« L’engagement révolutionnaire africain face à l’hégémonie occidentale : essai d’analyse de la cabale contre Laurent Gbagbo sous des grilles socialistes »

Lundi 1 Février 2016 - 14:10


TABLE RONDE ORGANISEE PAR LE FPI AUTOUR DU PROCES DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO

Thème : Cour pénale internationale le 28 janvier 2016, « LAURENT GABGBO FACE AU SYSTEME POLITICO-FINANCIER DOMINANT : LES ENJEUX D’UN PROCES HISTORIQUE »

Abidjan, 26 janvier 2016

Hôtel Gestone, Abidjan, Cocody Riviera Attoban

Conférence de Louis-Marie Kakdeu

 

Thème : « L’engagement révolutionnaire africain face à l’hégémonie occidentale : essai d’analyse de la cabale contre Laurent Gbagbo sous des grilles socialistes »

 

 

Mesdames et Messieurs,

Chers frères et sœurs,

Chers Résistants africains.

Lorsque je parle d’hégémonie occidentale, je parle des rapports de pouvoir, et plus spécifiquement de dominations en provenance d’Occident, qui conditionnent profondément notre vie sociale, culturelle, et même privée. Lorsque je parle de l’Occident, je parle spécifiquement de la France qui nous intéresse dans le cadre de la lutte pour la libération de Laurent Gbagbo.

Dans son livre intitulé « Civilisations : L’Occident et le reste du monde », paru aux éditions Saint-Simon en 2014, l'historien britannique Niall Ferguson, s’interroge sur les raisons pour lesquelles la civilisation occidentale a pu imposer, au tournant du XVIe siècle, une domination de cinq cents ans sur le reste du monde dans pratiquement tous les domaines : culture, économie, militaire, politique. L’auteur essaie d'expliquer comment quelques petits Etats d'Europe de l'Ouest et une poignée de cités entreprenantes, ont réussi à renverser totalement la domination orientale, en produisant « une civilisation capable non seulement de conquérir les grands empires d'Asie et de soumettre l'Afrique, les Amériques et l'Australasie, mais aussi de convertir les peuples à son mode de vie ». L’Occident veut « civiliser le reste du monde » c’est-à-dire, nous convertir à son mode de vie afin de régner éternellement sur nous. Dans le cadre de cette communication, je me propose de présenter ce système parce qu’il permet de comprendre la machine qui broie Laurent Gbagbo et de réfléchir sur les moyens de résister. Je me propose surtout de parler de l’hégémonie occidentale parce que le combat pour Laurent Gbagbo n’est pas seulement le combat pour un individu, mais pour un peuple. Nous luttons pour Laurent Gbagbo, non plus peut-être pour sauver sa vie, mais pour sauver notre peuple de l’oppression occidentale. Nous luttons pour l’Afrique. Nous luttons pour la vie. Nous luttons pour la liberté. Pour nous autres Africains, Laurent Gbagbo est notre symbole de la lutte. Sa vie nous inspire et son courage nous maintient en vie. Je n’ai pas la prétention de dire aux Ivoiriens qui est Laurent Gbagbo. Je ne le connais pas mieux que vous. Je voudrais simplement parler, non pas de son bilan politique en tant que chef d’Etat, mais du sens de son combat politique. Le combat pour la dignité de l’homme. La dignité de l’Afrique. La dignité de tous et de chacun.

L’un des six piliers de la suprématie occidentale est ce que l’on peut rebaptiser avec Ferguson « d’instinct de propriété ». Cela s’est matérialisé par l'esclavage et la colonisation. Un autre pilier est l’augmentation de l’espérance de vie. Les civilisations orientales et occidentales ont dominé aussi parce que les grands hommes de sciences, de la politique, de l’économie et de la culture vivaient longtemps. Chers frères et sœurs, le combat pour Laurent Gbagbo est aussi le combat pour qu’il vive longtemps. L’Afrique a perdu de façon prématurée ses phares qu’étaient LUMUMBA, MOUMIE, UM NYOBE, KADHAFI, SANKARA, NASSER, NKRUMAH, etc. Nous n’avons plus le droit de perdre aussi prématurément Laurent Gbagbo. Ce serait un signe de notre défaite et de notre décadence.

