« Laurent Gbagbo à la Haye : une sanction pour son attachement à la souveraineté monétaire».

Lundi 1 Février 2016 - 11:28


TABLE RONDE ORGANISEE PAR LE FPI AUTOUR DU PROCES DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO

Thème : « LAURENT GABGBO FACE AU SYSTEME POLITICO-FINANCIER DOMINANT : LES ENJEUX D’UN PROCES HISTORIQUE »

Abidjan, 26 janvier 2016

Hôtel Gestone, Abidjan, Cocody Riviera Attoban

Sous-thème : Cour pénale internationale le 28 janvier 2016, « Laurent Gbagbo à la Haye : une sanction pour son attachement à la souveraineté monétaire».

Par le Dr BONI Béda, Maître-assistant à l’Unité de Formation et de Recherche en Sciences Economiques et de Gestion (UFRSEG) Université FHB d’Abidjan,

 

 

INTRODUCTION

 

 

 

Monsieur Gbagbo, historien de formation, est devenu président de la Côte d’Ivoire après avoir passé de longues années dans l’opposition. Dans la posture d’opposant, il a étudié l’histoire du monde et le comportement des colonisateurs. Dans la posture d’homme d’Etat, il a appris à maitriser les rouages du pouvoir d’Etat. Il a vécu la situation des chefs d’Etat des pays francophones subissant les aléas de la Françafrique. Surtout, le système monétaire imposé aux pays anciennement colonies françaises est une pieuvre de mer qui a des tentacules partout pour asphyxier toutes les initiatives de développement. Par formation, Laurent Gbagbo maîtrise parfaitement le triangle de souverainetés qui se déclinent en souveraineté  monétaire, souveraineté  de défense nationale et souveraineté  de droit positif du pays.

Homme d’Etat, Laurent Gbagbo observe avec mépris la mainmise de la Françafrique sur son économie, surtout par le truchement de la monnaie. Tout ceci mêlé à l’état de droit lui vaut aujourd’hui d’être enfermé dans la prison de Scheveningen, aux Pays Bas.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour comprendre le traitement réservé au président Gbagbo, africain éclairé, éveilleur de conscience, il faut remonter dans l’histoire de l’Europe et chercher à comprendre le traitement réservé à l’homme noir.

Notre exposé s’articulera autour de trois points :

  1. Le mythe du Noir « sous homme » construit par les Européens pour la légitimation de l’esclavage et la colonisation ;

  2. Laurent Gbagbo et la déconstruction du mythe du Noir ;

  3. Le procès de Laurent Gbagbo comme conséquence de son refus du système monétaire néocolonial.

 

 

 

I/ LE MYTHE DU NOIR « SOUS HOMME » CONSTRUIT PAR LES EUROPEENS

POUR LA LEGITIMATION DE L’ESCLAVAGE ET LA COLONISATION

 

 

 

Avec la révolution industrielle , les Britanniques d’abord et l’ensemble des européens ensuite, instituent la différenciation entre les êtres humains. Ils distinguent les êtres supérieurs qui ont droit de vie et de mort sur les êtres dits inférieurs, à qui la reproduction est déniée. La majorité des scientifiques de ces temps-là appartiennent tous à l’élite de l’Angleterre victorienne (qui marque l’apogée de la révolution industrielle britannique de 1837 à 1901), et ont peur de la décadence de leur pays. Ils théorisent le perfectionnement de l’espèce humaine.

En 1859, Charles Darwin (12 février 1809-19 avril 1882) publie un ouvrage (De l’origine des espèces) dans lequel il expose la théorie de l’évolution humaine basée sur la sélection naturelle. Il fait admettre des postulats : les caractères sont héréditaires, la sélection naturelle se débarrasse des individus les plus faibles, la société élimine elle-même les idiots et les prolétaires ; il importe donc d’empêcher ces groupes d’individus de se reproduire en grand nombre ou encore de les soigner une fois qu’ils tombent malades. Cet ouvrage promeut le système idéologique qui interprète les luttes civiles, les inégalités sociales ou encore les guerres de conquête comme la simple application de la sélection naturelle à l’espèce humaine.
 
