Elections en Côte d'Ivoire : Affi N'guessan accompagne Alassane Dramane Ouattara. Et si Judas et le dictateur d'Abidjan libéraient Laurent Gbagbo en sacrifiant le peuple ?

Mardi 21 Juillet 2015 - 09:33


Pascal Affi N'Guessan
Pascal Affi N'Guessan

A trois mois des présidentielles en Côte d'Ivoire, le peuple ivoirien veut espérer des élections transparentes pour que le pays recouvre la paix. Mais le pouvoir actuel qui sait ses chances minces dans le cas d'élections transparentes et démocratiques, est dans une logique de fuite en avant. Il multiplie des campagnes en communicant sur l'inexistant et des promesses dont il est le seul à y croire. « ADO Solutions », les Ivoiriens y ont goûté et même des partisans de Ouattara, les plus lucides, au-delà des fanatiques et des supporters inconditionnels, conviennent avec nous pour dire que le dictateur est de surcroît un menteur professionnel. Son épouse fait des dons avec l'argent du contribuable ivoirien.
 

 
 

L'imposture est tellement présente dans la famille que la gouvernance dictatoriale va jusqu'à s'attribuer tout ce qui n'est pas de son fait. On peut citer l'exemple du « pont Henri Konan Bédié », la plus grosse arnaque du peuple de Côte d'Ivoire et le pont de Jacqueville. Deux ouvrages que Ouattara a inaugurés mais qui ne sont pas de ses réalisations. Chaque jour, nous voyons à la télévision ivoirienne, la propagande de Ouattara et de son clan. Le peuple mis dans la dépendance par une paupérisation sans précédent qui le gagne, voit inéluctablement sortir de ses rangs des nécessiteux pour applaudir, sans conviction mais en échange de prébendes.
 

 
 

Pourquoi Judas s'accroche-t-il à la forfaiture malgré l'inexistence de ses chances de remporter l'élection présidentielle ?
 

 
 

Affi N'guessan, celui que les Ivoiriens surnomment désormais Judas sait qu'il n'a aucune chance pour gagner les élections présidentielles. Nombre d'observateurs ne comprennent pas les actes que pose l'ancien premier ministre de Laurent Gbagbo. En réalité, il faut connaître l'homme pour pouvoir intégrer ses gesticulations. Affi N'guessan a un goût immodéré du luxe et du prestige. Il a tout des conservateurs sauf le sens de la dignité ; de l'honneur et du dialogue. Il fait partie de cette race de politiques qui utilise des manteaux présentables pour duper ses semblables. L'aristocrate qui accompagne Alassane Dramane Ouattara dans ses desseins démoniaques, a habillé un temps le manteau du militant socialiste comme on peut en trouver de très nombreux, pour tromper les observateurs qui lui ont accordé un tant soit peu du crédit. Ce monsieur, au nombre des oligarques égoïstes, a jeté l'opprobre sur une élite qui compte somme toute encore des personnages honnêtes et dignes.
 

 
 

Quand Laurent Gbagbo l'a envoyé à Marcoussis, ce monsieur s'affairait plutôt à sauver son poste de premier ministre. Avec le MEDEF et des décideurs français, il était prêt à lâcher Laurent Gbagbo pour garder en retour la primature. Comme la ficelle était trop grosse et vu que « ce coup » serait trop visible, les ennemis de Gbagbo et la part de l'entourage qui émargeait sur le registre de la perfidie, ont temporisé. Le ménage dans la filière café-cacao et sa non nomination dans le gouvernement Aké Ngbo ont dressé Judas dans sa capacité de nuisance. Et devant une imposture dont les signes avant-coureurs étaient multiples, des angéliques du FPI, peut-être, à cause de droit de préséance, se sont là encore montré attentistes, de bonne foi sauf que les dégâts sont lourds. Mais Judas a bien compris qu'avec sa petite caste de suiveurs intéressés, son audience est quasi-inexistante. La Côte d'Ivoire profonde reste vigilante sur de tels personnages qui donnent, avec les faveurs du pouvoir, l'illusion d'exister.
 

 
 

Et si Judas et le dictateur libéraient Laurent Gbagbo ?
 

 
 

Les prédateurs de la Côte d'Ivoire ont monté Judas de toute pièce. De la même façon qu'ils ont crée en 2010 un président parallèle, en marge de des institutions, Judas et le dictateur s'en inspirent pour casser en deux tous les partis, groupements politiques et associations qui résistent. A chaque fois, la partie qui se détache est majoritaire par rapport à celle qui part avec Ouattara. Le dictateur veut ainsi montrer, en se taillant des concurrents sur pièce, que les élections à venir seront d'une expression démocratique. Judas sait donc qu'il ne gagnera pas les élections. Visant la primature et/ou à défaut des postes ministériels, il est dans une opération de casting pour Ouattara pour que le dictateur rempile.
 