L’Occident ne veut pas perdre la main. L’un des six piliers qui fondent sa suprématie est le capitalisme. Ce système chancèle depuis un siècle et attise l’animosité des Occidentaux envers les résistants. Ce système a été menacé par le communisme et s’en est suivie une vague de massacres. Il est aujourd’hui menacé par la Chine. L’Orient veut reprendre la main et l’Occident s’emploie aussi à détruire tout obstacle sur son chemin. Laurent Gbagbo et Kadhafi étaient des obstacles pour l’Occident en Afrique. Leur liberté de choisir leurs partenaires économiques était un risque susceptible de favoriser la pénétration chinoise. En 10 ans seulement (entre 2000 et 2010), la Chine est devenue le premier partenaire économique de l’Afrique. L’oppression occidentale a aussi suivi ce rythme. Une machine a été mise sur pied pour broyer les résistants de la même façon qu’une machine avait été mise sur pied pour broyer le communisme. Marx, Gramsci, étaient des penseurs du communisme. Ils ont évalué leur échec. J’ai pensé qu’on pouvait s’inspirer de leur bilan pour ajuster notre lutte. D’où ma proposition de faire lecture avec des grilles socialistes et marxistes. Les éléments de cette communication sont issus de mon prochain livre intitulé « Ces français qui nous veulent du bien : 20 raisons pour lesquelles la France doit partir », à paraître ce 4 février 2016 à Paris, aux éditions Max Milo, avec une préface du Doyen Bernard B. Dadié. J’espère pouvoir venir à Abidjan dans les prochains mois pour faire la dédicace de ce livre de combat.

Je vais donc d’abord présenter le cadre institutionnel de l’hégémonie occidentale pour montrer qu’il s’agit bien d’une politique étrangère, et dans un second temps, faire une lecture de la lutte sous des grilles socialistes.

 

  1. Cadre institutionnel de l’hégémonie occidentale

La conférence de Berlin (15 novembre 1884 - 26 février 1885) est une base sur laquelle on peut greffer toutes les législations faisant état de la soumission des Noirs en général, et de l’Afrique en particulier. Elle marqua l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique. Elle conféra à la France des droits sur l’Afrique qu’elle partage avec d’autres puissances étrangères. Ce droit de la colonisation semble aujourd’hui se muer en droit de la recolonisation. Pour la Côte d’Ivoire, les accords de Marcoussis en janvier 2003 étaient une autre forme de la conférence de Berlin. Durant ces assises, les cartes de la domination de la Côte d’Ivoire ont été distribuées. La cabale contre Laurent Gbagbo a été formalisée à cette époque. Le dégager purement et simplement. Un bon prétexte a été trouvé : ’ivoirité. L’incongruité de cette affaire est qu’on reprochait à un président de la République d’appliquer une constitution qui avait été votée par référendum, trois mois avant son élection. Un référendum auquel les comploteurs avaient appelé à voter Oui. J’espère qu’un jour, l’histoire expliquera mieux cette partie pour l’opinion africaine.

La domination occidentale ne date pas d’aujourd’hui. Elle a pris le temps d’investir notre vie et de nous livrer dans des prisons de la dépendance. La politique de logement en France est une autre preuve juridique. Le 20 janvier 2015, lors de ses vœux à la presse, le premier ministre français, Manuel Valls, parla de l’existence d’un dispositif d’apartheid territorial, social et ethnique en France. Pour mieux comprendre ce cadre, il faut remonter à l’histoire des banlieues en France, afin d’y déceler l'esprit d'apartheid qui a consisté à perpétuer le Code de l’indigénat et à reléguer les colonisés à la périphérie, en marge de la « société civilisée ».Les références de cette politique de logement sont par exemple le plan Courant (1953) pour la construction des HLM, le décret du 30 décembre 1958 sur les zones à urbaniser en priorité (ZUP), etc. Manuel Valls parle de « la relégation périurbaine, les ghettos ». Entre les ghettos et la société civilisée, on laissait un espace inoccupé afin d’éviter la contamination. C’est ce qui explique le choix du site résidentiel du Plateau à Abidjan, et du Plateau Joss à Douala. D’ailleurs, la protestation contre cette absurdité avait valu l’assassinat du leader camerounais Douala Manga Bell par pendaison.