 

A sa suite, Francis Galton (16 février 1822-17 janvier 1911), anthropologue, explorateur, et statisticien britannique, cousin de Charles Darwin, forge le terme eugenics en 1883. L’eugénisme est l’ensemble des méthodes et pratiques de sélection destinées à améliorer, semble-t-il, la qualité de l'espèce humaine.

 

L’eugénisme devient une politique idéologique et une politique étatique. Pourtant, le relent raciste est visible et présent.

 

Nonobstant ce relent raciste, d’autres intellectuels notamment le mathématicien statisticien britannique Karl Pearson (27 mars 1857-27 avril 1936) s’en saisit pour approfondir cette approche en inventant un test (le test du khi deux « χ2 »). Ce test traite de la corrélation des caractères non mesurables dits caractères qualitatifs tels que la couleur de la peau, le comportement approprié ou inapproprié des individus, les hommes sensibles ou insouciants, etc. À l’échelle des individus, une normalité est établie, qui revient à exiger que l’individu se conforme à une norme technique de normalisation : être et faire comme tout le monde. Ceux qui dérogent à cette norme sont dévalorisés.

Karl Pearson fait un tour en Afrique dans la seconde moitié du XIXe siècle pour tester sa théorie. Statistiquement, le test du khi deux rejette l’hypothèse que l’homme noir a un comportement comme « tout le monde ». Dès lors, les êtres noirs « sans cœur ni sens du bien » doivent subir l’esclavage ; mais son abolition est officiellement proclamée en 1833 en Grande Bretagne et en 1865 aux Etats Unis. N’empêche, le territoire des humains à peau noire est considéré comme une seconde zone où vivent des êtres inférieurs qui, à défaut de subir l’esclavage, doivent être civilisés, colonisés.

La conférence de Berlin se tient en 1885, l’Afrique est émiettée. La mission civilisatrice européenne s’instaure. Mais, Adolphe Hitler, Chancelier Allemand (02 août 1934-30 avril 1945) détourne cette mission vers les pays européens. C’est la IIe guerre mondiale qui se solde par l’occupation féroce des pays européens par l’Allemagne hitlérienne ; en particulier, la France est humiliée et occupée avec l’implantation du nazisme monétaire externe qui Conçu par Herman Goering, ministre de l’économie de Hitler, et appliqué aux territoires conquis par les troupes n’avait que deux objectifs : soumettre et piller les territoires conquis par l’Allemagne.

La fin de cette guerre amène les Noirs à revendiquer des droits humains [conformément à la conférence sur la Renaissance de l’Afrique tenue à Londres en 1900, sous l’égide de l’avocat trinidadien Henry Sylvester Williams]. Les indépendances formelles sont obtenues à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Les pays européens, en particulier la France, consentent à libérer « leurs » Noirs colonisés, à condition qu’ils demeurent leur tuteur. L’indépendance est octroyée mais sous surveillance accrue des « civilisés » européens. Les Européens remettent le pouvoir aux hommes de leur choix dans les pays d’Afrique noire, pourvu que ces derniers veillent à leur bien-être. Tout candidat au poste privilégié de premier responsable d’un pays doit appartenir à un de leurs nombreux réseaux, apprendre dans leurs loges ésotériques. La Françafrique y veille scrupuleusement. Si l’heureux élu déçoit chemin faisant, les protecteurs recherchent « le Troisième Homme ». La stratégie ici est de s’appuyer sur quelques nationaux achetés ou influencés pour intimider ou renverser le leader africain éveillé.

C’est dans ces conditions que tous les cadres ici présents ont grandi, en particulier, que le plus illustre prisonnier de Scheveningen a formé ses armes.