 
 

Par ailleurs, Laurent Gbagbo est enfermé à La Haye alors que son dossier est vide. Mais parce que les dirigeants français – qui ne veulent pas se dédire – veulent réussir sa mise à l'écart. Si ces mêmes dirigeants bottent en touche en arguant que le sort de Laurent Gbagbo est entre les mains de la justice internationale, nous pouvons voir cette prétendue affaire judiciaire se précipiter très vite en une escroquerie politique si Ouattara est réélu. Un habillage pourrait être trouvé pour la libération de Laurent Gbagbo. Judas et le dictateur feront alors valoir qu'ils ont travaillé pour la libération de Laurent Gbagbo dans le but de favoriser la réconciliation. Affi N'guessan, le Judas confirmé ne pourra-t-il pas tirer les marrons du feu ?
 

 
 

Le FPI de Laurent Gbagbo doit tout faire pour obtenir la libération de son fondateur.
 

 
 

Le parti de Laurent Gbagbo ne saurait laisser son fondateur se constituer l'objet d'un troc. Le journal identitaire, « Le patriote » pro-Ouattara continue de ruer dans les brancards avec ses rhétoriques habituelles sur la théorie du complot. Comme à son habitude, à la manière de « radio mille collines » au Rwanda, ce journal, après avoir promus la « Charte du Grand Nord » est dans une logique de préparation de génocide si Ouattara perdait le pouvoir. Le peuple de Côte d'Ivoire et l'opinion internationale sont prévenus que des discours de diabolisation de l'opposition et des campagnes d'intoxication vont s'intensifier à l'approche des élections.
 

 
 

En titrant « ils ont choisi le désordre ; ils veulent empêcher les élections ; la CNC au bord de l'explosion ; ... », le pouvoir et ses organes de propagande, ne savent plus en réalité comment faire devant l'étau qui se serre autour d'eux. L'opposition ne demande que les lois s'appliquent dans ce pays, érigé depuis l'arrivée de Ouattara, en République bananière. Quand bien même ils se montrent autistes, le pouvoir et ses sbires savent que la France saura choisir le camp de ses intérêts devant la situation qui prévaudra. C'est pourquoi, la conduite irresponsable de cette minorité qui anime ce pouvoir clanique parce qu'elle ne vise que la perpétuation de ses intérêts au mépris des droits du peuple, va se poursuivre mais ne devrait intimider l'opposition.
 

 
 

Pris de panique, le pouvoir est dans une campagne d'intoxication pour diviser la CNC.
 

 
 

La Coalition nationale pour le changement fait son chemin. Il convient de saluer sa capacité de mobilisation qu'elle a montrée, à l'occasion de deux sorties (Yopougon et Koumassi), environ seulement un mois après la signature de sa Charte. Les différents observateurs savent comment cette coalition est constituée. On peut donc comprendre une cacophonie qui va se dissiper au fur et à mesure que la structure va véritablement prendre ses marques. Il est donc de bonne guerre que les tenants du pouvoir se réjouissent de malentendus entre certains leaders. En réalité, le pouvoir a peur de la CNC. Il voudrait donc réussir à l'infiltrer pour l'affaiblir au pire ou la voir disparaître au mieux. C'est là où une élite politique qui prétend se battre pour le peuple, à la différence du pouvoir en place devrait se montrer cohérente dans ses choix. S'il est admis, conformément aux dispositions de la Charte, que chaque composante de la CNC peut mener des activités dans l'esprit de la défense de ses intérêts, il est également convenant que la solidarité l'emporte par rapport aux enjeux globaux.
 

 
 

Le FPI a demandé aux Ivoiriens de ne pas s'inscrire sur les listes électorales, dans les conditions actuelles - une CEI non consensuelle et aux ordres de Ouattara ; le non respect du code électoral ; … -. C'est une position qui peut se comprendre puisque tous les acteurs de l'opposition sont d'accord pour dire que les conditions de triche sont patentes dès lors qu'ils n'ont aucun moyen de contrôle pour garantir la tenue d'élections transparentes et crédibles. Cela ne saurait signifier que le FPI ne veut pas d'élections. Conforme à sa tradition – le FPI n'a jamais pris des armes et reste toujours dans sa position pour la transition pacifique à la démocratie – et voulant la paix pour le peuple, le FPI s'opposera à la tenue d'élections non transparentes, non crédibles et non ouvertes. Personne ne peut aujourd'hui contester que l'opération d'inscription sur les listes électorales a été un fiasco.
 

 
 

Jeune Afrique, RFI et d'autres médias qui n'ont jamais été proches de Laurent Gbagbo l'admettent. Les questions de l'inéligibilité de Ouattara, d'une commission électorale indépendante et autres aspects afférents à des élections transparentes et crédibles sont centraux. La mobilisation doit donc se faire méticuleusement pour que le peuple contraigne Ouattara à renoncer à sa triche et à ses desseins morbides. En fait, qu'est ce qui motive aujourd'hui le peuple ivoirien ? C'est la tenue d'élections transparentes qui puissent garantir la paix. L'opposition doit donc tout faire pour aller dans le sens du peuple. Tout discours qui divertit les populations de ces revendications légitimes est une imposture et ne saurait donc abuser des Ivoiriens.
 

 
 

Claude KOUDOU
 

Enseignant-Ecrivain ; Directeur de la Collection « Afrique Liberté » chez les Editions L'Harmattan ; Président des Convergences pour la Paix et le Développement de l'Afrique.





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