Youssuf Bakayoko à la tête de la CEI: Quel message ?

Samedi 25 Juillet 2015 - 04:00


Youssouf Bakayoko, président de la CEI
Youssouf Bakayoko, président de la CEI

La crise qui a défiguré la Côte d’Ivoire continue son chemin : les rebelles armés par la France via le Burkina Faso, où ils ont eu leur base arrière, sont devenus FRCI et constituent désormais l’armée nationale. La France est revenue en force à tous les niveaux de la gestion de l’Etat, après un traitement inhumain, qu’elle a organisé avec les puissances étrangères, contre la population ivoirienne ; un traitement de cruauté qui alla jusqu’à l’embargo sur les médicaments ! Le monde des bien-pensants ne mentionnera jamais cet acte de génocide, perpétré par Nicolas Sarkozy et ses amis, sur les Ivoiriens ! Et on continuera d’inonder les esprits de discours ronflants et prétentieux, sur des valeurs qu’on assaisonne au goût de ses intérêts égoïstes et mesquins, dans un monde où les repères sont de plus en plus flous.
 
 

Dans la crise ivoirienne, un des acteurs les plus en vue de la finalisation du chaos s’appelle Youssouf Bakayoko. Cet homme, diplomate de formation et ancien ministre des Affaires Etrangères, a été placé à la tête de la Commission Electorale Indépendante (CEI), par le président Laurent Gbagbo, dans sa quête de compromis pour ramener la paix dans le pays. Et le président Gbagbo s’était encore trompé, de croire en la capacité d’une personnalité de ce niveau de compétence, de mesurer l’impact de ses actes sur le pays et ses populations, au-delà de sa personne ! A la fin du scrutin présidentiel, Youssouf Bakayoko se retrouva au quartier général du candidat Alassane Ouattara, et proclama, en toute illégalité, un résultat totalement faux. La suite, ce furent les bombardements de l’armée française, « pour la protection des civils » contre « l’armée de Gbagbo ! » De jeunes Ivoiriens, massés autour de la résidence du chef de l’Etat, pour faire dissuasion, furent massacrés : ils croyaient, espéraient, ces jeunes gens, que les autorités françaises et américaines, qui donnaient les ordres, prendraient en considération le fait qu’ils étaient humains et désarmés, pour ne pas autoriser leurs soldats à utiliser les armes de guerre dans leur avancée vers la résidence présidentielle : ils ne pouvaient pas soupçonner le niveau de racisme prononcé de ces dirigeants occidentaux, qui semblent croire que leurs peuples seuls constituent la race humaine ! Ces jeunes gens furent massacrés par milliers, sans gêne aucune, par l’armée française ! Les soldats français arrivèrent dans la résidence, achevèrent de la détruire et arrêtèrent le président Laurent Gbagbo, avec tous ceux qu’ils trouvèrent vivants dans les décombres, pour les remettre aux rebelles. Et le chaos s’amplifia. Aujourd’hui encore, la Côte d’Ivoire continue de pleurer ses morts et disparus. Et le pays vit avec le deuil, mais également dans la séparation d’avec tous ses fils et toutes ses filles contraints à l’exil, au mépris, comme depuis le début, des prescriptions de la constitution ivoirienne. Un climat de malaise généralisé plane depuis sur le pays…
 
 

C’est dans cette atmosphère de grande incertitude que l’on parle d’aller aux élections, en choisissant des adversaires qui ne pèsent rien à celui que « la communauté internationale » dirigée par les USA a installé au pouvoir. On parle d’associer les autres acteurs politiques, en dehors de ceux qui sont au pouvoir, à la gestion des questions électorales ! On parle même d’élections démocratiques. Pourtant, tout porte à croire qu’on accentue davantage les moyens de réaliser une OPA sur le scrutin. Car, au lieu de chercher à trouver les moyens de mettre d’accord les acteurs politiques, on s’acharne à œuvrer unilatéralement, dans la logique du rattrapage ethnique, mais pire encore en conservant les acteurs symboles de l’accomplissement des actions allant à l’encontre du respect de la norme, le respect des règles et procédures prescrites. L’un des exemples les plus parlants en la matière, c’est le nommé Youssouf Bakayoko ! Quel message veut-on livrer en maintenant cet homme à la tête de l’institution ?
 
