Alain Lobognon au gouvernement : « Faire payer aux citoyens pour voter, c’est les priver de leurs droits »

Samedi 19 Mai 2018 - 07:47


 

Dans une contribution publiée sur les réseaux, Alain Lobognon, député de Fresco et proche de Guillaume Soro, a livré son commentaire sur les dispositions annoncées par la Commission électorale indépendante (CEI). Ci-dessous, sa réaction.

Dans la parution du quotidien Fraternité Matin du 16 mai 2018, le 2ème vice-président de la commission électorale indépendante (CEI), a répondu à cette préoccupation du journaliste : « Beaucoup d’Ivoiriens estiment que le taux d’électeurs en Côte d’Ivoire est faible par rapport à la population totale. Quel est votre commentaire? »

Gervais Coulibaly trouve trois raisons pour expliquer ce faible taux de « 6 millions d’inscrits sur 24 millions d’habitants ».

La première, l’inscription sur la liste électorale n’est pas une obligation en Côte d’Ivoire. La seconde, les Ivoiriens sont moins disposés à s’inscrire sur la liste électorale, parce que juge-t-il, « ils ont du mal à faire établir les actes de naissance de leurs enfants. En clair, ils sont négligeant sur les bords (...) Aujourd’hui beaucoup se plaignent que l’ONI ne délivre pas les pièces d’identité. Mais, même quand ces pièces sont disponibles, il n’y vont pas les récupérer ». Enfin comme troisième raison, le 2ème vice-président de la CEI dit : « il y a certes 24 millions d’habitants, mais il n’y a pas 24 millions d’Ivoiriens. Nous avons un fort taux d’immigration. Il faut tenir compte de cela.»

Je voudrais m’attarder sur la 3ème raison donnée par la CEI. Le taux d’immigration en Côte d’Ivoire ne saurait justifier le faible taux d’Ivoiriens sur la liste électorale. La CEI qui compte en son sein des acteurs qui ont été témoins de l’élaboration de la liste en 2008, doit noter qu’aux 6 millions d’électeurs d’il y a 10 ans, devraient s’ajouter plusieurs centaines de milliers de nouveaux citoyens ivoiriens, c’est à dire des nationaux ivoiriens disposant de leurs droits politiques.

A cet effet, en sa qualité de responsable de l’élaboration de la liste électorale, la CEI doit, comme en 2008 exiger et obtenir de l’Office national d’identification le nombre officiel de nouveaux détenteurs de cartes nationales d’identité établies depuis les élections générales de 2011.

Malheureusement, ni la CEI, ni l’ONI n’ont à ce jour dit avec précision le nombre de nouveaux détenteurs de la carte nationale d’identité ivoirienne, en dehors des déclarations faisant état de ce que les Ivoiriens seraient peu disposés à retirer les cartes nationales d’identité établies par l’office national d’identification.

Faut-il rappeler aux deux structures que bon nombre de cartes nationales d’identité établies en 2009 n’ont pu être retirées par des citoyens compte-tenu d’un droit illégal à s’acquitter auprès de certains agents pour les retirer? Faut-il leur rappeler que bon nombre d’Ivoiriens se sont déplacés depuis lors sans savoir que leur titre d’identité était disponible?

La CEI n’a pas le droit de justifier le faible taux d’inscription sur la liste électorale en Côte d’Ivoire. Il lui appartient plutôt de s’inquiéter de l’absence de volonté étatique en Côte d’Ivoire pour faciliter l’accès des citoyens ivoiriens à la carte nationale d’identité. Qu’est-ce qui pourrait justifier, alors que le vote en Côte d’Ivoire n’est pas obligatoire que le citoyen ivoirien pour figurer sur la liste électorale de son propre pays, soit contraint de débourser plus de 15,000 FCFA pour obtenir soit une hypothétique carte nationale d’identité, soit une attestation d’identité, qui s’est illégalement substituée au document officiel d’identité? Pourquoi selon la CEI, les électeurs devraient-ils être catégorisés entre ceux qui ont reçu la Carte nationale d’identité en 2009 sans débourser le moindre centime et ceux qui depuis 2015 doivent absolument payer pour s’inscrire?

En tant qu’élu de la Nation, je milite pour que l’Etat de Côte d’Ivoire se donne tous les moyens pour identifier ses propres nationaux parmi les 24 millions d’habitants dont parle la Commission électorale indépendante.

En tant que Député de Côte d’Ivoire, j’invite la CEI à être juste et indépendante en demandant au Gouvernement de faciliter l’accès à la carte nationale d’identité à la majorité des 24 millions d’habitants. Car rien ne justifie que depuis 2011, l’office national d’identification n’ait pu octroyer aux citoyens ivoiriens que moins de 170,000 cartes nationales d’identité. Avouons que ce chiffre est très faible comparé aux plus de 6 millions de Cartes nationales d’identité délivrées en 2009 et qui viendront à expiration en 2019.

Donner gracieusement les cartes nationales d’identité aux Citoyens ivoiriens, c’est les encourager à participer à la vie de la Nation. Faire payer aux citoyens pour voter, c’est les priver de leurs droits de vote.

La Côte d’Ivoire dispose d’assez de ressources pour identifier gracieusement ses propres nationaux. C’est mon avis. C’est celui de millions d’Ivoiriens qui se sentent exclus par leur propre Gouvernement. C’est cette préoccupation qui devrait être débattue au sein de l’Assemblée nationale ce jeudi 17 mai 2018. Malheureusement, les élus du Peuple ont été privés de ce débat.

Alain LOBOGNON,

Parlementaire à l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire.

Député de Dahiri - Fresco - Gbagbam





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