 

II/ LAURENT GBAGBO ET LA DECONSTRUCTION DU MYTHE DU NOIR 

 

 

Laurent Gbagbo est né le 31 mai 1945 à Gagnoa. Il commence ses études à l'école primaire publique Plateau d’Agboville. Il obtient son baccalauréat de philosophie au Lycée classique d'Abidjan, en 1965, puis une licence d'histoire à l'université d'Abidjan en 1969. Il devient en 1970 professeur d'histoire au lycée classique d'Abidjan. Chercheur à l'Institut d'histoire, d'art et d'archéologie africaine (IHAAA) à partir de 1974, il est également titulaire d'une maîtrise d'histoire de la Sorbonne. Il soutient enfin, en juin 1979, une thèse de « docteur d'université » en histoire intitulée « Les Ressorts socio-économiques de la politique ivoirienne : 1940-1960 ».

Docteur Laurent Gbagbo est donc historien. Il découvre les tares du développement humain développé par les scientifiques européens. Il comprend l’aberration des conclusions soi-disant intellectuelles qui sèment la désolation et le crime au sein des populations.

Il étudie par ailleurs les écrits des chercheurs et savants du monde et ceux des auteurs noirs sur le mouvement de la Renaissance africaine.

La Renaissance (Africaine), le renouveau, la régénération, la revivification, etc. est un moment historique convoqué par tous les peuples et civilisations en proie à des situations vécues comme insupportables, [à la marge de la survie, à une période critique de leur existence. Bien des cas sont connus dans l’histoire qui attestent de ce mouvement incontournable dans le redressement des nations ambitionnant de se donner une existence digne, un avenir prospère, sorti des carcans des captivités du passé et de l’indigence matérielle].

C’est un regard de l’humain porté sur son passé, son présent, et un effort de se hisser au niveau des défis multiples qui l’acculent. Laurent Gbagbo a intériorisé ce que des combattants, non africains placés devant des situations similaires ont fait pour en venir à bout des contradictions insolubles en leur sein. Il a surtout dompté, maîtrisé la quintessence des travaux du savant africain Cheikh Anta Diop, historiographe de la liberté humaine dont les écrits ont déconstruit le préjugé d’une civilisation mondiale euro centrée qui, par diffusion, aurait éclairé les autres peuples figés dans la nuit de l’obscurité. Docteur Gbagbo s’est convaincu de la profondeur de la démonstration du savant Cheikh Anta Diop qui, en démontrant l’origine africaine de l’humanité et des premières civilisations, en donnant une continuité historique et culturelle à l’Afrique noire enrichie de plus de 5000 ans de contribution aux progrès de l’humanité, a créé, conforté une conscience historique et un appareil philosophique, un paradigme de libération des Africains et de sublimation de leurs cultures. En effet, ce sont les faits culturels, ceux de l’unité culturelle qui soutiennent la construction des nations, leurs capacités d’abstraction des niveaux de la parentèle, du clan, de l’ethnie en quête d’un échelon supérieur commun.

Le grand savant humaniste sénégalais [s’est battu toute sa vie pour la restauration de la conscience historique des peuples africains, et] a démontré de manière scientifique et définitive que les créateurs de la première civilisation humaine, les égyptiens pharaoniques étaient des noirs comme tous les naturels de l’Afrique. Il affirmait justement que “l’africain qui nous aura compris est celui-là qui après la lecture de nos œuvres, aura senti naître en lui, un autre homme, un Prométhée, créateur de civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral.”

Dr Laurent Gbagbo a comparé le diopisme avec les théories fallacieuses concoctées depuis le XVIIIe siècle, siècle des lumières, exacerbées à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, qui ont réduit l’homme noir à un être inintelligent, à un béni oui-oui à qui l’on pouvait faire accepter toutes sortes de situations. Il se lance alors dans l’écriture pour faire connaître ses positions. Il écrit au total à ce jour dix (10) ouvrages dans lesquels il expose sa compréhension de la marche du monde, et la façon de développer un pays multiethnique pour atteindre un niveau d’épanouissement certain de la population africaine.

Débarrassé du carcan inhibiteur de l’inintelligence de l’homme noir, et s’inspirant du diopisme égyptologique, Laurent Gbagbo se fixe comme but d’aider l’homme noir à s’affranchir des clichés à lui collés par l’homme blanc. Il adopte la démocratie et offre sa vie pour sauver la race noire. Il se lance en politique, crée un parti socialiste en 1982 et conquiert par les urnes le pouvoir d’Etat en octobre 2000. Le programme de gouvernement qu’il propose est révolutionnaire. Sa pratique du pouvoir est essentiellement basée sur la capacité de l’homme noir à construire, à développer un pays sans forcément tendre la main au blanc. Des succès incontestables sont engrangés.

