"ça me révolte" par abdoulaye villard sanogo: Chaque monde a sa croissance

Mercredi 3 Avril 2013 - 07:32


"ça me révolte" par abdoulaye villard sanogo: Chaque monde a sa croissance
Ici, il y a deux regards, deux explications de la même réalité pour deux mondes. L’un, fait des bénéficiaires d’un système politique corrupteur et corrompu jusqu’aux os, recrute ses membres sur la base de ce que les Italiens appellent nepostismo. Une doctrine vaticane qu’affectionnaient certains papes qui faisaient des faveurs particulières à leurs neveux, frères, cousins et autres membres de la famille.
Dans ce monde particulièrement sourd et aveugle aux questions de société et à notre survie, on n’a jamais su écrire le mot galère. Du moins fait-on semblant de ne l’avoir jamais rencontrée au détour d’une rue. Anciens et nouveaux riches (surtout) mordent la vie à pleines dents. La chaleur de ces derniers temps, ils ne la connaissent pas. De la maison climatisée jusqu’aux toilettes, ils s’engouffrent dans leurs cylindrées toutes aussi climatisées que leurs bureaux. Même si la CIE s’adonne à son jeu favori de coupure intempestive d’électricité, ils n’en savent rien. Ils ont tout prévu. Un moteur essence, parqué dans un coin de la cour, prend immédiatement le relais.
Dans cet environnement propice au rêve, à tous les rêves, ils peuvent parler, avec fierté, de la croissance qui n’arrête pas de courir pour se hisser au sommet du Mont Korhogo. Mais ne vous y trompez pas ! La croissance, ici, se mesure au nombre de contrats signés de gré à gré, au dépens des nationaux, avec des entreprises étrangères. La croissance se mesure à la hauteur du pot de vin reçu lors de la signature de ces contrats. La croissance, qu’elle soit à 8 ; 9% ou à deux chiffres, est d’abord fonction du dépôt de chacun des membres de ce monde dans sa banque. Une banque généralement située dans un pays industrialisé.
Sinon, comment peut-on raisonnablement parler de croissance à 9% dans un pays au sud du Sahara qui ne compte que sur la France pour boucler son budget annuel alors que la France, elle-même, se démerde pour atteindre, à la fin de l’année, une croissance de 0,3% ?
L’autre monde, le second, est constitué de plus de 98% de la population. Ce sont des élèves, des écoliers, des étudiants, des paysans, des agriculteurs, des planteurs, des ferronniers, des bouchers, des pêcheurs, des enseigants, des médecins, des infirmiers, des vendeuses, des cireurs de chaussures mais aussi des prostituées et des croque-morts.
Pour ce monde, la croissance ramène à une seule réalité : les prix des produits qui croissent sur le marché. Au point que de 1200 FCFA, le kilogramme de viande est passé à 2500 FCFA et le kilo de riz de 500 à 800 voire 1000 FCFA. Mais aussi la banane braisée et la noix de coco qui se vendent aujourd’hui à 150 F au lieu de 50 à 75 F récemment. Comment peut-on oublier, le litre d’huile qui est passé du simple au bouble ? 600 F il y a à peine deux ans, 1200 F aujourd’hui. Voilà ce qui, pour ce monde, est une croissance. Mais pas n’importe laquelle. Une croissance à deux chiffres. Au point de faire dire à un artsite que, s’il y a quelques années 1+1=2, aujourd’hui 1+1=4. La croissance est vraiment à deux chiffres.
Quand dans un pays, le fossé entre l’élite dirigeante et la population vient à être aussi grand que celui que nous constatons ici, c’est que les dirigeants sont des incapables, des corrompus qui finissent toujours par dégager.

Source: Notre Voie du 2 avril 20123

 




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