Côte d'Ivoire : Le rêve terrifiant d’un ancien prisonnier

Samedi 1 Août 2015 - 07:55


Depuis son éclatement en 2002, et peut-être même beaucoup plus tôt, la crise ivoirienne ne cesse d’inspirer songes et prophéties. S’ils annoncent tous généralement la fin imminente du régime en place et, par conséquent, celle de la crise et de la souffrance des ivoiriens, ces songes et prophéties diffèrent dans la probabilité qu’il y a de les voir se réaliser. Le rêve que vient de faire un jeune prisonnier qui a séjourné à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA), à la suite de la crise post-électorale, et qu’il raconte avec beaucoup de frayeur dans les yeux a tout d’un message prémonitoire. Prions juste afin que cela ne reste qu’une simple combinaison d’images qui ne trouvent espace d’existence que dans l’esprit de ce prisonnier. Sinon il y a de quoi étouffer sa propre émotion pour ne pas la communiquer aux autres. Car terrifiant est vraiment le rêve de JP. Commençons par le commencement : « le songe que j’ai fait, soupire JP, évoque deux types de châtiments : la chute et la mutilation ». Toujours terrifié par son rêve notre ancien prisonnier explique comment il a pris la décision d’en parler à un journal : « certains amis à qui j’en ai parlé m’ont encouragé à le publier afin de le partager avec beaucoup de nos compatriotes ». Peut-être, penset-il, que cela pourrait atténuer l’éventualité que ce songe se transforme en réalité. JP donne les raisons de sa peur : « les évènements se déroulent dans un pays ayant une telle ressemblance avec la Côte d’Ivoire, et les personnages avec des acteurs politiques de premier rang qu’il est impossible de penser à un autre endroit ». Puis il raconte : « le 23 juillet dernier, alors que j’étais dans un profond sommeil, j’ai vu deux véhicules de couleur noire qui se suivaient. Il y avait à l’intérieur de chaque véhicule deux occupants qui suivaient le cortège d’un grand chef. Les occupants de ces véhicules avaient comme devoir de surveiller tous les faits et gestes dans le périmètre immédiat du cortège. Le grand chef était entouré de nombreux gardes de corps. Tout autour de lui paraissait dégager de l’assurance quand subitement, avant de franchir le portail de sa grande résidence, les gardes se sont évanouis dans la nature. Même le conducteur du véhicule de commandement du grand chef n’était plus visible au volant. Chose plus effrayant encore, des personnes en blouses banches, semblables à des agents de santé commis à l’assistance du chef, que je n’avais pas remarquées jusqu’à cet instant sont descendues d’un minicar et ont pris leurs jambes à leur cou. Le grand maître s’est alors retrouvé seul à l’entrée de sa résidence. La suite fut horrible. Les occupants des deux véhicules qui suivaient le cortège sont descendus et sont venus près du chef qui avait perdu tous ses soutiens. Ils étaient très grands et correctement vêtus. Ils s’emparrent du grand chef et le mettent en tenue de chambre (en culotte). Ils le font asseoir sur le trottoir de la voie non loin de sa maison. J’ai remarqué que sa maison était au bord de l’eau. Apeuré il se met à supplier en tremblotant de tout son corps : ‘’ Je vous en prie, ayez pitié de moi ! Ne m’humiliez pas ! Ne me tuez pas. Ayez pitié. J’ai quand même été un chef dans ce pays. Mon allié m’a trahi. Mon allié m’a trahi. Ayez pitié ». Et quelque temps après, il reprend. ‘’Ce qui me fait le plus mal, ce sont tous les travaux que j’ai entamé et que je vais abandonés. S’il vous plait enlevez-moi les menottes», c’est donc en ces termes que le grand chef qui a été arrêté suppliait ces messieurs superbement habillés et visiblement très patients dans l’accomplissement de leur mission. Après plusieurs heures de supplication, ils le relâchent et lui ôtent les menottes, lui font signe de se rhabiller avant de lui indiquer le chemin de la résidence. C’est alors que surgissent de nulle part quatre individus lourdement armés et visiblement sous l’effet d’excitants. Ils s’emparent du grand chef en vociférant : ‘’ toute chose a une fin. Tu n’as pas respecté tes promesses, mais nous, on va tenir nos engagements’’. Ils le traînent jusqu’à l’intérieur de la résidence d’où jaillit soudain un cri de douleur extrême, puis s’en suit un silence de cimetière. Quand la nouvelle fut connue de la population, j’ai été frappé par l’indifférence générale avec laquelle elle a été accueillie. Mais aussi l’humour à l’ivoirienne qui accompagnait les récits m’ont intrigué ». Prions que ce soit juste un rêve et que le pays, un territoire imaginaire.
 


 
 

Abou Bedel
 


 
 

Source : Aujourd’hui / N°941





Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact