Cote d’Ivoire  : Coalition Nationale pour le Changement(CNC)  : Veillons à recentrer le débat.

Vendredi 29 Mai 2015 - 07:06


En politique, les regroupements, alliances et autres coalitions se forment toujours en vue de la satisfaction d’objectifs spécifiques clairement définis au préalable. Ces objectifs peuvent être la conquête du pouvoir d’état en vue de gouverner ensemble  sur la base minimale d’un projet de société partagé, à défaut, d’un programme commun et consensuel de gouvernement. Parfois, les regroupements se forment dans le but de rechercher de solutions à une préoccupation politique majeure.
 En Côte d’Ivoire , précisément le  5 avril 1995, un accord-cadre signé à l'Hôtel Ivoire d’Abidjan, consacrait la naissance d’un regroupement politique , le Front Républicain .Un front né de l’alliance du RDR de Djeni Kobenan, parti de droite, issu des entrailles du Pdci- Rda ,avec le Front Populaire Ivoirien de Laurent Gbagbo, parti de gauche prônant la sociale démocratie. En son temps, cet attelage  qualifié d’ « alliance contre nature » entre un parti qui incarne l’idéal socialiste de toute une génération et un parti dirigé par un “robot” sorti des laboratoires les plus exigeants du capitalisme sauvage.
 Ces deux formations politiques  majeures de l’opposition, partageaient pourtant une préoccupation  commune. Lutter pour le renforcement de la démocratie, en vue d’obtenir des conditions d'une alternance démocratique .Contraindre le régime d’Henri Konan Bédié d’alors, à accepter les conditions minimales pour l’organisation d’élections  transparentes et  crédibles en Côte d’ivoire. Les revendications portaient notamment  sur l’obtention du vote des jeunes d’au moins 18 ans ,frange significative d’une société en pleine mutation, l’usage du bulletin unique de vote pour tenter de freiner l’achat des consciences, l’urne transparente pour faire disparaitre le bourrage précoce des urnes… les Procès Verbaux  multiples. Hermétiquement sourd à toutes ces revendications, Konan Bedié poussera ainsi dans le dos l’opposition au boycott actif  des élections en octobre 1995 avant de s’effondrer à l’issue du coup d’état du 24 décembre 1999  .Répétons le .L’objectif de ce front républicain était essentiellement de réunir les conditions d’élections justes et transparentes en Côte d’ivoire.
Parlons du RHDP   .Il regroupe le PDCI, le RDR, l'UDPCI, et accessoirement le MFA. Ces partis n’ont rien en commun sauf leur opposition naguère au FPI, et au Président Gbagbo. Rassemblés, sous le nom défunt premier Président, Félix Houphouët-Boigny, leur idéologie se tient à la démocratie et à la paix. Ce que n'importe quel parti peut du reste sous-entendre.
Depuis la signature  ce  15 mai 2015, par 12 personnalités de la vie politique nationale de la charte de la coalition nationale pour le changement(CNC) ,on observe des questionnements et des inquiétudes. Comment des forces aussi hétéroclites, aux visions  et pratiques politiques  fortement divergentes peuvent- elles durablement coaliser  ? Sur la base de quel projet porteur pour la Cote d’ivoire meurtrie par tant d’années de déchirures, ces forces peuvent-elles s’entendre à 5 mois des élections annoncées  ?  Comment des Personnalités qui se sont  vertement tancés hier peuvent elles subitement marcher sereinement ensemble  ? Comment ces candidats déclarés, déjà  lancés en pré- campagne à travers la Cote d’ivoire et le monde, pourront- ils accepter de  s’effacer pour un candidat consensuel  ? L’avènement de la Cnc n’est- elle pas  en définitive à mettre à l’actif  de la vitalité du débat politique sous Ouattara dont la pratique quotidienne est pourtant plus dictatoriale que démocratique  ? Autant d’interrogations qui font débat  et qui méritent clarification et recentrage.
Les objectifs de la CNC clairement définis à travers l’article 3 de la charte signée se déclinent sans ambages en ces termes  :
 1.    La réconciliation nationale à l’effet d’instaurer les conditions d’un environnement socio politique apaisé. Cette réconciliation impose la libération du Président Laurent Gbagbo ainsi que celle de tous ses partisans qui seuls continuent de subir la justice des vainqueurs que le pouvoir RDR leur impose.
 2.    Les conditions d’élections justes, transparentes démocratiques et inclusives  ;
 3.    Le strict respect de la Constitution.
 4.    L’amélioration des conditions de vie des populations qui croulent sous le poids d’une paupérisation sans cesse grandissante
 5.    Créer les conditions de la victoire de notre coalition aux élections dans une dynamique consensuelle.
Le 15 mai 2015 justement, lors de la conférence de presse qui a suivi la signature de la charte, Mamadou koulibaly, cosignataire a indiqué ce qui suit  :  «  …la priorité  de la CNC n’est pas de savoir qui est candidat et qui ne l’est pas. Sa priorité c’est de dire aux Ivoiriens et au gouvernement qu’il va falloir négocier les conditions de l’élection d’abord ! Ensuite nous dirons qui seront nos candidats. Les conditions d’abord et puis on verra le reste après.  »
Comme on le voit assez clairement  le débat sur la CNC doit nécessairement se recentrer sur la lutte à engager, comme en 1995, pour obtenir, les conditions des élections justes et transparentes en Cote d’ivoire. Depuis bientôt cinq ans, Alassane Ouattara n’a pu et surement pas voulu réconcilier les ivoiriens profondément divisés  avec la déportation de Laurent Gbagbo à la CPI. Le «  rattrapage  » ethnique professé par Ouattara lui-même , l’insécurité  avec la résurgence sur toute la cote d’ivoire des forces parallèles FRCI et autres chasseurs traditionnels Dozos, Le verrouillage à double tours des institutions en charge des élections avec des hommes de mains comme Youssouf Bakayoko à la CEI  et Koné Mamadou , ancien ministre sous le quota de la rébellion- RDR ,au conseil constitutionnel ne présagent en rien quant à la transparence des scrutins à venir. Les conditions mafieuses d’élaboration de la liste électorale avec des milliers de cartes nationale d’identité (CNI) frauduleuses  en libre circulation dans tout le pays, montrent à loisir que c’est bien la bataille  pour les conditions des élections qui doit être au cœur du débat national. Les premiers à ne pas se méprendre sur cette exigence démocratique et républicaine sont les candidats  déjà déclarés .Si cette lutte n’est pas engagée ici et maintenant pour obtenir des conditions minimales d’un scrutin acceptable par tous, ils joueront dans la cour de Pascal Affi N’guessan  qui est résolu à accompagner Alassane Ouattara quelqu’en soit les conditions .En effet alors qu’Affi s’interrogeait hier à haute  voix sur la problématique l’éligibilité de Ouattara au regard de la constitution ivoirienne, alors qu’il déclarait dans une interview au quotidien Notre Voie que le FPI n’entrerait jamais dans une CEI dirigée par Youssouf Bakayoko, Pascal Affi N’guessan ,subitement devenu aphone, s’est déclaré candidat,  pour aller sublimer l’élection de Ouattara .
Le débat ainsi recentré, que donc les ivoiriens  s’engagent résolument  autour de la CNC dans le seul combat qui vaille .Celui des conditions d’un scrutin crédible pour sortir durablement  notre pays de la forfaiture.


Correspondance particulière  :
Jean Philippe Aké, Consultant  en communication politique

 




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