Côte d'Ivoire  : La  CNC  , quelle unité pour triompher de la dictature féroce  de  Ouattara  ?

Mardi 30 Juin 2015 - 01:37


En mettant sur pied le creuset qu'est la Coalition nationale pour le changement, les différents leaders ont, semble-t-il compris le message des Ivoiriens, qui consiste à se mettre ensemble dans un souci d'union et de rassemblement, pour mettre fin à la dictature féroce qu'ils subissent. Laquelle dictature perpétue leurs souffrances et inhibe tous les efforts qu'ils déploient pour émerger des frustrations quotidiennes. 

Mais quoique potentiellement salutaire, le contour de cette coalition reste encore flou dans l'entendement de nos concitoyens. Pour contribuer à lever des doutes, il convient d'expliquer, de sensibiliser les bases et de rassurer tout le peuple pour le mobiliser. Le peuple sort peu à peu d'une situation traumatique dont il a été fatalement en proie. Pour le mettre en confiance pour un nouveau départ, pour l'impliquer dans l'édification de «  l'Ivoirien nouveau  », il a le droit de comprendre les enjeux et les défis en présence. Ce sont ces différentes étapes qu'il convient d'intégrer pour donner du sens à cette coalition. Il est vrai que la CNC a sa charte. Mais ce contrat d'accord ne donne pas une réelle lisibilité aux populations sur la stature, la vision démocratique et les capacités réelles des acteurs à régler les problèmes et à réaliser la réconciliation nationale. Il me semble qu'il faut poser des jalons dans un souci de transparence et d'efficacité minimales. Il s'agit aussi de contenir des velléités qui, au lieu de travailler pour l'intérêt collectif, s'ingénient à se tirer la couverture alors que leurs revendications n’ont pas encore connu des résultats. Or, pour que la CNC réussisse à accomplir sa mission, chacun des acteurs doit observer la solidarité et la loyauté. Il ne doit donc échapper à personne que chacune des composantes vient à la CNC parce qu'elle espère y trouver son intérêt. Mais il y a un seuil minimum à partir duquel chaque acteur pourra tirer profit.

S'il est vrai que nos compatriotes épient en permanence pour identifier la voie par laquelle ils peuvent sortir de leurs difficultés quotidiennes, ils sont en même temps exigeants et ne sont donc pas prêts à s'entraîner dans des aventures sans assurance. Ainsi, avec des préjugés "condensés" ou accumulés dans notre subconscient, à tort ou à raison ; avec les dégâts produits par le concept de l'ivoirité et celui du rattrapage ethnique ; et dans un contexte où certaines élites entretiennent encore subrepticement des théories identitaires quand d'autres pensent que le président de la République ne doit provenir que de leur groupe ethnique, il est du devoir de ceux qui savent analyser les vécus mieux que la moyenne des populations, de travailler à rassurer nos compatriotes, à dissiper les peurs pour préparer les rudiments de la réconciliation nationale dont le peuple a besoin. Le repli ethnique prend dans le pays parce que la question de la langue nationale n’a pas été réglée dès les années 1960 par le président Houphouët. Considérer que le Dioula ne sait faire que le commerce  ; que le Bété est un bon danseur  ; mais il n’y a que le Baoulé (ou l’Akan) qui peut diriger la Côte d’Ivoire est une thèse non seulement absurde dans sa conception mais également dévastatrice dans sa soutenance. Certains pays comme le Sénégal ont régler cette question. A terme, les anthropologues devraient faire des propositions pour régler ce problème. Ouattara n’aurait pas instrumentalisé les jeunes ou moins dioulas. Depuis des années, il y a des sujets qui se présentent comme tabou ou quand ils sont abordés, ne font pas l'objet d'un traitement scientifique rigoureux afin de mettre à dispositions des productions à caractère prospectif. Mais parce que les débats sont tronqués, les problèmes posés se révèlent à terme être des racines d'un mal commun. Etant donné que la reconstruction du pays pour son émergence est l'affaire de tou(te)s ses ressortissant(e)s - qui en ont les capacités et les possibilités - les différents capitaux humains ont, dans un esprit de construction, à apporter leurs concours pour le succès de la CNC.