Louis XIV avait promulgué à Versailles en mars 1685, le Code Noir pour maintenir la discipline de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et pour régler les conditions d’esclavage. On a l’impression que ce code n’a jamais été aboli dans les faits. Par exemple, l'article 9 condamne « les hommes libres [Blancs/Français] qui auront eu un ou plusieurs enfants de leurs concubinages avec leurs esclaves [Noirs/Africains] ». Toutefois, on prévoit une disposition selon laquelle « l'homme libre non marié peut épouser son esclave qui sera affranchie par ce moyen ». La version de 1724 sera plus dure : « Défendons à nos sujets blancs de l'un et l'autre sexe de contracter mariage avec les Noirs ».

En 2016, pour « affranchir un Africain », une personne célibataire de nationalité française doit avoir la bienveillance de l’épouser. A défaut du mariage, il faut avoir un enfant métisse. En clair, le système politique occidental réduit la dignité de l’Africain en Occident à son concubinage avec un Occidental. Célébré à l’étranger, le mariage entre une personne de nationalité française et une personne de nationalité d’origine africaine est soumis à la délivrance par les autorités consulaires françaises, du Certificat de Capacité à Mariage, qui est un document curieux donnant le pouvoir au Consul de France, de décider de qui peut se marier avec un Français après étude du profil de l’étranger. Cette pratique existe aussi en Côte d’Ivoire. L’on cultive l’idée selon laquelle, être Africain est un handicap. C’est pour tout cela que la lutte pour la dignité africaine est une nécessité absolue.

Le droit de coloniser que s’octroie la France en Afrique, et notamment dans ce qui est convenu d’appeler « pré-carré », est assimilable à l’article 28 du Code Noir qui déclarait que les esclaves ne pouvaient rien avoir qui ne soit à leur maître. Déjà en 1669, le secrétaire d'Etat Colbert avait instauré le système de l'Exclusif, à savoir que les colonies ne devaient produire que pour la métropole, ne devaient consommer que les produits de la métropole et ne devaient commercer qu'avec la métropole. Ce système ne semble pas avoir été banni dans la politique africaine de la France. Par exemple, Jean Foyer, ancien ministre de la coopération en France du 18 mai 1961 jusqu'au 14 avril 1962, témoigne avoir négocié avec les « Pères de l’indépendance africaine [peaux noires masques blancs de Fanon] » et notamment Félix Houphouët-Boigny au cabinet de qui, il (Foyer) avait été conseiller technique, que le sous-sol africain appartenait à la France, et que les Africains ne pouvaient en disposer que si la France manifestait son désintérêt. Il (Foyer) disait en substance, dans le film réalisé par Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, film sorti en 2009, et intitulé « Cameroun: Autopsie d'une indépendance » :

On a passé avec eux [les Africains] des accords [de coopération] sur les matières premières stratégiques. Ces accords sur les matières premières stratégiques les obligeaient tout simplement à nous proposer à nous en premier lieu de nous accorder des concessions mais en ne les obligeant d'ailleurs pas à le faire.

Ainsi, la France a pu garantir l’indépendance énergétique dans sa politique énergétique en comptant sur le pétrole venu d’ailleurs. Aussi, a-t-elle opté pour le « tout-nucléaire » en comptant entre autres sur l’uranium africain pour approvisionner ses centrales. Il est donc normal que la relation entre la France et l’Afrique soit tendue au moment où les Africains pensent d’abord à leur propre indépendance énergétique, et sont condamnés à traiter avec les partenaires les plus compétitifs.

Face à la compétitivité orientale et notamment chinoise, l’Union européenne s’est plutôt résolue à forcer les Africains à signer des accords APE qui consacrent la levée des barrières douanières sur certains produits en provenance de l’espace Union européenne. Cet accord entrera en vigueur au Cameroun dès Août 2016. Signification : Au lieu de baisser le niveau de vie hégémonique en Europe, afin que les produits européens soient compétitifs face aux produits chinois, les Européens demandent plutôt aux Africains de faire le sacrifice mortel sur deux points : sacrifice des recettes douanières et destruction du tissu productif des pays africains. Tout cela, pour sauver l’Europe. Cela nous rappelle que les Africains avaient déjà été des chaires à canon pour la France pendant la première guerre mondiale. Il serait absurde que nous le soyons éternellement.

