Comment une dictature meurt-elle?

Mardi 20 Décembre 2016 - 08:25


 

Pourquoi l'Égypte et pas le Maroc ? Pourquoi en Chine le Parti communiste commande-t-il encore, mais il s'est écroulé en Union soviétique? Pourquoi Fidel Castro a-t-il survécu au pouvoir et non pas Augusto Pinochet? Finalement, qu'est-ce qui détermine que quelques dictatures sont abattues et les autres restent perpétuellement? Les raisons sont si variées comme la nature même de ces régimes. Il y a des dictatures qui sont totalitaires et brutalement répressives. D'autres sont dictamolles qui essaient de se faire passer pour une démocratie : elles organisent des élections qui ne perdent jamais, tolèrent une opposition anémique et permettent des journaux "libres" que peu de gens lisent. Beaucoup ont besoin du soutien de puissances étrangères. L'Arabie Saoudite dépend des États-Unis, la Biélorussie de la Russie et la Corée du Nord de la Chine. Et bien sûr, l'histoire, la culture et la religion renforcent certaines monarchies despotiques. Bien que quand un peuple en a ras-le-bol et sort dans la rue prêt à mourir pour la liberté - et l'Armée ne le massacre pas - il n'y a pas de culture, d'histoire, de religion ou de puissance étrangère qui puissent sauver un despote. Mais, qu'est-ce qui fait que cela arrive?

- Le changement. Les changements économiques, sociaux ou internationaux peuvent déclencher des processus tueur de dictatures. Les autocrates ne connivent pas bien avec les réformes. Même les Gouvernements révolutionnaires qui lancent initialement de grandes transformations finissent par mal manier les changements. En Union soviétique, la libéralisation économique, qui a commencé graduellement, a escaladé jusqu'à déborder le régime. Le Shah d'Iran a payé les conséquences d'une modernisation qui semblait trop accélérée pour son peuple. En contraste, dans la Chine d'aujourd'hui un frein soudain à sa rapide croissance économique est la menace principale au régime.

- La vieillesse. Les Gouvernements vieillissent aussi. Voir et entendre Hosni Mubarak en prononçant des discours totalement déconnectés de ce qui se passait dans les rues de son pays est l'exemple le plus récent d'une dictature isolée de son peuple et du monde, lente à réagir et, malgré ses coûteux services d'intelligence, il était pathétiquement mal informée. Il y a des dictatures qui décèdent parce que "vieilles" non seulement dû à l'âge avancé ou à la mort de leurs leaders, mais à cause de la sclérose de ses vétustes structures de gouvernement.

- La bataille pour le butin. Parfois la chute d'un régime se produit par des batailles entre les élites au pouvoir et non pas entre le peuple et son Gouvernement. Les dictatures habitent dans un écosystème de privilèges, d'alliances et de co-dépendences avec les acteurs les plus variés : les militaires, les leaders régionaux, des groupes économiques et politiques, des médias, des leaders religieux, des alliés étrangers, etc.. Parfois cet équilibre délicat de pouvoirs casse, en déchaînant des affrontements qui peuvent conduire à la fin du régime. Quelque chose de pareil est arrivé récemment en Tunisie.

- Des erreurs mortelles. Les autocraties paient rarement des prix élevés pour leurs erreurs. Ceci, en combinaison avec la propension des dictateurs à s'entourer d'assistants qui ont peur de les critiquer ou d'exprimer un désaccord, crée un climat où les erreurs sont fréquentes. Et l'une d'elles peut arriver à finir avec le régime. Sadam Houssein en est un bon exemple. Ou le général Leopoldo Galtieri, le chef de la Junte Militaire argentine, en 1982, qui a décidé que c'était une bonne idée d'envahir les îles Malouines. Son échec a contribué à mettre fin à la dictature en Argentine.

- La contagion. La démocratisation du Portugal et de l'Espagne sont arrivés très proches. Celle des pays du Cône Sud de l'Amérique aussi. Et celle de l'Europe centrale. Maintenant, après la Tunisie, l'Égypte est venue. Il n'y a pas de doute que la mort d'une tyrannie irradie des espoirs dans d'autres pays gouvernés par des dictateurs, et elle sert d'exemple et de stimulation à ceux qui s'opposent au régime. La liberté est contagieuse.

- L'information. Un peuple mieux informé sur les abus et la corruption de ses autorités, informé de comment l'on vit et l'on gouverne dans d'autres pays et qui, en plus, peut se connecter et coordonner facilement avec d'autres personnes qui, dans sa ville même ou dans un autre coin du monde, qui pensent comme lui, est un peuple dangereux pour une dictature. Il est clair que les technologies qui informent et connectent la population sont un nouveau mal de tête pour les autocrates.

Cette liste n'est pas exhaustive et, en plus, il y a toujours plus d'un de ces facteurs en jeu. Il est vrai aussi que ces éléments, parfois, ne suffisent pas et il y a des dictatures qui, malgré tout ce qui a été mentionné, survivent. Mais, toujours, le facteur déterminant - et peu prédisible- sont les militaires. Toutes les tyrannies dépendent d'eux. Parfois, les militaires sont au service exclusif du tyran. Dans d'autres cas, ils changent d'opinion et décident de défendre la patrie, et non pas le régime. A la fin, la seule chose qui compte est si les militaires son disposés à tirer sur leurs compatriotes. S'ils refusent de le faire, naît la liberté.

 SPS-RASD





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