Côte d'Ivoire : Bédié et Ouattara ne seront pas candidats en 2020 Une Tribune de Moh Laumet-Djè .

Samedi 16 Juin 2018 - 15:56


Seront candidats en 2020 ? Ne le seront-ils pas ? Les probables candidatures de l’ex-président ivoirien Henri Konan Bédié et de l’actuel locataire de la présidence Alassane Ouattara suscitent beaucoup de spéculations et d’interrogations tant au niveau des différentes classes politiques que de la société civile. Partout, la question de la candidature de ces deux grosses têtes de la politique ivoirienne ne manque pas d’être évoquée, mais aussi, d’inquiéter certaines personnes.

Les inquiétudes : le parcours de ces deux hommes sur la scène politique ivoirienne est tumultueux. Ils portent en eux les germes de la fracture entre Ivoiriens, plus précisément les difficultés de cohabitation entre les populations dites du Nord, opposées à celles dites du Sud. Même l’avènement de Ouattara au pouvoir avec le soutien de Konan Bédié ne rassure pas comme l’on tente de le faire croire. Surtout à cause des problèmes liés à la création du parti unifié. Car, pour certaines personnes la « bombe » qui avait été désamorcée par « L’Appel de Daoukro » en offrant un deuxième mandat à Ouattara en échange de la paix risque d’exploser d’un moment à l’autre. Nous sommes donc, en toute vraisemblance, dans une situation de fortes tensions qui pourraient déboucher en conflits. La paire Bédié-Ouattara ne semble plus loin de représenter aujourd’hui encore, une source d’instabilité politique.

Cependant, nombreux sont leurs partisans qui souhaitent toujours les voir au sommet de l’Etat. On a à, cet effet, vu et entendu certains cadres du RDR susciter une 3e candidature de Ouattara. Au PDCI, Maurice Guikahué fait un appel du pied à Bédié en faisant de l’ex-chef d’Etat, le candidat de substitution. Face à toutes ces mobilisations et exhortations, nombre d’observateurs sont unanimes à dire que Ouattara et Bédié seront présents sur les podiums des meetings. Un repère : le Chef de l’Etat, qui a fait sauter le verrou du critère d’âge, a déclaré plus tard : « Tout le monde peut être candidat ». Sa dernière déclaration à « Jeune Afrique » vient de relancer le débat sur sa candidature en 2020 : du coup les populations s’interrogent : « Ouattara sera-t-il candidat ou non ?

Henri Konan Bédié jusqu’à ce jour n’a jamais fait cas d’une éventuelle candidature en 2020. Mais son nom a été explicitement évoqué que par le Secrétaire exécutif en chef Maurice Kacou Guikahué qui avait annoncé, il y a quelques jours, qu’au cas où le PDCI n’aurait pas de candidat capable de briguer la magistrature suprême, Bédié serait le cheval de son parti. Mais concrètement, quelle est la position du Sphinx de Daoukro ? On le sait peu bavard. Mais des faits antérieurs font dire que Konan Bédié n’entend même pas aller à ces joutes pour plusieurs raisons. Son âge. En 2020, il aura 86 ans. A cet âge, un homme sage pense plutôt à comment finir tranquillement le temps qu’il lui reste à vivre. Henri Konan Bédié sait très bien qu’à cet âge, il ne peut plus aller au charbon comme par le passé. Il faut ajouter à cela la forte influence de la culture baoulé qui voue un profond respect à la parole donnée.

Retraçons un peu les faits qui militent à la faveur de cette thèse. Dans un cas comme dans l’autre, Henri Konan Bédié ne s’est jamais affirmé comme un passionné du pouvoir politique. Sur cette question, visitons quelques actes politiques forts qu’il a posés :

Décembre 1999. Il est évincé du pouvoir suite à un coup d’Etat militaire. Il refuse l’affrontement militaire, ne fait pas appel aux Forces loyalistes à la défense de la cause républicaine. Son appel à la résistance lancé à la population fut aussi timide que sans échos.

Octobre 2010. Alors qu’il était annoncé 2ème après Laurent Gbagbo au premier tour de la présidentielle, Henri Konan Bédié accepte la 3e place et ne conteste pas le résultat, peu crédible, de ce scrutin. Mieux, il a appelé ses militants à voter pour Ouattara au second tour. Considéré, hier, par nombre d’observateurs comme étant celui qui aurait créé la situation délétère au sein de la classe politique ivoirienne pour avoir lancé un mandat d’arrêt international contre Alassane Ouattara dans le cadre de la lutte à la succession de Félix Houphouët-Boigny, il se réhabilite hautement en offrant, en 2015, un second mandat à son ennemi d’hier. En dépit de la frustration que son « Appel de Daoukro » aura créé au sein du PDCI, Bédié n’a eu de cesse d’expliquer que sa décision, fusse-t-elle à titre personnel et n’engageant nullement les militants de son parti, avait pour objectif de préserver la paix dans le pays. Notamment dans les zones autrefois sous contrôle des Forces Nouvelles. En tout cas, c’est cette campagne qui a été menée en pays baoulé où les populations n’étaient plus prêtes à donner leur suffrage une seconde fois à Alassane Ouattara. Mais contre vents et marrées, Bédié a persisté et signé en assumant cette douloureuse décision. Tout ceci au nom de la paix, justifie-t-il. Oui, Henri Konan Bédié a respecté sa promesse afin que la Côte d’Ivoire ne connaisse plus de guerre. Et que le pays retrouve sa prospérité économique d’antan, ainsi que sa renommée de première économie de la zone UEMOA.

Qu’en est-il de la volonté de Ouattara de renoncer à un troisième mandat ?

« Quand un Ouattara dit quelque chose, il fait » a toujours déclaré Alassane Ouattara. Souvenons-nous de cette menace lancée au cours de l’année 1999 : « Au moment opportun, je frapperai ce pouvoir moribond et il tombera. » En décembre de cette même année, Ouattara frappa, et le pouvoir de Bédié tomba. A l’instar de Konan Bédié, Ouattara est un homme de parole. Pendant des décennies, il a fait de son accession au pouvoir d’Etat une question d’honneur. Il s’est battu, faisant des alliances parfois contre nature, subissant toutes sortes de coups, l’exil, etc. pour atteindre cet objectif. Au plan économique, il a promis, dans son programme de campagne, de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020. Des signaux sont visibles (barrage hydroélectrique de Soubré, Pont Henri Konan Bédié, retour de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale avec les organisations des jeux de la Francophonie et le sommet France/Afrique à Abidjan, etc.) même si le compte est encore loin de la réalité des populations. Ceci expliquant cela, Alassane comme tout bon membre d’une lignée dont il vante la noblesse, ne briguera pas un troisième mandat présidentiel. 

Ces faits démontrent que ces deux hommes n’ambitionnent pas de briguer d’autres mandats présidentiels au détriment de nombreux cadres de leurs partis respectifs. Bien qu’ayant été opposés autrefois dans la lutte pour la conquête du pouvoir d’Etat ils ont en commun d’être des hommes d’honneur : des personnalités pour qui le respect de la parole donnée est une grande vertu. Le débat actuel sur la probable candidature ne s’impose donc nullement. Au contraire, tout nous pousse à être persuadés que ni lui, ni Bédié n’ont envie d’être candidats. Et certainement qu’ils ne le seront pas.

 




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