Du point de vue de l’intelligence d’approche des problèmes politico-sociaux et culturels, Laurent Gbagbo est reconnu par tous, ne pas avoir d’égal parmi ses pairs dans la réflexion. Cette intelligence, son intelligence est tournée en dérision par ses détracteurs locaux et français avec la notion moqueuse à leurs dépens de « boulanger » d’Abidjan.

Sur le plan économique, sa volonté de construire un Etat responsable, donc souverain, ne souffre d’aucun doute. Sur le plan monétaire, il sait que suite à la crise de 1929, la France accentue son repli sur l’empire colonial pour protéger son économie et son commerce extérieur. La création de la zone franc en 1939 offre le moyen de pérenniser cette stratégie : les échanges avec des pays extérieurs à la zone franc sont interdits, ce qui cimente les liens économiques et commerciaux entre la France et son empire.

La monnaie franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique) est créée le 25 décembre 1945 par un décret signé par trois Français (Charles De GAULLE, président du gouvernement provisoire ; René PLEVEN, ministre des finances ; Jacques SOUSTELLE, ministre des colonies) qui ont en commun un double caractère : ils sont imbus de la suprématie blanche ; ils sont de fervents acteurs de l’agression coloniale contre l’Afrique.

Cette monnaie est créée afin que, semble-t-il, la dévaluation du franc français au sortir de la guerre n’affecte pas les marchés des possessions africaines de la France. Mais, c’est seulement à la période des indépendances (années 60) que des banques centrales dont seulement la moitié des administrateurs sont des représentants africains sont créées pour « émettre » le franc CFA. Dans les trois banques centrales de la zone franc (Sénégal, Cameroun et Comores), des administrateurs français siègent aux Conseils d’Administration (CA).

Le système franc CFA est du nazisme monétaire dont aucun spécialiste français ne parle. Ne faut-il pas remonter jusqu’en 1945 pour percevoir un écrit sérieux de René SEDILLOT sur le sujet. Son livre est intitulé « Le Franc enchaîné – Histoire de la monnaie française pendant la guerre et l’occupation ». Sédillot constate en effet qu’ « Avec les siècles, les formes de pillage sont devenues plus savantes. Les anciens Germains dévastaient en toute simplicité les pays qu’ils avaient conquis. Leurs descendants, en 1940, ont recouru à une méthode de rapine plus subtile et plus fructueuse : ils ont mis le mark à 20 francs ». En Afrique le professeur Joseph TCHUNDJANG POUÉMI, résidant en Côte d’Ivoire a écrit un livre paru au début des années 1980 et dont le titre est : "Monnaie, servitude et liberté – La répression monétaire de l’Afrique" dont les adeptes du statu quo néocolonial et les bénéficiaires du nazisme monétaire français ont répondu par un silence. Total blackout. Nicolas AGBOHOU, ivoirien du Centre ouest, patriote panafricain convaincu remet le tapis en écrivant le livre "Le Franc CFA et l’Euro Contre l’Afrique", publié en 1999, l’année de l’introduction de l’euro dans le système monétaire.

Laurent a parcouru tous ces livres et sait que la zone franc est une gestion et des principes au service des intérêts français. En effet le système franc CFA est basé sur quatre grands principes : la centralisation des réserves de change au Trésor public français, la fixité de la parité franc CFA/euro, la libre convertibilité du franc CFA à l’euro, et la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc.

  • La centralisation des réserves de changes : un principe qui bloque l’économie des pays de la zone franc

Chaque banque centrale de la zone franc possède un compte d’opérations au Trésor public français et doit y déposer une partie de ses réserves de monnaie. Depuis 2005, 50% des réserves de change doivent être stockées sur le compte d’opérations en France (jusqu’en 2005 ce pourcentage était de 65). Il y a donc actuellement « environ 8 000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la BEAC » stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros.