 

En direction de l’opinion nationale et internationale :
 
 

Alors que tout le monde sait aujourd’hui que Youssouf Bakayoko s’est rendu coupable d’une infâme dérogation aux lois et principes auxquels l’astreignait sa position de président de la CEI, pour proclamer des résultats autres que ceux des urnes, a-t-on l’intention de faire une prime à l’imposture, le régime nous ayant habitué à porter au pinacle les rebelles et autres personnes réfractaires aux lois et règles de vie commune ? SI tel est le cas, tout le temps passé à la tête de la CEI n’a-t-il pas suffi à récompenser cet homme pour sa forfaiture ? Tout comme l’autre, son illustre prédécesseur, BEugré MAmbé, qui se retrouve nommé gouverneur du District d’Abidjan, après être resté au frais à Paris, plusieurs mois, à la suite d’une rocambolesque affaire de tricherie (il fut pris la main dans le sac en train d’ajouter des électeurs fictifs pour le compte d’Alassane Ouattara) à la même CEI, où il occupait le poste de président avant Bakayoko ? Quel est l’intérêt d’une politique d’encensement du mauvais comportement ? La prime à l’imposture ! Et, comme tout le monde sait qu’«un chien ne change pas sa façon de s’asseoir», et que « qui a bu boira », il est évident qu’on ne peut rien attendre de meilleur de la part du sieur Bakayoko. D’ailleurs, ceux qui veulent le maintenir à ce poste peuvent ils rechercher autre chose que de lui faire rééditer « son exploit précédent » ? Personne n’attend de la tortue qu’elle fasse de rejetons poilus ! A quoi servent donc les actes d’encouragements à la forfaiture ?
 
 

En direction de la jeunesse, qui n’a presque plus de repère :
 
 

Le message serait-il d’inviter nos enfants à poser des actes malhonnêtes, pour être bien vus dans la société ou se préserver des représailles ? Quelqu’un m’a dit un jour, en riant, qu’ « il vaut mieux danser avec les loups pour éviter d’être mangé par eux ! » Je me rappelle lui avoir rétorqué, en riant aussi, que « lorsque vous dansez avec les loups, c’est qu’ils vous ont déjà mangés et que vous n’êtes plus que la conséquence de leur digestion » : dans leur estime, ils vous mettent là où on met les restes de la digestion !... Veut-on que toute notre jeunesse n’ait d’avenir que de devenir les restes de la digestion des autres ? A ce jeu, on est sûr de formater une société de gens dont la dignité ne se résume qu’au confort physique, le matériel, c'est-à-dire à rien, le matériel étant dangereusement périssable !
 
 

Au cas où ce serait vraiment des messages d’encouragement à la malhonnêteté, des appels aux actes d’imposture, le maintien du même homme à la tête de la CEI, pour un résultat préconçu signifierait-il qu’on ne trouverait plus, dans toute la population ivoirienne, une autre personne capable d’actes à la hauteur de la félonie de Youssouf Bakayoko ? En même temps qu’il faudrait s’en réjouir, il faut craindre de nous retrouver avec des actes bien pires que ceux qui ont déjà été posés, Youssouf Bakayoko ayant une bonne avance dans les actes de malhonnêteté, et une grande expérience, avec son attitude de cynique hypocrisie.
 
 

Dans un pays à construire, un pays qu’on voudrait « émergent », il est vraiment regrettable que le quotidien ne cesse de dévoiler des situations, toujours les mêmes, de veulerie où l’ivraie devient la mesure, la référence même ! Ceux qui ont la charge de la communauté semblent sourds à l’appel du bon sens et de la raison, s’enfermant dans des attitudes d’un égoïsme puéril, parce qu’incapables de comprendre que la vie ne s’arrête pas à aujourd’hui, et qu’on n’est vraiment heureux que lorsqu’on peut partager la joie et la bonne humeur avec l(es)’ autre(s).
 
 

Que Dieu nous assiste !
 
 

Bédi Holy
 
 

 





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