Côte d’Ivoire / Ouattara-Soro : une nécessaire accalmie

Lundi 26 Mars 2018 - 15:22


La chronique de Moh-Laumet Djè

 

 

 

A l’approche de l’année électorale 2020, la sérénité ne semble pas être de mise dans les différents camps protagonistes. Même au sein d’un même clan, la suspicion ne fait pas défaut. On se guette, les faits et gestes des uns et des autres sont sujets à interprétation. C’est cette manière de voir et de faire qui a jeté le froid sur les relations entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro. La situation a-t-elle changé ? Nul n’en sait rien d’absolument sûr.

 

Ouattara, Soro. L’un est le chef de l’Etat depuis Avril 2011 ; l’autre, le président de l’Assemblée nationale, après avoir été premier ministre du président Alassane Ouattara. Les relations entre ces deux hautes et incontournables personnalités de l’Etat datent des années 1990. A cette période, le premier était Premier ministre et le second, syndicaliste, SG de la Fesci. Et l’on s’accorde à dire que les deux hommes ont toujours entretenu des relations cordiales. On note, entre autres faits, l’adhésion de Guillaume Soro à la cause du RDR lorsqu’il était SG de la Fesci. Puis une prise de position en faveur d’Alassane Ouattara lors de la crise postélectorale de 2010. Ces différents actes laissent aisément penser que Guillaume Soro a revendiqué la rébellion pour couvrir Alassane Ouattara suspecté, sans doute à raison, d’en être le commanditaire et financier. On retient surtout que c’est un partenariat gagnant-gagnant selon la formule consacrée : la présidence de la République pour Ouattara et l’Assemblée nationale pour Soro.

 

L’idylle entre les deux hommes a pris du plomb dans l’aile pendant une bonne période. A l’origine de ces dissensions, les ambitions politiques avérées ou non, de Guillaume Soro. Notamment, sa propension à vouloir briguer la présidentielle de 2020, alors qu’au sein de son parti le RDR, le choix du candidat n’a pas encore été fait. Une ambition qui n’aurait pas été du goût d’Alassane Ouattara et de son camp. La colère du chef de l’Etat ne s’est pas fait attendre : limogeage immédiat de plusieurs cadres acquis à la cause de Soro. Alain Lobognon et Affoussiata Bamba respectivement ministre des sports et loisirs et de l’information et de la communication dans le gouvernement, sont démis de leurs postes. Il en est de même de Méité Sindou et bien d’autres hauts cadres qui sont remerciés après la création du mouvement soroïste. Autre fait majeur dans la détérioration des relations : l’incarcération de soul To Soul à la MACA pour attentat à la sûreté de l’Etat. A tout ceci, il faut ajouter l’absence de Guillaume Soro et de ses « Commandos » au congrès du RDR. A cet effet, le PAN avait dit : « on ne peut pas être invité dans sa propre maison ». Des propos qui démontrent la fracture entre le RDR et lui. Il y a aussi les soupçons de déstabilisations de l’Etat à travers les nombreux mouvements d’humeur des ex-rebelles à Bouaké, que ceux du camp Ouattara imputeraient à Soro. Une autre preuve et cause de la rupture : le rapprochement entre le président de l’Assemblée nationale et le président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié.

 

Mais depuis le mois de novembre 2017, la paix a été scellée entre les deux hommes. Guillaume Soro et Alassane Ouattara ont fini par se rencontrer. Même si jusqu’à ce jour rien n’a filtré de cette entrevue, force est de constater que les rapports conflictuels, en demie teinte, qui avaient altérée la qualité de leurs liens se sont apaisées ou du moins ; ils auraient même été, selon certaines indiscrétions, estompés. Guillaume Soro a été réhabilité au sein de la famille RDR puisqu’il figure au nombre des vice-présidents parti.

 

Dans un camp comme dans l’autre, la leçon à retenir de cette situation semble claire : une guerre ou une mésentente entre ces deux fortes personnalités n’est profitable à personne ; bien au contraire, elle crée la psychose au sein de la population. Elle a aussi des conséquences négatives sur les actions gouvernementales. En somme, l’Etat reste paralysé à tous les niveaux et toutes les couches sociales en pâtissent.

 

Aujourd’hui, la population aspire à la paix. Dans cette optique de redorer son blason auprès des populations qui ont souffert de la guerre, le PAN prône depuis plusieurs mois dans ses discours la réconciliation entre les Ivoiriens. Il procède à des visites dans les différentes contrées du pays pour se rapprocher davantage du peuple. Il ne ménage aucun effort pour adresser des messages de paix sur les réseaux sociaux chaque fois que l’occasion s’offre à lui. Si le PAN prend son bâton de pèlerin pour sensibiliser sur la réconciliation, le vivre ensemble et surtout la pardon, c’est qu’il a compris les enjeux de ces valeurs pour les Ivoiriens qui se regardent en chien de faïence depuis 2002.

 

Moh Laumet-Djè.





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