  • La parité fixe franc CFA-euro : une entrave à la compétitivité des économies africaines dans le monde

Hier lié au franc français, le franc CFA est aujourd’hui arrimé à l’euro, c’est-à-dire que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne. Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euro avant de l’être en franc CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc fluctuent également.

  • La libre convertibilité franc CFA/ euro

La libre convertibilité s’applique des pays africains de la zone franc à la France et inversement, mais ne concerne pas les échanges entre les trois zones du système CFA. Ce principe facilite les investissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux, et l’importation par la France de matières premières, mais bloque les échanges interafricains.

  • La libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc

La libre circulation des capitaux ou comment légaliser la fuite des capitaux Les principes de libre convertibilité et libre circulation des capitaux favorisent la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africains de la zone franc rapatrient librement leurs liquidités vers la France et les transferts d’argent entre la France et l’Afrique s’opèrent sans entraves au profit des élites françafricaines.

La France met l’entreprise de colonisation au service des intérêts économiques français. Les monnaies africaines sont supprimées et des banques privées appartenant aux colons mais contrôlées par la France sont créées. La monnaie franc CFA donne à la puissance coloniale d’exploiter sans rien payer les matières premières des colonies pour alimenter l’industrie française. Le franc CFA est battu à Crémaillères en France et géré depuis la métropole. La France utilise les ex-colonies comme débouchés pour les produits français. La zone franc et sa monnaie le franc CFA constituent le seul système monétaire colonial au monde à avoir survécu à la décolonisation.

La France est cynique. Elle retient dans son Trésor en fonction des quotas qu’elle seule définit, les recettes issues du commerce extérieur des pays d’Afrique de la zone franc pour éviter à ces pays de disposer de devises et assurer leur indépendance économique. Rien ne peut se décider sans l’accord de la France. Du moins, toutes les grandes décisions sont prises par la France sans le consentement des utilisateurs de la monnaie (Voir tableau des parités). Le franc CFA n’appartient aux 14 pays francophones et lusophones que de nom.

Tableau du changement de parité entre le FCFA et le FF puis le FRF et l’euro
 
 

Circonstances et dates

Franc CFA

Franc français

Euro

A la création le 26 décembre 1945

1

1,70

 

Dévaluation du FF le 17 octobre 1948

1

2,00

 

Instauration du nouveau franc français (FRF) le 27 décembre 1958

1

0,02

 

50

1

 

Dévaluation de 50% du FCFA le 11 janvier 1994/(FRF)

1

0,01

 

100

1

 

Arrimage du FCFA à l’euro le 1er janvier 1999

1

 

0,0015

655,957

 

1

 

Le président ivoirien apprécie à sa juste valeur la participation française à la gestion des banques centrales africaines. Il comprend aisément que ce système monétaire constitue une entrave à la souveraineté des États africains de la zone franc.

L’expression des mécontentements contenue du visionnaire Laurent Gbagbo taxée par un silence plat sur la question fait peur aux Français et aux Européens. Ce qui lui vaut son incarcération à la prison de Scheveningen aux Pays-Bas.

 

 

III/ LE PROCES DE LAURENT GBAGBO COMME CONSEQUENCE DU REFUS

DU SYSTEME MONETAIRE NEO-COLONIAL

 

 

Laurent Gbagbo est un souverainiste. La souveraineté est le principe de l'autorité suprême. En matière de politique, la souveraineté est le droit absolu d'exercer une autorité (législative , judiciaire et/ou exécutive ) sur une région , un pays ou sur un peuple.

La souveraineté nationale caractérise l'indépendance de l'Etat-nation par rapport à d'autres Etats ou à des instances internationales, hormis pour les autorités ce que cet état a librement accepté de céder.

Jean Bodin (1530-1596) définit la souveraineté dans son traité "Les Six livres de La République" comme un attribut essentiel de l'Etat : "La souveraineté est la puissance absolue et perpétuelle d'une République". En droit, c'est la Constitution qui définit comment s'exerce la souveraineté, quelles sont les institutions qui détiennent le pouvoir et comment elles sont contrôlées. Aucun pouvoir n'est supérieur à la puissance souveraine qui ne peut être anéantie.