On constate que l’Occident n’a toujours attribué une personnalité juridique aux Africains que pour les condamner. C’était vrai sous le Code Noir avec l’article 31, et sous le Code de l’indigénat avec la nationalité sans citoyenneté. C’est encore vrai aujourd’hui avec la Cour Pénale Internationale que l’on n’appelle que contre les dirigeants africains récalcitrants. Déjà dans le Code noir, l'article 30 nie toute valeur au témoignage d'un esclave, et l’article 31 stipule qu'un esclave ne peut déposer plainte : « On ne dédommage pas un objet, on dédommage une victime [maître]», croit-on. Laurent Gbagbo aura-t-il simplement le droit d’être dédommagé ? L’avenir nous dira. Mais, l’on a pu avoir la grille de lecture occidentale du procès de Laurent Gbagbo à travers l’interview de la journaliste de La Haye, Stéphanie Maupas, auteur d’un livre sur les dessous de La Haye, publié à la mi-janvier aux éditions Don Quichotte et qui est intitulé :« Le Joker des puissants, le grand roman de la Cour pénale internationale ». Cette journaliste reconnaît dans Jeune Afrique le 22 janvier 2016, que la théorie de l’accusation de Laurent Gbagbo est très partielle, mais, curieusement, elle dit que la CPI perdra en crédibilité si Laurent Gbagbo n’était pas condamné après plus de quatre ans de sa détention arbitraire. Ecoutez-la parler : « La Cour, comme la procureure, ont intérêt à ce qu’il y ait une condamnation. On part sur un procès de trois, quatre ans. Si cela aboutit à des acquittements, ou à des non-lieux à mi-parcours, ce serait un fiasco, sachant que Gbagbo est détenu depuis quatre ans. » Le 28 janvier 2016, face à l’impossibilité d’apporter des preuves contre Laurent Gbagbo, comme cela a été le cas contre Charles Taylor et Slobodan Milosevic, la CPI espère que dans sa défense, Blé Goudé va confondre Gbagbo. Drôle de façon de chercher les preuves !! Cela n’est rien d’autre que la stratégie de division qui ressemble à la stratégie du complot déjà entendue. Beaucoup d’entre nous ont déjà entendu parler d’un plan de Gouvernement du monde piloté en Occident par les illuminati. Ce plan prévoit clairement la non-reconnaissance de l’autorité de nos Etats dans le but de prendre le contrôle de toutes nos richesses, ressources naturelles et main d’œuvre. Pour y parvenir, le plan s’emploie à diviser nos populations, à monter les uns contre les autres, à encourager les oppositions et les différences entre les groupes sociaux, les porter à se battre et à s’affaiblir, afin de les soumettre plus facilement. Lorsqu’on analyse le fonctionnement de la France, on a l’impression d’être dans ce même scénario.

Laurent Gbagbo est donc dans une « machine » huilée. Suite à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, le Club Massiac la Constituante et la Convention défendirent que l’égalité proclamée ne s'appliquait qu'aux habitants de la métropole. C’est toujours le sens de la déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, qui stipule de fait que, tout le monde est libre en droits et en devoirs, sauf ceux qui ont apporté ces libertés. Dans la logique de la déclaration de Jules Ferry le 28 juillet 1885 devant l’Assemblée nationale française, selon laquelle « Les races supérieures ont un droit sur les races inferieures », la déclaration universelle des droits de l’homme concerne les races supérieures entre elles d’une part, et les races inférieures entre elles d’autre part.

  1. Institutions d’application

Dans un souci de temps, je vais juste signaler les institutions qui permettent de mettre en œuvre cette vision hégémonique.

