Côte d'Ivoire: funérailles bétés, quand tu leur tiens

Dimanche 10 Décembre 2017 - 13:38


 
 

En Afrique, plus particulièrement dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, les funérailles sont TOUT, sauf un moment de recueillement. Impossible donc de parler de funérailles aujourd’hui sans parler d’un groupe ethnique : les bétés  – pardon – les rois des funérailles grandioses. Avec eux, tous les week-ends se succèdent d’obsèques en obsèques à partir du jeudi. Les gares, en direction de GagnoaDaloaLakota en savent beaucoup.

Vous voulez voir du monde avec les derniers modèles de pagnes ou de costumes ? Rendez-vous un vendredi après-midi à la morgue, à IVOSEP. Vous cherchez un concert géant avec de vrais artistes du terroir ? Ce n’est pas compliqué ! Direction place Ficgayo de Yopougon, vendredi soir.Vous les verrez tous exécuter les derniers pas de danses.

La solidarité pour les funérailles commence après la mort

Vous désirez avoir une maîtresse (une copine) ou une âme sœur ? Pas de souci également. Les funérailles du côté de Bagnota, Gnaprahio, Dipa-dipa ( ce sont des villages purement bétés)… vous offriront ce service. Pas question pour un bété digne de son nom d’aider son proche qui est malade. La solidarité familiale commence après la mort.

 

Les funérailles bétés, il faut le souligner deviennent de plus en plus des lieux de retrouvailles, de liesses populaires mais aussi de concurrences. Quelle famille organisera bien plus que l’autre ? Les bouteilles de bière, de gin et de vin coulent à flot en l’honneur du disparu. Les tee-shirts et pagnes sont quant à eux  à l’effigie du mort. C’est pour lui rendre un vibrant hommage. Attention, la famille doit surtout s’assurer qu’il y a suffisamment de sacs de riz, de moutons et souvent même de bœufs pour nourrir tout ce monde venu la soutenir. Sinon les funérailles risquent d’être gâchées.

Des scènes acrobaties et les pleureuses professionnelles

Ici, lorsqu’une personne meurt, la réaction doit être instantanée. Les plus expertes sont les femmes. On cogne la tête  contre un arbre par ci ou contre un mur par là. Les jeunes filles, accompagnées de leurs mères vont en brousse chercher des feuilles rugueuses appelées « gnagnon » en langue locale. Elles se frottent le visage et tout le corps avec ces feuilles de sorte qu’elles laissent des plaies sur la peau. Elles ne sont pas seules.

Il y aussi les pleureuses professionnelles que la famille se charge de louer pour les aider dans cette grande tâche. Elles font des acrobaties ou même s’écorchent le corps avec des tessons de bouteilles.Certains pleurent à chaudes larmes. D’autres chantent en prononçant des paroles pathétiques sur la vie du défunt et surtout sur le vide qu’il va laisser, à savoir l’héritage. On se rase le crâne pendant la période du deuil et on porte des tenues noires pour marquer sa compassion. Dans la tradition bété, c’est un devoir d’honorer la mémoire d’un défunt.

Cependant, après les funérailles toutes les dettes reviennent à la famille éplorée qui se charge de les rembourser. Comme on le dit après la fête, c’est la défaite. L’organisation des funérailles en pays bété, on peut le dire est un véritable art que saurait nier aucun autre peuple encore moins les malinkés. Quand comprendront-ils enfin, que ce ne sont pas ces funérailles grandioses qui ressusciteront leurs morts ?

http://pigistalement.mondoblog.org/ci-funerailles-betes-quand-tu-nous-tiens/

 




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