Docteur Laurent Gbagbo le sait et ne veut céder aucune portion de cette souveraineté, vu l’histoire hégémonique des intellectuels occidentaux. Il a lutté pour prendre le pouvoir démocratiquement et se bat avec détermination pour instaurer définitivement la démocratie en Côte d’Ivoire, et au-delà, dans tous les pays d’Afrique. N’a-t-il pas dit lui-même lors d’une interview : « Nous avons besoin de la démocratie, pas parce que quelqu’un nous le demande, mais parce que vu la composition ethnique et sociale de notre pays, nous avons besoin que celui qui a le meilleur programme de gouvernement gagne les élections ».

Il a gagné les élections le 20 octobre 2000. Devenu Homme d’Etat, il discute la fermeture de la base militaire française d’Abidjan pour la sécurité de tous les acteurs nationaux et étrangers vivant sur le sol ivoirien. Il ouvre le pays à de nouveaux partenaires et revoit les conditions d’attribution des marchés publics. Il appelle les investisseurs blancs et noirs à venir investir en Côte d’Ivoire pourvu que la méthode gagnant-gagnant fonctionne. Il coopère avec tous les peuples du monde, en particulier avec les français dont certains sont nommés conseillers à la présidence. Pour entretenir la prééminence des relations avec la France, des marchés sont cédés gré à gré à certains français dont Bouygues.

Cependant, pour la souveraineté véritablement efficiente des pays africains, Laurent Gbagbo nourrit l’idée d’une récupération du franc CFA par plusieurs pays africains, afin de consolider les échanges sur un territoire plus vaste et soutenir ainsi cette monnaie devise créée. Il est convaincu qu’avec le franc des colonies françaises d’Afrique mué en franc de la Communauté française d’Afrique, instrument de domination qui applique la méthode des comptes d’opérations logés dans le trésor français, ni la Côte d’Ivoire, ni aucun pays de la zone franc ne peut se libérer, encore moins se développer souverainement.

Le président Laurent Gbagbo observe l’existence du franc CFA. Il se donne du temps pour remettre en cause ce carcan monétaire néocolonial compte. La France de la gestion des affaires publiques le sait qui pense que : «Les projets de Gbagbo gênent les intérêts français en Côte-d’Ivoire» pour paraphraser la journaliste indépendante chargée de l’Afrique Fanny Pigeaud de Médiapart1 .

Certains dirigeants français voient en Gbagbo un véritable danger qu’il faut abattre, détruire pour sauvegarder la mainmise de leur pays sur ses ex-colonies. Le plan de destruction de Laurent Gbagbo est monté par Jacques Chirac et exécuté par Nicolas Sarkozy, tous deux anciens présidents français.

Aujourd’hui, le président Laurent Gbagbo est à la Haye. Il est à la Haye par peur des français, par peur des occidentaux. Il va être jugé pour «crimes contre l’humanité». Les dirigeants français préfèrent tous le « Troisième homme » qui leur garantira la survie dominatrice de l’Afrique. Il faut coller donc des crimes au « trouble-fête », éveilleur de conscience et l’éloigner du continent africain afin d’amoindrir son influence.

 

 

CONCLUSION

 

 

Le système politico-financier dominant a temporairement eu le dessus sur les velléités souverainistes de Laurent Gbagbo. Mais, Laurent Gbagbo est un esprit. En tant que tel, rien ne peut arrêter le courant de pensée ou de sensibilité qu’il a initié. Il sortira de prison réhabilité, libre et ragaillardi parce qu’une seule preuve de ce qui lui est reproché ne se trouve nulle part. Il bénéficiera d’un non-lieu et la vérité, toute la vérité sur le « complot de la France contre la Côte d’Ivoire » sera dévoilée. Qu’il soit béni là où il se trouve !

1 Elle a écrit « France-Côte d’Ivoire, une histoire tronquée, Editions : Vents d’ailleurs, Paris, 13 juillet 2015





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