200 Ivoiriens font semblant de souffrir sinon la Côte d'Ivoire se porte bien” s’en ira avec les autres, avec femmes, enfants, et petits-enfants, sans valise.


Feumba Samen
 




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