Visite de Ouattara au nord: Quand les bourreaux se prennent pour des "sauveurs"

Après 26 mois de pouvoir, Ouattara a enfin décidé de poser les pieds au nord. Cette partie septentrionale de la Côte d’Ivoire, on le sait, a connu ces dix dernières années, une horrible histoire. 10 années de prise d’otage, de braquage des terres et des libertés, dix années de destruction et de pillage au profit d’illuminés abusivement appelés «  sauveurs  ». Ces «  sauveurs  », ce sont ceux qui foulent aujourd’hui les terres du nord. Ont-ils réellement lutté pour le nord qu’ils disent être exclu  ? Ne sont-ils pas en réalité les bourreaux du nord  ?
De la charte du nord au MPCI, une lutte pour la destruction du nord

Jeudi 4 Juillet 2013 - 10:10


Alassane Ouattara, lors de sa visite au Nord de la Côte d'Ivoire
Alassane Ouattara, lors de sa visite au Nord de la Côte d'Ivoire
Pour que le nord tombe en ruine, il a fallu que dans l’antichambre, naisse un pacte dangereux pour la cohésion sociale. La charte du nord (diffusée sous forme de tracts dès 1991) fut la vaste cour censée rassembler les filles et fils du nord. Le rassemblement annoncé devait logiquement se faire autour d’une personne  : Alassane Dramane Ouattara. Il est même précisé  : «  la défense d’Alassane figure en bonne place parmi nos objectifs  ». Les promoteurs de cette charte avaient déjà leur petite compréhension du terme «  défense  ». Il ne s’agissait pas en effet, d’une défense pacifique, mais plutôt guerrière. Et pour le faire, ils avaient un espace géographique, des ressources humaines, logistiques. Feu Lamine Diabaté, membre fondateur du RDR, avait vendu le secret en 1995 lors d’un meeting à Odienné  : «  Mais ils ne nous connaissent pas… c’est avec des fusils et des balles que nos parents ont conquis cette terre (le nord)...nous avons aussi nos hommes dans l’armée  ». Ce message qui annonçait officiellement la destruction du nord, donna jour au Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), conduit par Soro Kigbafori Guillaume, fils du Nord. Le MPCI était en majorité composé de nordistes et d’un gros contingent de combattants burkinabè. La composition de ce mouvement rebelle répondait à l’esprit et à la lettre de la charte du nord. Le mouvement rebelle fonctionnait comme l’aile armée du parti de Ouattara. Donc c’est tout naturellement qu’il n’existait pas de visa pour passer du RDR au MPCI et vice-versa. D’ailleurs, les «  cadres  » du MPCI ont été «  déversés  » dans leur organisation d’origine qu’est le Rassemblement des Républicains d’Alassane Ouattara. Au delà des revendications fantaisistes, le mouvement rebelle avait deux objectifs  : Installer Ouattara au palais du plateau et restaurer la dignité bafouée du nord. En effet, le rassemblement dont parlait la charte du nord signifiait œuvrer à donner le pouvoir politique à Ouattara et par ricochet à l’ensemble des ressortissants du nord. En outre, selon les promoteurs de la charte, le pouvoir central avait exclu cette partie du territoire national. Il fallait donc réparer l’injustice. Mais qu’ont-ils fait à la naissance de leur mouvement rebelle  ? Lorsque le mouvement rebelle pro-Ouattara s’installe au nord, il allie exécutions sommaires, chasse au non-nordistes, vols (1308 milliards constituent le fruit des casses des agences de la BCEAO en 2003), expropriation et pillage systématique des ressources minières de la région. Ceux des nordistes réfractaires aux hérésies des rebelles pro-Ouattara sont traités comme les «  Kafri  » non ressortissants du grand nord. Tous les programmes de développement au profit du grand nord, sont mis en berne. Les fonds alloués aux Conseils Généraux (délocalisés au sud), ne servent en réalité plus à l’investissement mais plutôt au fonctionnement de ces entités décentralisées. Le taux d’analphabétisme prend l’ascenseur bien que quelques enseignants volontaires firent l’effort de sauver les meubles. L’administration étant absente sur le territoire occupé par les hommes de Ouattara, c’est tout naturellement que les impôts et taxes échouèrent dans le patrimoine des rebelles. En lieu et place de la restauration de la dignité du nord, ce fut l’instauration de la destruction du nord et la course à l’enrichissement des rebelles. En 10 ans, l’administration rebelle n’initia aucun projet de développement fiable au nord. Toutefois, quelques ONG s’essayèrent, avec l’appui de partenaires extérieurs, à réhabiliter des pompes hydrauliques villageoises, des dispensaires etc. Mais cela ne pouvait nullement combler les énormes attentes des populations séquestrées. Le cynisme du bloc rebelle les poussa à exploiter cette paupérisation lors des campagnes présidentielles de 2010.


