CPI : La bonne foi de SAM l'Africain, a déjoué le plan commun de Fatou Bensouda. Par Ben ZAHOUI-DEGBOU

Vendredi 25 Mars 2016 - 07:39


Fatou Bensouda , Procureure de la CPI
Fatou Bensouda , Procureure de la CPI

Dire la vérité est un devoir. Le christianisme considère que tout mensonge, y compris celui par omission, est un pêché. Pourtant, on dit souvent aussi, que toute vérité n'est pas bonne à dire. Alors, que faut-il penser de cette ambivalence : Est-il normal de mentir quand on sait la vérité ? L'importance de cette question et sa réponse sont primordiales. Elles se sont retrouvées dans le comportement téméraire et étonnant qu’a eu Sam l’Africain, au cours de son interrogatoire, à la Cour Pénale Internationale (CPI).

Il avait justement un devoir de vérité, vis à vis de son pays, la Côte d’ivoire et de ses compatriotes, détenus illégalement à la Haye. Les enjeux, ici, sont énormes. Ils sont liés à l’avenir même de la Côte d’Ivoire et à la vie de deux hommes, le Président Laurent Gbagbo et le Ministre Charles Blé Goudé. Sam l’Africain a dit ce qui est vrai, devant la CPI, cette grande nébuleuse, créée pour punir les leaders panafricanistes, opposés au pillage des ressources du continent, par les occidentaux. Le témoin à charge, a dit la vérité, c’est-à-dire, ce qui est conforme à la réalité des faits sur le terrain en Côte d’Ivoire entre 2002 et 2011. Et la vertu qui consiste justement, à dire la vérité quand on la connaît, s’appelle la bonne foi, selon le philosophe humaniste français, André Comte-Sponville. Et Sam Mohamed Jichi, dit Sam l’Africain, était de bonne foi, dans une cour de justice où les dés sont déjà pipés.

Considéré à juste titre, comme un insider, un témoin de l’intérieur, il ne pouvait pas mentir parce qu’il sait la vérité. Même s’il avait choisi de mentir, il allait forcement être obligé, de dire la vérité, au cours du contre-interrogatoire futé des avocats du Président Laurent Gbagbo et du Ministre Blé Goudé. L’homme d’affaires ivoirien a fait le bon choix. Il devait en principe permettre à Fatou Bensouda et à Eric McDonald, les procureurs de la CPI, de démontrer aux yeux du monde entier,  comment Laurent Gbagbo aurait mis en place un plan commun pour se maintenir au pouvoir. En clair, il devait témoigner contre lui.

Sam l’Africain était un bon témoin contre le Président Laurent Gbagbo. La raison est toute simple. Il faisait partie de la Galaxie patriotique, un groupement de jeunes favorables au célèbre prisonnier de la Haye et aux institutions de la Républiques. Il était très proche du pouvoir. Point n’est donc besoin de préciser que Eric Macdonald, le procureur-adjoint de la CPI, comptait sérieusement sur son témoignage, pour appuyer lourdement, les graves accusations contre le Président Laurent Gbagbo. Il était et est encore, un acteur sur la scène sociopolitique en Côte d’Ivoire. L’homme aux tenues traditionnelles variées, était donc bien placé pour mettre en lumière tous « les virtuels  rouages  criminels et plan commun »  de la Galaxie patriotique et du Président Laurent Gbagbo.  

Sam l’Africain a pris la courageuse décision de dire la vérité, toute la vérité, devant la CPI, en mission pour ses donneurs d’ordres, planqués aux Nations Unies qui ont déstabilisé la Côte d’Ivoire en 2010. Le chargé de mission italien de service, le Juge-Président, avait un regard fixe, perdu et ses joues gonflées, de temps en temps, par de l’air emprisonné dans sa bouche. Cuno Tarfuser, ne savait pas où mettre ses mains qui se baladaient tout le temps. Vues en gros plans, ses lèvres avaient tendance à se presser fortement, l’une contre l’autre, sans répit. Dans mon métier, ce sont des signes qui ne trompent pas.

Une petite analyse sémiologique des images du témoignage de Mohamed Jichi qui appelait Laurent Gbagbo Président, contre la volonté farouche du seul et unique Président du prétoire, montre bien des signes qui méritent qu’on s’y arrête. Je me rappelle encore mes cours de sémiologie à l’Institut National de l’Audiovisuel (I.N.A) avec le professeur Jules Gritti. Un signe est la réunion de quelque chose que l’on perçoit et l’image mentale associée à cette perception. Sans vouloir trop vous ennuyer avec des définitions techniques, il faut simplement dire que le signe est donc double. Il y a le signifiant et signifié.

Dans le cas précis du témoignage de Sam l’Africain, le regard perdu, les joues gonflées, les mains baladeuses, les lèvres pressées l’une contre l’autre du Juge-Président, le sourire jaune, le visage triste et désabusé de McDonald qui caressait sa barbe grisonnante, tachetée de noir, avec une fréquence exponentielle, conditionnée par les réponses téméraires de son témoin hostile, constituent le signifiant. C’est-à-dire, la face matérielle et physique des signes. C’est-à-dire encore, ce qu’on voit. Maintenant, ce qu’on ne voit pas, le signifié, la connotation ou l’interprétation des signes, est naturellement immatérielle. Il découle d’une analyse logique et psychologique. Dans ce sens, l’attitude du Juge-Président trahissait mal une nervosité certaine, une anxiété, un doute et une interrogation pour la suite du procès de la honte.

