Visite guidée à Mama :La résidence de Gbagbo entièrement pillée et inhabitable

Ouragahio, sous-préfecture d’origine de Laurent Gbagbo est encore sous le choc. A l’origine de la situation, un article-fiction du quotidien Le Patriote, alléguant que la résidence du chef de l’Etat renversé est devenue une maison de joie. Nos reporters se sont rendus à Mama pour se rendre compte de ce qui s’y passe. Ils racontent leur visite guidée des lieux.

Samedi 23 Août 2014 - 07:29


Le plancher fait de marbre est glissant. Il est désormais recouvert de flaques d’eau qui tarissent et laissent, dans leur lit, une tâche noire faite de mousse verdâtre et de moisissure. Du côté gauche du couloir conduisant à l’intérieur du bâtiment, des herbes poussent contre le mur. Au bout du couloir, se dresse le cadre vide d’une porte désormais béante dont la vitre blindée a été soufflée par une roquette. Nous sommes au «  niveau supérieur » de la résidence du président Laurent Gbagbo à Mama, son village natal. Il est 8 heures, ce lundi 28 juillet 2014. Et selon le guide, nous sommes précisément « devant la chambre à coucher » de celui que les Occidentaux gardent prisonnier, loin de son pays à La Haye. Mais il faut contourner ce cou- loir impraticable et passer par une grande porte ouverte pour avoir accès à la chambre. « Cette porte-ci, en revanche, a été ouverte à l’aide d’un pied de biche. Et comme vous le voyez, les serrures ont été emportées », explique ‘’le gouverneur’’ Paul Djouga Koudou, notre guide et gardien des lieux. A l’intérieur de ce qui fut la chambre à coucher de Laurent Gbagbo, se trouve un énorme tas de restes d’appareil électro- ménagers, de squelettes de lit, de coques de réfrigérateurs géants, de meubles divers et autres pièces hors d’usage. « Voici ce qui reste de la chambre du président », lâche Gouverneur. Jusqu’au niveau supérieur, les autres chambres visitées présentent les mêmes caractéristiques : soit la porte est arrachée, soit elle est ouverte. Mais dans tous les cas, les serrures ont disparu. Car comme l’indique notre guide, «pendant les trois premiers mois qui ont suivi l’arrestation du président Gbagbo en avril 2011, presque tous les jours, la résidence a été visitée par des personnes, avec des camions. A ce moment-là, les populations fuyant la furia des combattants du nouveau régime  étaient en brousse ». Il est 9h04, quand on arrive au niveau supérieur de la maison de Laurent Gbagbo. Et à mesure que dure la visite guidée, elle prend une allure d’amertume pour le gouverneur. Dans les décombres de meubles, de carcasses d’appareils et de vitres brisées jonchant le sol, on distingue à peine le lit du chef de l’Etat renversé. «Comme dans toutes les chambres, les matelas et les autres accessoires ont été em- portés », indique le gouverneur. Le constat est d’ailleurs sans équivoque  : au rez-de- chaussée comme à l’étage, la résidence du président Laurent Gbagbo a été éventrée. Les chambres, salons marocains et africains, salons privés, salles d’attente ou de réunions  ; les salles de détentes ou de gymnastique, salles d’eau, bibliothèques, bureaux, les niches d’électricité, les placards, etc., sont vides. Toutes les pièces de la maison ont subi le vandalisme de hors-la- loi qui étaient censés prendre le pouvoir à Abidjan. Par les armes. C’est quand ils eurent fini de tout piller que la poignée de travailleurs qui restaient encore à la résidence a repris possession des lieux. Pour une mission très simple : «On a balayé des pièces et amassé, comme on peut, le reste des meubles et autres objets dans quelques endroits», indique le guide. Et depuis, des précautions mises en place rendent la résidence impossible d’accès à tout étranger. La porte principale est condamnée de l’intérieur. «Voyez l’impact des roquettes tirées contre cette porte. Tout est bousillé et, en attendant que le mur et la porte soient réparés, nous avons condamné la porte de l’intérieur», explique le gouverneur. Et c’est en contournant la résidence que nous y avons accès. Cette porte secondaire est désormais la seule voie d’accès à la résidence de Laurent Gbagbo. Elle donne sur la maison de fonction du personnel, la seule maison habitée et unique point d’activité dans le grand domaine de Laurent Gbagbo. De la cour du gouverneur, on aperçoit trois immenses containers de 40 pieds. « Il y avait des matelas, des marmites et des assiettes là- dedans», indique le maître des lieux. Mais l’intérieur du « 40 pieds » est à présent envahi par les herbes, tout comme le sont la cabane où se trouve le groupe électrogène, le château d’eau du gouverneur Koudou et la petite station privée qui alimentait la résidence en carburant. Tous sont désormais hors d’usage. 