Du rattrapage ethnique à la déportation des pro-Gbagbo, une stratégie de destruction du nord

Après le refus de Ouattara d’accepter les résultats des élections présidentielles définitivement proclamés par le Conseil Constitutionnel, Ouattara déclencha une crise postélectorale. Une fois installé par la coalition Onuci-Licorne, il s’exerça à inventer et mettre en œuvre une idéologie ségrégationniste  : le rattrapage ethnique. Selon lui, il s’agit de faire la place à 40% de nordistes exclus sous la gouvernance Gbagbo. En clair, Ouattara a décidé de créer le mythe de la supériorité ethnique de son clan. Mais ce qu’il oublie c’est qu’il développe une thèse qui, à la longue, se retournera contre les nordistes qu’il prétend tant aimer. La thèse du tribalisme ou de la supériorité ethnique est dangereuse pour ses bénéficiaires pour deux raisons. Premièrement, elle impose aux exclus, le sentiment d’être des victimes. Par exemple, de nombreux travailleurs ont soit perdu leurs emplois, soit été rétrogradés au profil de nordistes. Il n’y a qu’à prendre le seul exemple de la RTI pour s’en convaincre. En second lieu, en cas de changement de régime, les 40% (chiffre de Ouattara) peuvent se retrouver sur le chemin du vagabondage dans la mesure où Ouattara a déjà montré la voix aux générations à venir. Dans ce cas quelle couleur aura l’administration ivoirienne  ? Sera- t-elle exclusivement nordiste au sudiste  ? Pour l’heure, notons que Ouattara a «  nordisé  » l’administration ivoirienne. Du bas de l’échelle au sommet, les nordistes se taillent la part du lion. Est-ce le grand rassemblement des nordistes annoncé par la charte du nord qui continue  ? De toute évidence, l’esprit de cette charte se voit au travers des différentes nominations. Tout cela contribue à détruire le grand nord car, on ne se sert pas d’une région pour asservir les autres mais au contraire on agrège les régions pour former et fortifier la nation. Cela, Ouattara semble l’ignorer, lui qui fait du nord la prison à ciel ouvert de ceux qui ne sont pas de son clan. Quelle est la perception qu’une grande partie de la population a aujourd’hui du nord  ? En plus du fait qu’on croit en la «  dioulatisation  » de l’Etat, la population exclue estime que le nord a été transformé en un enfer pour les pro-Gbagbo. Tous les grands leaders de l’opposition, amis et camarades du Président Laurent Gbagbo, arrêtés ou enlevé, ont été déportés au nord. Pourquoi le nord  ? N’existe-t-il pas un endroit autre que cette région pour accueillir les damnés du régime  ? Que comprendre à travers le choix de Ouattara  ? On pourrait apporter plusieurs explications. Mais l'explication qui demeure plausible est celle consistant à dire qu’il s’agit de donner au nord, des personnes qui ont longtemps tenté d’exterminer le nord.  En effet, Ouattara, ses suiveurs et autres soutiens ont, durant des années, expliqué aux populations du nord que Laurent Gbagbo et le FPI sont leurs ennemis. Or la grande fierté pour un ennemi est de voir à ses pieds, celui qu’il a affronté lors de combats. Ouattara a donc bien choisi l’itinéraire des prisonniers, au golf Hôtel à ses pieds, puis au nord dans son fief. C’est donc un motif de fierté pour les fondateurs de la charte du nord, le MPCI, le RDR, tous des ressortissants du nord. Mais quel dividende recueille le pouvoir en agissant ainsi  ? Aucun, à part aiguiser les récriminations des victimes, la haine gratuite et le désir de vengeance. Ouattara expose donc dangereusement le nord qui ne lui est pourtant pas totalement acquis. Il a pris cette zone en otage par le biais de la charte du nord et ses rebelles du MPCI-FN.

Ceux qui se présentent comme les sauveurs des nordistes sont en réalité les bourreaux de ce peuple. Ils le furent durant leur carrière à l’opposition civilo-armée, ils le sont depuis qu’ils ont été imposés au peuple de Côte d’Ivoire. Leurs gestes au nord ressemblent à ceux de Mobutu Sese Seko qui, après avoir été le bourreau de Patrice Lumumba, fut celui qui l’éleva à la dignité d’héros national.


Alain Bouikalo




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