L’Eglise : On attribue à l’Eglise les justifications de la colonisation au 19ème siècle, sur l’apologie de la race supérieure développée en 1853 par le marquis de Gobineau dans son Essai sur l'inégalité des races, et dont la promotion a été assurée par le darwinisme social. Pour mieux comprendre, il faut remonter aux théories du christianisme qui se disait seule véritable religion autorisée par Dieu pour faire face aux récalcitrants. Dans la foulée, le christianisme considérait les hommes de couleur noire comme étant des êtres marqués par la malédiction prononcée par Noé sur son fils Cham. Ce cliché lié à une mauvaise interprétation des Saintes Ecritures n’a pas été une bonne nouvelle pour la dignité de l’homme noir que nous défendons de nos jours.

Les médias ou outils et supports de propagande : En France, la quasi-totalité des médias généralistes sont réunis dans une vingtaine de grands groupes appartenant à de riches industriels qui ont pour la plupart des intérêts en Afrique, à l’instar de Bolloré, Bouygues, Dassault, Lagardère, etc. Nous communiquons et nous informons donc par la presse de ceux qui nous exploitent et nous dominent ! C’est à méditer. En effet, la domination est d’abord linguistique, ensuite culturelle et enfin économique. Si A parle notre langue, alors il pensera comme Nous et ensuite, il consommera nos produits. Le même Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, expliquait pourquoi la France donnait plus de visas étudiants (60%) que de visas économiques. Le postulat est de former la future élite africaine dans le « modèle français » afin de diriger l’Afrique à travers elle. De nos jours, cela marche tant bien que mal, et il nous revient d’en prendre conscience. En Côte d’Ivoire, madame Alliot-Marie, alors ministre de la défense en France, disait que le conflit était ivoiro-ivoirien. Ce sont les Africains qui se font la guerre entre eux. Frantz Fanon parlait de « peau noire, masque blanc ». Dans l’actualité, Lionel Zinsou représente ce nouveau visage. On n’oubliera pas que celui qui a déjà été parachuté à la tête du Bénin, disait le 21 mai 2011 lors d’un séminaire de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) portant sur « Les valeurs et la mondialisation » des absurdités selon lesquelles « l’Afrique appartient à l’Europe » :

« L’Europe et la France ont un atout : l’Afrique pense en français ou en anglais, elle achète des marques européennes et c’est totalement naturel (…)Mais il y a quelque chose de plus important, c’est que l’Afrique appartient à l’Europe. Elle n’appartient pas à la Chine ou à l’Inde. Et, chose un tout petit peu plus préoccupante, elle n’appartient pas encore aux Africains. (…) Qui possède les mines ? Qui possède le pétrole, les produits agricoles, l’immobilier ? C’est l’Europe (…) Les présidents français ont un don pour donner à penser aux Africains que la France est toujours le porte-parole et le défenseur de l’Afrique. Il faut jouer de ça parce qu’il y a beaucoup plus d’Africains qui parlent le français que de Français. »

Le colon nous a convaincus que nos langues nationales étaient des « patois », des langues vernaculaires ou d’esclaves qui nous maintenaient dans l’ignorance. Voilà donc à quoi servent les langues occidentales que nous parlons. Nous soumettre. Qui de vous dans cette salle sait comme moi écrire dans sa langue maternelle ? J’aurai bien aimé écrire cette communication dans une langue autre que le français, si nous étions tous conscientisés et mobilisés pour la cause. J’espère que nos enfants le feront et que nous accepterons aujourd’hui d’adopter le swahili, langue déjà choisie par l’Union Africaine. J’espère surtout que nous serons assez vigilants pour détecter les peaux noires masques blancs. Ils sont notre diaspora. Cette diaspora qui veut les papiers (Nègres de maison selon Malcom X) est dressée contre nous. Souvenons-nous que c’est la diaspora cubaine qui avait été dressée contre Castro. Castro était plus fort. Pendant la même période, c’est la diaspora guinéenne qui avait été dressée contre Sékou Touré. Sékou Touré était plus fort. C’est la diaspora libyenne qui a été dressée contre Kadhafi. Aujourd’hui, la Libye est détruite. C’est la diaspora ivoirienne qui sera dressée contre la Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens doivent résister. Laurent Gbagbo incarne ce combat. Et derrière lui, tous les Africains. En soutenant Laurent Gbagbo, les Ivoiriens doivent avoir à l’esprit qu’ils luttent pour la libération de l’Afrique. Qu’ils luttent contre un nouveau plan de recolonisation de l’Afrique à travers certains hommes parachutés à la tête de nos Etats. A ce propos, j’ai eu les larmes aux yeux en lisant le programme politique de Lionel Zinsou. J’ai scanné la page 35 pour vous. Lisez tout ce qu’il y a sur cette page et comprenez la profondeur du mal qui ne se dissimule plus. Quel affront !



