Drame à Daloa : 29 gendarmes et policiers inculpés de meurtre

Lundi 19 Mars 2018 - 07:24


C'est une affaire d'une extrême gravité, que des mains obscures ont manœuvré pour étouffer, moyennant promesse de versement, en catimini, de la somme de 30 millions de F Cfa.

 

Objectif :   échapper à la justice. Ces mêmes mains ont empêché la pratique d'une autopsie sur le corps de la ravissante victime de 23 ans, Mlle Koua Ahoussoua Béatrice, en lui appliquant, avec diligence, une bonne dose de formol. En toile de fond, qu'il n'y ait pas d'examen de l'état du corps. Lequel examen devait offrir aux enquêteurs, des indices matériels, et mettre à nu les traces de ce crime qualifié « de gratuit », perpétré sur la jeune fille. Les impacts de balles sont observables sur la victime, mais les balles assassines sont introuvables.

Les enquêteurs du Tribunal militaire, venus d'Abidjan, ont du pain sur la planche, mais, ils ne désespèrent pas. Cette affaire liée à un meurtre, est revenue à la surface, alors qu'on la croyait classée. C'est sur une plainte déposée le 9 février 2018, auprès du Tribunal militaire d'Abidjan, par Me Coulibaly Soungalo, avocat à la Cour d'appel d'Abidjan, Conseil de l’État de Côte d’Ivoire, que les parents et proches de Mlle Koua Ahoussoua Béatrice vont trouver, enfin, soulagement. Et ce, à la requête de Doumbia Ahmed Issiaka, né le 2 septembre 1980, à Ouangolodougou, Sergent-chef dans l'administration douanière de Côte d'Ivoire.

A relire: Bavure à Arrah /6 gendarmes déférés ce matin

29 éléments des Forces de défense et de sécurité, dont un commissaire de police, ont été auditionnés et inculpés de «  meurtre » sur la personne de Mlle Koua Ahoussoua Béatrice, 23 ans, étudiante en stage dans une importante structure financière à Daloa. Parmi ces 29 présumés meurtriers, figurent, entre autres, le Commissaire N'Tamon Offo Jean-Pierre, les sergents-chefs Niaoré Togba, Lasme Roland, Dessi Joël Jossue, Diby Martial, Yaba Aimé, Kanga Brou Basile, Traoré Salif, Ilboudo Omar, Babiel Maurice... issus de l'Escadron de la gendarmerie de Daloa et du 3ème arrondissement de Police de cette ville.

Assise à l'avant, dans le véhicule, à côté de son amant, le Sergent-chef Doumbia Ahmed Issiaka, Mlle Koua Ahoussoua Béatrice a été mortellement atteinte de 3 balles tirées, presqu'à bout portant. Sa tête a été réduite quasiment en bouillie, avant de succomber à ses blessures peu après, lors de son évacuation vers le Centre hospitalier régional (Chr) de Daloa. L’événement malheureux, qui est « loin d'être une fâcheuse bavure ou une situation de légitime défense », selon un haut magistrat du Tribunal militaire d’Abidjan, s'est produit dans la nuit du 4 février 2018 aux alentours de 23 h, dans une rue déserte de Daloa, route de l'abattoir, devant l'entrepôt de Café-cacao en construction. En rentrant d'une soirée (concert de l'artiste-chanteur Yabongo à la place Castel) bien arrosée, en compagnie de sa dulcinée, le sergent-chef des Douanes, Doumbia Ahmed Issiaka, à bord de sa voiture tombe sur une patrouille mixte de sécurisation de la ville de Daloa. Elle est composée de 29 éléments issus de la Police et de la gendarmerie.