Vu que les différents leaders proviennent des partis d'obédiences différentes, il n'est pas exclu que des désaccords d'approche surviennent sur le cours de l'avancement. En même temps, il serait très indiqué que les responsables politiques, - surtout quand ils ont occupé par le passé et/ou occupent actuellement des postes visibles -, prennent toujours le ton qui convient et choisissent le cadre approprié pour exprimer leurs préoccupations. Il faudra donc tout faire pour rester soudés. Il faudrait également être vigilant pour trouver les moyens de mettre hors d'état de nuire, tous ceux qui se saisissent du premier prétexte qui s'offrent à eux pour ruer dans les brancards. Les Ivoiriens recherchent des acteurs de la vie publique qui peuvent les sortir de leurs difficultés. L'élection présidentielle ne saurait donc être abrégée à une occasion où certains pensent qu'ils sont les mieux outillés parce qu'ils ont des soutiens extérieurs. Chaque Ivoirien doit intégrer que la paix ne reviendra en Côte d'Ivoire que si le déclaré vainqueur des élections présidentielles est celui qui est vraiment élu par le suffrage des Ivoiriens. Le travail de la CNC doit donc consister à ce que quelqu'un n'arrive pas au pouvoir sur la base d'un jeu d'artifices contenant des ingrédients frustrations intempestives. La politique étant une question de rapport de force, tous ceux qui ne jouent évidemment pas le jeu de l'unité devraient se raviser car le pays souffre aujourd'hui à cause des mesquineries antérieurement non révélées. C'est en cela que tout responsable politique qui n'accepte pas les observations de ses "administrés" ou de ses collaborateurs limite considérablement ses chances de survie politique.

C'est pourquoi, au sein de la CNC, au-delà de la charte, c'est quand il sera construit un socle viable pour entraîner nos compatriotes, de sorte à travailler dans la transparence et dans un esprit de respect mutuel que nous pourrons donner à l'extérieur une image d'hommes et de femmes politiques responsables, qui auront tiré toutes les leçons des catastrophes successives. Pour une paix durable, le débat doit être ouvert et franc, bien sûr dans le cadre des instances compétentes. Le parti au pouvoir exploitera toujours les couacs et des incompréhensions de passage. Si la CNC ne doit pas en rougir, ce sera naturellement mieux pour elle que ses acteurs évitent des déclarations intempestives qui peuvent mettre à mal ce vivier commun de la majorité des Ivoiriens. Il faut donc surtout travailler à édifier les Ivoiriens pour les entraîner dans la dynamique en cours, en laquelle ils placent utilement leurs espoirs.

C'est le lieu de dire que Ouattara est dans une logique de choisir ses adversaires pour l'élection présidentielles. Grâce au nouveau président du Conseil qu'il a choisi, - après Francis Wodié lui aussi désigné avant, en entorse à la Constitution -, Ouattara rêve d'une configuration semblable à celle de 1995 où Konan Bédié avait eu en face de lui Francis Wodié quand le front républicain avait choisi de boycotter ces échéances. Ouattara fera éliminer tous ses concurrents sérieux. S'il est par ailleurs vrai que Ouattara n'est plus en odeur de sainteté auprès de ses parrains, il convient également d'intégrer que ceux qui entendent continuer d'influer sur les processus électoraux en Afrique, ne peuvent basculer qu'en face d'une coalition crédible parce que solide. Les grands pays n'ont pas nécessairement besoin de faire des guerres pour voir leurs intérêts préserver. Un peuple uni dans la solidarité, constitue forcément une force avec laquelle les décideurs internationaux sont amenés à composer. Ce qui suppose que la CNC doit poursuivre son envol en présentant un argumentaire cohérent pour pouvoir entraîner le peuple.

Tous ceux dont les actes divisent  ; tous ceux dont les agissements font le jeu du dictateur d'Abidjan  ; tous ceux qui voudraient régler des comptes inavoués  ; tous ceux qui ruminent encore des rancoeurs résiduelles parce qu’ils refusent de se remettre en question  ; tous ceux qui font du chantage et de la surenchère alors que les populations souffrent, ne sont pas les bienvenus dans un espace sur lequel les Ivoiriens comptent pour se débarrasser de leur bourreau. On peut exprimer un désaccord en discutant avec ses partenaires sans forcément faire des actions d'éclat. Dans tous les cas, vu que la politique est une question de rapport, tous ceux qui pensent que des soutiens extérieurs suffisent pour arriver au pouvoir en Côte d'Ivoire, sans l'onction du peuple, pourront le prendre à leurs dépends.


Claude Koudou

Enseignant-Ecrivain  ; Directeur de la Collection «  Afrique Liberté  » chez les Editions L'Harmattan  ; Président de CPDA (Convergences pour la Paix et le Développement de l'Afrique).

 




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