9h30, fin de la visite de la nouvelle résidence. Cap sur la maison que Laurent Gbagbo avait construite quand il était député de Ouragahio. Franchir les 200 mètres qui séparent les deux maisons relève d’un parcours du combattant. La pelouse a poussé, on ne sait depuis combien de saisons, mais surtout favorisée par ces temps de grandes pluies. Au passage, le gouverneur et ses collaborateurs dégagent quelques branches ici et là. «Vous le constatez, il est quasiment impossible d’accéder à la petite maison aussi », fait noter le gouverneur en rappelant les difficultés pour accéder à la résidence que nous venions de quitter. Au pied de la première maison de Laurent Gbagbo, il se dégage un sentiment d’abandon des lieux. A l’intérieur, même spectacle de désolation. Ici beaucoup plus qu’à la résidence déjà visitée, les meubles et tous les objets restant après le passage des miliciens pro-Ouattara sont exposés à la moisissure. Dans toutes les pièces, se trouvent aussi des restes de machines et autres objets. Des livres jonchent le sol, des termitières poussent contre les murs. Le gouverneur explique que la situation de la petite maison est plus inquiétante que celle de la résidence principale, faute de personnel. «Ceux qui étaient sous contrat à durée déterminée ont été libérés. Il ne reste plus qu’un chauffeur, un maître d’écurie et 5 personnes commises à l’entretien de la grande maison ». Résultat, la maison est quasiment envahie par les herbes et par la pelouse, comme toute la cour. Si bien que de la petite mai- son au hangar implanté dans la cour, il faut traverser une «  forêt  », coupée récemment, pour y arriver. C’est sous ce hangar-là que le couple Gbagbo recevait jadis ses nombreux invités. Il se présente désormais délabré, abandonné aux oiseaux et autres insectes. Au milieu, est garé un tracteur. «C’est cette machine qui coupe les herbes. Elle a été épargnée parce que les pilleurs n’ont pu la mettre en marche », confie le guide, avant d’ajouter que plusieurs autres petits engins pour nettoyer la vaste cour du président Laurent Gbagbo ont été emportés. «Mais, même si les machines étaient encore en bon état, il faudrait du personnel pour travailler à l’entretien de la cour, ce qui n’est pas possible aujourd’hui», conclut le guide. De la résidence au hangar de l’ancienne maison des Gbagbo, il faut fournir un effort surhumain pour traverser les hautes herbes. Il en faut davantage pour arriver au portail  principal condamné et cadenassé de l’intérieur. « Faute de personnel, on n’ouvre que très rarement le portail officiel du domaine. Car ici, les activités sont au point mort », fait constater le gouverneur. 9h40, fin de la visite guidée de la résidence de Laurent Gbagbo. Les deux maisons bâties à Mama par les Gbagbo sont hors d’usage. Le gouverneur cache à peine son envie de crier encore et encore « au mensonge, à la manipulation, à l’indécence ! ». Car depuis le mardi 22 juillet 2014, ses quelques collaborateurs et lui sont sous le choc d’un article du quotidien Le Patriote, prétendant que « la maison de Laurent Gbagbo à Mama, est de- venue un hôtel de passe ». Tout comme le gouverneur et ses collaborateurs, toutes les populations de Mama et au-delà, celles de la sous-préfecture de Ouragahio, se déclarent «choquées» par la méchanceté déployée par la tribu de Ouattara contre les Gbagbo. Surtout que dans l’article-fiction qu’il a livré au public, le journal du Rassemblement des Républicains (RDR, parti au pouvoir) dit rapporter les propos d’un couple alléguant avoir passé la nuit dans le lit de Gbagbo, moyennant la somme de 2000 FCFA. « Faux !», avait réagi le gouverneur. « Faux !», confirme- t-il ce lundi de ramadan. Pour la simple raison que, nous l’avons constaté de nous-mêmes, le domaine du président Gbagbo, mêmes pillée et mise en ruines par les voleurs à la solde de Ouattara, n’est pas accessible à tout venant. Quant à la chambre à coucher de l’ancien chef de l’Etat, elle est impraticable. Sans lit .


Armand Bohui bohuiarmand@yahoo.fr (Envoyé spécial à Mama)

in Notre Voie du 31 juillet 2014
Edition spéciale / N° 001 du jeudi 21 août 2014




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