La loi de l'omerta...Visiblement poussé par le «  démon » du Bacchus, il ne marque pas d'arrêt pour se présenter à ses collègues, comme cela est d'usage. Pis, il refuse d'obtempérer aux coups de sifflet de la patrouille. Les éléments étaient sur les dents. Ils avaient, un peu plus tôt, été alertés par des coups de feu consécutifs à une série de braquages au quartier Labia, d'où venait le véhicule à vive allure. C'est alors que le commissaire de police, N'Tamon Offo Jean-Pierre, ordonne aux éléments en faction un peu plus loin, d'immobiliser le véhicule suspect, en lui barrant la route, au moyen d'un autre véhicule de patrouille. Ce qui fut fait, et la voiture de Doumbia Ahmed Issiaka s'immobilise. Mais, alors que des éléments, armes au poing, s'approchent de la voiture du Douanier, des coups de feu partent, brisant la vitre arrière du véhicule, et atteignant, mortellement, la jeune fille à la nuque. Elle s'écroule, la tête réduite quasiment en bouillie. Bavure ou tirs délibérés ? C'est alors que le Douanier sort, les mains levées, de son véhicule, pour décliner son identité et sa fonction.

Il ressort de la plainte de Me Coulibaly Soungalo, que «  Doumbia Amhed Issiaka a été pris à partie par des éléments de l'Escadron de Daloa et des éléments de la police du 3ème arrondissement, qui étaient en faction...  cette nuit-là ». Il ajoute que « ces éléments en faction, à l'aide de leurs armes à feu, tiraient sur le véhicule, au motif que le sergent-chef des Douanes aurait refusé d’obtempérer ». L'avocat de l’État de Côte d'Ivoire soutient «  que Doumbia Ahmed Issiaka sera passé à tabac et jeté dans le cargo de ces agents », ajoutant que son « amie, Mlle Koua Ahoussoua Béatrice, conduite au Centre hospitalier régional (Chr) de Daloa, a rendu l'âme avant son arrivée ». « Les actes posés par les agents des forces de l'ordre sont des actes de séquestration, suivis de violence et voie de faits », et que pour ce qui concerne Mlle Koua Ahoussoua Béatrice, il en conclut à un «  meurtre ».

Dès lors, l'avocat invite le Tribunal militaire à faire une stricte application de l'article 245 du Code pénal, qui dispose que «  quiconque, volontairement, porte des coups ou fait des blessures ou commet toute violence ou voie de fait est puni de l'emprisonnement de cinq à 20 ans lorsque les coups portés et blessures faites, même sans l’intention de donner la mort, l'ont pourtant occasionné ». Les amendes vont de 100 000 à 500 000 F Cfa.

Mais, le Commissaire du gouvernement, le Procureur militaire Ange-Bernard Kessi Kouamé, qui s'est rendu à Daloa sur les lieux du drame, dans le cadre de son enquête, fait face à la loi de l’omerta. Aucun des 29 éléments ne veut assumer le meurtre. Le commissaire N'Tamon Offo Jean-Pierre, qui reconnaît avoir «  ordonné les tirs », soutient qu'il est incapable de désigner le ou les tireurs. « C'est lui qui a donné l'ordre à ses hommes de tirer. Il va assumer. Ils ont tiré alors qu'ils n'étaient pas en situation de légitime défense. On ne tire pas sur un véhicule en stationnement. Ils ont fait croire qu'ils visaient les pneus. Alors qu'ils ont visé délibérément le pare-brise. Il y avait, de leur part, une intention nette de tuer les occupants. Ils vont tous répondre de leurs actes. Ils refusent de désigner les coupables. C'est pourquoi, ils iront tous en prison », s'est emporté, lors d’un échange téléphonique, le mardi 13 mars 2018, le Procureur militaire, Ange Kessi, qui a décidé de mettre au trou tous les 29 éléments issus de l'Escadron de la gendarmerie de Daloa et du commissariat du 3ème arrondissement.

Pour sa part, le commissaire N'Tamon Offo Jean-Pierre affirme, selon nos sources, que «  le véhicule du sergent-chef Doumbia Ahmed Issiaka avait une allure suspecte. Ce qui a occasionné les tirs ». En effet, soutient-il, « celui-ci avait tenté de leur échapper en n’obtempérant pas à leurs injonctions, et en forçant le passage. Il a donc donné l'ordre d'immobiliser ledit véhicule. Ce qui a été fait par des coups de feu ». Signalons que l'étudiante a été tuée de 3 balles, toutes logées dans sa tête.

 

Armand B. DEPEYLA

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