Côte d'Ivoire : Des leçons des législatives à la problématique de la libération du pays…..

Mardi 20 Décembre 2016 - 17:17


Quel type de rassemblement pour sortir le pays de la dictature ?

Par Claude KOUDOU

Les élections législatives viennent de se tenir le 18 décembre 2016 en Côte d'Ivoire. Le Front populaire de Laurent Gbagbo a décidé de ne pas aller à ces élections à cause des conditions de leur tenue qui restent opaques ; le pouvoir ayant fait du manque de transparence et de la tricherie son allié. La conséquence immédiate est qu'il y a eu comme congénitalement sous Alassane Dramane Ouattara, des fraudes importantes.

L'enseignement à tirer est que le mot d'ordre du Front populaire ivoirien de ne pas prendre part à de telles élections, a été suivi au vu du très faible taux de participation. L'autre observation qui peut être faite, est que ceux qui, bien que se réclamant de l'opposition y sont quand même allés, ont fait un score lamentable. Ce sont plutôt des indépendants qui, ayant subi d'énormes pressions du clan Ouattara, ont asséné un coup remarquable au pouvoir.

Une leçon à retenir est donc qu'il vient d'être encore clairement démontré, que le FPI a incontestablement une audience arithmétique. Une audience qu'il faudra nécessairement transformer en un capital politique. Mais au-delà de satisfactions que les uns peuvent éprouver ; de l'amertume que les autres dont les égoïstes impénitents peuvent ressentir, il revient aux intellectuels  et/ou aux élites ivoiriens de différentes sensibilités d'intégrer que le sujet de la libération du pays de la dictature, reste entier.

L'état des lieux actuel doit interroger chacun de nous. Pour ce qui concerne les élections, il y a à trouver la bonne stratégie pour articuler les différents moyens de lutte qui s'offrent aux démocrates. Comment mettre la pression sur le pouvoir pour que les conditions d'élections changent ? Il me semble que cette question doit être l'objet d'une grande préoccupation. L'immobilisme, l'autosatisfaction dans une posture d'adorateurs, les invectives, les moqueries et la profération de malédictions ne sont pas à la hauteur des enjeux même si, dans une situation immédiate de souffrances, et dans le ressenti d'un fatalisme, certaines attitudes peuvent être comprises.

Il est aujourd'hui patent que les déçus de la gouvernance de monsieur Alassane Dramane Ouattara sont nombreux. Alors " Quel type de rassemblement pour sortir le pays de la dictature ?" C'est une question qu'il faut examiner sans tabou. Dans le monde dans lequel nous vivons, la question des alliances est un sujet récurrent. Puisqu'il y a aujourd'hui une difficulté à trouver naturellement des majorités établies, vu la sociologie qu'induit l'évolution du monde. Aussi, quelle que soit la puissance de moyens d'arriver au pouvoir, y a-t-il nécessairement une part de compromis à aménager. De toutes les façons, dès lors qu'on parle d'alliance, c'est qu'il y a nécessairement des compromis à faire. L'esprit qui consiste à penser qu'on doit tout obtenir des autres sans rien concéder en contrepartie n'est pas de la politique.

Il faut également noter que ceux qui sont parfois exclus par amalgame deviennent des proies facilement convertibles par des prédateurs qui les enrôlent et les dressent avec un esprit de vengeance, pour que les commanditaires se repositionnent en compensation. Les exemples éloquents abondent suffisamment l'histoire aussi récente qu'ancienne des peuples pour que chacun en soit édifié. En même temps, il serait illusoire de prétendre qu'on peut réunir tout le monde autour d'une même vision. L'essentiel est donc de rassembler une majorité pour peser dans le pays.

Comment travaille-t-on pour rassembler tous ceux qui, aujourd'hui, quels que soient leurs positionnements d'hier, veulent le changement ? C'est une problématique qu'il convient d'examiner sans tabou, sans ressentiment même si la démarche commande de la vigilance. La réalité est que le peuple souffre ; des Ivoiriens ne sont pas en sécurité dans leur propre pays ; cela fait bientôt six ans que de nombreux Ivoiriens sont en exil ; il y a de nombreux prisonniers politiques dans le pays et à La Haye ; …; Nous avons aussi constaté qu' il y a un tel émiettement dans l'opposition qu'un tyran déchu du pouvoir dans un pays voisin a eu la nationalité ivoirienne en deux semaines. Et cela ne contribue pas davantage au sursaut.

En fait, la situation est suffisamment éloquente pour que le regard que les uns portent sur les autres ne soit pas sectaire. Il doit plutôt y avoir un désir farouche de rassemblement malgré les obstacles. Aujourd'hui, chacun connaît sa force et sa faiblesse. Comme on dit au pays : "on se connaît bien maintenant". Il reste que malgré l'âge et la taille d'un enfant, il a son amour-propre. Les différents acteurs de l'opposition ne doivent pas perdre de vue, le fait que le pouvoir manœuvre aussi de son côté pour se défendre.

C'est pourquoi, pour effectuer un rassemblement salutaire, l'humilité, la tolérance, la solidarité et le respect mutuel doivent être observés. Car, malgré l'importance du plus grand, le plus petit doit être respecté d'autant qu'il peut jouer un certain rôle au niveau de l'ensemble. L'attitude hégémonique chez les uns que les autres peuvent ressentir comme de l'arrogance, parce qu'inutilement blessante dans sa revendication et dans son expression, mérite d'être revue pour que cela ne soit pas globalement contre-productifs aux efforts, étant donné que la politique est un lieu de compromis. Les uns et les autres ont intérêt à faire preuve de lucidité pour que dans le contexte actuel où l'Occident s'interroge, les élites ivoiriennes entraînent tout le peuple pour sortir collectivement des griffes d'une dictature à lui imposée par les bombes. Parce que "le pouvoir" est "au peuple".

Enfin, il faut dire que de toutes les consultations électorales organisées depuis (2010) la tricherie de monsieur Ouattara et de son clan essuie à chaque occasion le désaveu du peuple. Le chef de l'Etat ivoirien a forcé, - à l'image de son avènement au pouvoir -, sa réélection. L'expression du peuple à l'occasion du référendum a été patente. Il y a à trouver des passerelles entre les déçus du pouvoir et l'opposition, pour arrêter les souffrances du peuple. Tous ceux qui œuvreront à contre-courant de cette contradiction principale auront choisi de rester en marge de l'histoire. Dans les mois à venir, le peuple devra amener monsieur Ouattara à tirer toutes les conséquences de son illégitimité et de l'illégalité de ses pratiques. Tous ceux qui sont pour le changement devront donc se donner la main nonobstant les incantations qui cultivent des postures mesquines et nombrilistes. La délivrance du peuple de Côte d'Ivoire doit être le point focal qui doit prioritairement mobiliser notre attention.

 




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