Après la rencontre Bédié-Ouattara : un membre du Bp du Pdci) prévient : « Il faut s’inquiéter… » « Ruser pour rester, c’est surestimer son rôle »

Lundi 16 Avril 2018 - 09:55


Dans une contribution que L'inter a reçue, vendredi 13 avril 2018, Kobenan Tah Thomas, membre du Bureau politique du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci), livre son appréciation de la l'actualité au sein de la coalition au pouvoir avec la rencontre entre les deux leaders, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara.

 
 

 

Tous les observateurs de notre scène politique l’avaient souhaité et les deux ténors qui pouvaient le réaliser n’ont pas manqué à leur devoir. Il faut s’en féliciter pour la Côte d’Ivoire qui apprend à surmonter les plus monstrueuses anicroches de son difficile parcours sur les sentiers de la démocratie. A tout le moins, en tout cas, cette rencontre aura eu le mérite de mettre un terme aux passes d’armes entre les quartiers généraux de leurs partis respectifs, et bien entendu, leurs lots de dénigrements mutuels ; ce qui, du reste, ne rassurait personne quant à l’avenir immédiat de la Côte d’Ivoire. La brièveté du communiqué qui a sanctionné la rencontre en dit beaucoup sur la capacité des deux hommes à faire la synthèse sur les questions essentielles qui font les discordes. Sur la forme donc de cette rencontre, le bilan est très positif. Elle résume le credo de l’houphouëtisme ; à savoir qu’en politique, l’intelligence sait nous sortir des problèmes tandis que la sagesse sait nous éviter les problèmes. La bonne lecture qu’il faut faire de cette rencontre est celle d’une rencontre de prévention contre l’implosion de la grande famille des houphouëtistes.

Cependant, la logique de toute analyse impose que l’ont interroge aussi sur la question de fond. En quoi ladite rencontre règle durablement les problèmes de la formalisation du parti unifié, le Rhdp, et celui de l’alternance entre le Pdci-Rda et le Rdr ?

Pour le Rhdp, il convient plus de parler de formalisation du parti unifié puisque ce groupement politique fonctionne déjà. Depuis plus d’une décennie, certains partis, nonobstant les quelques nuances idéologiques qui les séparent les uns des autres, ont opté de fonctionner ensemble pour une certaine unité et une convergence de vues pour la réalisation des programmes de sortie de crise et pour le développement du pays. D’aucuns avaient prédit une alliance morganatique tant l’opportunisme d’une telle alliance l’emportait sur le réalisme et la sincérité des partis membres. Mais le temps et le parcours du Rhdp dans la conquête du pouvoir ainsi que dans la gestion concertée de celui-ci donnent tort à ceux qui ont vite opiné sur l’impossibilité de le faire fonctionner. C’est pourquoi nous nous permettons de penser qu’en dehors de sa formalisation formelle (la tautologie étant ici intentionnelle), le Rhdp est la preuve de l’unité d’une majorité de la classe politique ivoirienne autour des méthodes politiques du père fondateur de la Côte d’Ivoire. Les autres preuves de la fonctionnalité de ce groupement sont foisonnantes et peuvent se retracer. Dans un tel schéma, il faut s’inquiéter de l’enthousiasme de certains à "performer" (excusez cet anglicisme) la naissance de ce parti alors qu’à les entendre, ils ne tarissent pas d’éloges sur le parcours, les raisons historiques de la naissance et les prouesses de leur propre parti. Chacun, pour sa part, est admiratif de son identité et cela du fait qu’il y a toujours pour chacun une raison symbolique qui a nécessité sa création. Demander d’y renoncer, c’est demander d’assassiner tout le symbolisme qui a précédé sa naissance même si certains charrient des atavismes porteurs de leur propre mort. Tandis que d’autres bénéficient d’une longévité légendaire qui résiste à toutes les épreuves, les traquenards, les filets et nasses des eaux saumâtres que seule la politique des tropiques sait tourmenter.

En réalité, on a vite fait de brandir l’absence d’unité des partis comme une menace potentielle contre la paix et la sécurité. Il n’en est rien. C’est le vieux rêve du communisme. Il est aussi vieux qu’inopérant sous tous les cieux. Sous les tropiques africains, ce qui compromet la quiétude des populations, c’est bien davantage le peu d’élégance qui caractérise la sortie des hommes d’Etat en fin de mandat. En démocratie, la qualité d’un mandat se mesure aussi à la qualité de la sortie du mandaté ! Ruser pour rester, c’est surestimer abusivement son rôle, si brillant, historique et singulier eut-il été pour la nation. En ce qui concerne donc la question centrale au Rhdp, ce n’est guère l’absence de volonté déclarée de chacun à aller vers le parti unifié. C’est plutôt l’antijeu ou le jeu de triche-cœur qui consiste à vouloir changer, par ruse bien entendu, la nature et le but de l’accord de base. En clair, la formalisation du Rhdp comme parti politique équivaut à la mort du Pdci-Rda à qui une promesse ferme avait été faite. Selon celle-ci, le candidat pour la présidentielle 2020, en ce qui concerne la coalition du Rhdp, sortirait de ses rangs. Donc la formalisation du Rhdp n’est en définitive qu’une tentative de renoncer à des engagements.

C’est au Pdci-Rda de comprendre ce langage et de recadrer son propre discours si la volonté de diriger ce pays et d’en faire un Etat qui compte demeure encore.

KOBENAN Tah Thomas

Membre du Bureau Politique du PDCI-RDA





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