Le magistrat italien s’est mis dans une mafia internationale dont les principaux éléments décideurs se trouvent hors de la CPI. Dans sa tête, avec son regard fixe et perdu, il se projette dans l’avenir et voit les témoins choisis par Fatou Bensouda se succéder à la barre et dire tous la même chose : « Le Président Laurent Gbagbo a gagné l’élection de 2010, le Président Laurent Gbagbo n’est pas un criminel, il s’est humilié en appliquant le cynique Accord de Marcoussis, pour sauver la Côte d’Ivoire, il a nommé dans le Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire, des assassins, des analphabètes-cuisiniers, des analphabètes-Dozos qui venaient au Conseil des Ministres couverts de gris-gris, il a nommé Guillaume Soro, Chef rebelle, Premier Ministre, le Président Laurent Gbagbo a tout fait, souvent, contre la volonté du peuple, pour sauver la Côte d’Ivoire, ce démocrate qui croit en la vertu du dialogue, a été victime d’un coup d’Etat, perpétré par Nicolas Sarkozy, le 11 avril 2011, il envisageait, entre autres projets, de sortir du Franc des Colonies Françaises d’Afrique (F.CFA) ».

Dans leurs dépositions, tous les témoins à charge et à décharge, comme les Mangou et autres, aboutiront aux mêmes conclusions en disant exactement les mêmes choses au cours des interrogatoires et contre-interrogatoires. Dans le fond, la vérité reste et restera implacable. Et devant elle et Sam le témoin hostile, l’attitude du Procureur-Adjoint, Eric McDonald, l’homme à la barbe grisonnante tachetée de noir, exprimait le doute, l’hésitation et un profond malaise dans une galère politico-juridique indescriptible.

A travers les questions que le Canadien posait à Sam l’Africain, le Procureur-Adjoint de la CPI, a montré clairement, aux yeux du monde, qu’il ignore tout de la sociologie de la Côte d’Ivoire et des codes basiques de fonctionnement des sociétés africaines. Selon Thierno Bah, (thèse de Doctorat Paris-Sorbonne, 1985) « L’étude objective des sources et des données ethnographiques montre à l’évidence que la civilisation négro-africaine se définit essentiellement, en termes de dialogue, de compromis, de coexistence et de paix ».

Les peuples africains qui restent encore très humanisés et hospitaliers ne sont pas violents. La violence leur a été imposée par les occidentaux, à travers la traite négrière et la colonisation. Naturellement, il faut le noter, elles ont été possibles grâce à la complicité de certains africains, qu’on pourrait appeler « des collabos ». Référence faite aux français qui collaboraient avec l’occupant nazi, sous le régime Troisième Reich, pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour rappel, c'est le Maréchal Pétain lui-même qui a lancé pour la première fois ce terme dans son discours radiodiffusé du 30 octobre 1940. Dans ce discours, il invitait les Français à collaborer avec les Nazis.

 

Pour les jeunes générations, il important de signaler que Pétain et la majorité des forces vichystes qui le soutenaient, pensaient à juste titre, qu'ils pouvaient collaborer avec l'occupant allemand. Ils croyaient ainsi préserver les intérêts de la France. Malheureusement, dans leur posture, les « collabos » ont fait plus de mal à la France que les occupants allemands eux-mêmes. Aujourd’hui, sous le couvert du « collaborationnisme » Alassane Dramane Ouattara et son clan, pompent sans vergogne, les ressources de la Côte d’Ivoire, dans un système opaque de marchés gré à gré distribués à l’emporte-pièce.

Le Président imposé aux Ivoiriens en 2011, par Nicolas Sarkozy, est le prototype achevé d’hommes politiques africains, sans véritable programme de société, qui ont choisi « de dealer » avec les occidentaux. La misère, le chômage des jeunes, la mal-gouvernance actuelle dans plusieurs pays subsahariens, notamment en Côte d’Ivoire et l’intervention intempestive de l’ancienne puissance coloniale, pour le maintien de ses intérêts économiques et géostratégiques, constituent une menace permanente pour la sécurité, la paix et le développement en Afrique francophones.

C’est une réalité qu’il faut nécessairement intégrer au procès du Ministre Charles Blé Goudé et du Président Laurent Gbagbo qui a refusé justement, d’être un « collabo des occidentaux » contre son peuple. Ces deux personnalités sont dans leur viseur. Leur procès est une belle farce judiciaire. Il va certainement, s’achever dans une confusion totale si le Juge-Président, Cuno Tarfuser, les Procureurs Bensouda et McDonald, tous sonnés par la pugnacité et la véracité du témoignage de Sam l’Africain, ne prennent pas en compte, les résultats de l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire et le rôle joué par la France, à travers les Nations Unies, dans la crise ivoirienne depuis 2002. De toutes les façons, ces deux éléments qui s’invitent constamment dans le prétoire, au cours de cette parodie de justice, finiront par s’imposer d’eux-mêmes au magistrat italien et à ses deux confrères de fortune.

 

 

Ben ZAHOUI-DEGBOU

 

 Directeur Fondateur de L’AGENCE GLOUZILET (Production Films et Programmes Tv, Conseil en Communication et Evènementiel). Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de Médiation Institutionnelle. Ancien Directeur de RTI/TV2.

 

 

 

 

 

 





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