« L’engagement révolutionnaire africain face à l’hégémonie occidentale : essai d’analyse de la cabale contre Laurent Gbagbo sous des grilles socialistes »

Soyons sérieux ! Je publie cette page pour ceux d’entre vous qui pouvaient encore douter de la sincérité de notre combat. Le combat pour la libération de l’Afrique. Voilà une preuve formelle et un motif de notre engagement. Laurent Gbagbo est un symbole pour nous. Les signes du temps ne trompent pas. Son procès se déroule lorsque tous ses tombeurs se dévoilent à partir du Burkina voisin. Dieu est avec nous. Dieu a béni notre combat. Dieu nous aidera. Faisons juste le minimum qu’il faut. J’espère que la CPI tirera des dossiers au Burkina, des leçons qui s’imposent. Gbagbo sera libre et avec lui, tous les Africains. Gbagbo est déjà libre car, la vérité est déjà connue. Le 28 janvier 2016, Gbagbo sera soumis à la justice occidentale. La justice des vainqueurs. C’est la justice humaine. Gbagbo n’est plus à ce niveau. C’est l’histoire qui le jugera. En d’autres termes, les juges de la CPI sont incompétents pour juger une icône. C’est l’histoire qui fait l’icône. Luttons pour l’histoire. Nous restons éveillés lors du procès de Gbagbo pour éviter la falsification de notre histoire. Nous restons éveillés pour éviter la mise sous tutelle intellectuelle de l’Afrique. Car, le premier procédé de falsification de l’histoire africaine est l’imposition d’une tutelle intellectuelle à l’Afrique.

Je vous donne un exemple en Côte d’Ivoire. En ce qui concerne la falsification de l’histoire africaine à l’école ivoirienne, Traoré Adama (2014) traite le cas de la Côte d’Ivoire dans un article intitulé : « Falsification de l'histoire dans les manuels scolaires »1. Il s’intéresse aux manuels scolaires d’histoire des classes des collèges de la Côte d’Ivoire édités par le groupe Hatier International et utilisés à « titre exclusif » par l’Education Nationale depuis 16 ans. En ce qui concerne les auteurs, il s’agit d’une «équipe d’enseignants africains » non-identifiée (ou dont on cache l’identité), coordonnée par l’historienne française Sophie le Callennec, qui est aussi l’auteure de manuels d’histoire en usage dans l’enseignement français pour le même groupe d’édition français. En d’autres termes, la même personne conçoit ce que la jeunesse africaine et la jeunesse française devraient savoir du passé. En Afrique, elle se limite aux périodes de la préhistoire et de l’histoire ancienne. Elle ne traite pas de la (dé)colonisation qui mettraient en difficulté la France. On montre une période au cours de laquelle l’Afrique était « à l’ère de la pierre taillée », ce qui implicite que l’Afrique n’a rien apporté à la « civilisation universelle » (Rappelez-vous la déclaration de Sarkozy à Dakar en 2007). Pis, qui sont les « enseignants africains » du manuel d’histoire ivoirien qui contribuent à semer le doute sur la position de l’Afrique comme berceau de l’humanité et de l’écriture ? Selon la découverte de l’égyptologue allemand G. Dreyer faite en 1992, l’écriture la plus ancienne du monde est l’écriture hiéroglyphique ancienne, gravée sur environ 200 « étiquettes » en ivoire trouvées à Abydos, remonte au-delà de 3250 avant l’ère chrétienne, vers 3400.Quels sont ces enseignants qui ignorent l’origine nubienne de la civilisation égyptienne ? Soit on n’a pas le courage de les désigner, soit ils n’existent pas en réalité. On aurait donc fabriqué en France une « équipe d’enseignants africains » fictive pour les besoins de la cause. Mes chers frères et sœurs, restons actifs et ayons à l’esprit que ce n’est pas le combat de Laurent Gbagbo en tant qu’individu que nous menons, mais le combat de l’homme de l’histoire.

Un autre pan de l’histoire que l’on veut cacher est la collaboration entre l’Eglise et le politique depuis l’époque coloniale. Le 31 mars 2015, le prêtre jésuite ivoirien Jean-Claude Djéréké a démissionné du clergé de l’Eglise catholique en dénonçant la Françafrique et la collaboration permanente entre l’Eglise et l’oppresseur politique. Il parlait (1) du silence de l'Eglise catholique sur des crimes, entre autres français, commis dans son pays, (2) d’une Eglise qui lutte pour sa survie au lieu de témoigner la vérité et la justice et (3) d’une Eglise complice de ses bailleurs de fonds (dont la France).

Le prélat s’engageait ainsi à œuvrer contre la totalisation hégémonique qui consiste à dire que les gentils, « c’est Nous les vainqueurs » (côté des bons installés au pouvoir suite aux bombardements français) et les méchants, «c’est Eux les vaincus » (indociles). C’est une pratique de purification connue depuis 1099, date de la prise de Jérusalem, lorsque la France participa aux croisades (guerres saintes ou pèlerinages armés) prônées par l'Eglise (le pape, une autorité spirituelle de l'Occident chrétien ou un souverain comme Frédéric Barberousse).Fort est de constater que la coopération entre le missionnaire et l'armée française a été l'un des moteurs principaux de la colonisation française et que jusqu’à nos jours, l'esprit de croisade se perpétue en France, dont les guerres civilisationnelles en Afrique sont assimilables aux guerres du pape contre les « infidèles » et les « hérétiques » dont les récompenses étaient « spirituelles [sorties honorables et une place au paradis en France]» et des « indulgences [abandon des charges et des poursuites judiciaires] ».

Pour terminer, je ne développerai pas, faute de temps et d’espace (il faudrait un livre) tous les aspects liés par exemples aux politiques de domination derrière les bourses d’études, les loges exotériques, la politique du franc CFA, etc. Je signalerai simplement qu’en Afrique, rares sont ceux qui savent que Béchir Ben Yahmed, le propriétaire de Jeune Afrique, est l’héritier légataire de Jacques Foccart. En clair, en confiant sa communication à cette presse, on se confie sans le savoir au réseau Foccart. Cela veut dire ce que cela veut dire. Je n’oublie pas les actions concrètes du réseau sur le terrain comme les assassinats des nationalistes, les coups d’Etat militaire, électoral et constitutionnel, la guerre en Libye, en Côte d’Ivoire, etc. Je ne ferai malheureusement pas la lecture sous la grille socialiste et marxiste parce que cela nous fera une nouvelle conférence. Je promets de le faire à une autre occasion. Mais, sachez que les marxistes ont évalué leur échec et que nous pouvons en tirer des leçons. Sachez aussi que le temps est plus que propice pour en profiter. Tous les indices sont réunis. Il manque aux Africains d’être sérieux. Il nous reste d’être conscients. Il nous reste d’accepter d’avoir faim. Mais, je sais pouvoir compter sur les amis de Laurent Gbagbo qui se battent encore en Côte d’Ivoire. Je vous dis juste combien je vous admire lorsque vous vivez dans l’humilité du combat. Vous ne pouvez pas savoir ce que je ressentais lorsque je vous voyais lors des réunions de Solidarité pour Laurent Gbagbo manger des arachides, maïs ou plantains grillés. Mince ! Je ne m’imagine pas les anciens responsables de l’Etat camerounais en train d’accepter de garder leur intégrité dans la précarité. Que Dieu vous bénisse cher-ères ivoiriens-nes et que vive le combat pour la libération de l’Afrique. A chaque fois que vous luttez en Côte d’Ivoire, sachez qu’on vous admire ailleurs en Afrique. Ne soyez donc pas désespérés.

 

 

Je vous remercie.

1  Traoré Adama, « Falsification de l'histoire dans les manuels scolaires », Abidjan, Afrocentricity, 2014, disponible sur : https://www.dyabukam.com/index.php/en/spirituality/item/150-falsification-de-l-histoire-dans-les-manuels-scolaires consulté le 24 août 2015.





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