Visite annulée de Poutine: la presse russe évoque un climat de Guerre froide

CIVOX.NET
Mercredi 12 Octobre 2016 - 13:11


Le président russe Vladimir Poutine a annulé, mardi 11 octobre, sa visite prévue en France, dans le contexte des tensions diplomatiques autour de la situation en Syrie. Un sujet que le président français François Hollande voulait aborder mais que le leader du Kremlin a préféré éviter. Un rafraîchissiment diplomatique qui indigne la droite parlementaire française et fait la Une des journaux russes.

Pour la presse russe, cette annulation est une décision sans précédent dans les relations bilatérales. Un geste grave qui rappelle l’époque de la guerre froide, commente l’analyste Fiodor Loukianov tandis que pour le journal Kommersant, la fermeture de ce canal diplomatique pourrait accélérer la formation d’une coalition occidentale contre Moscou. Pendant la crise ukrainienne, le président français jouait le rôle de médiateur, il menait une politique indépendante par rapport à Obama mais cette fois, François Hollande a refusé d’accepter la logique de Moscou.

Dans une tribune publiée par un autre journal russe, l’analyste Andreï Kolesnikov écrit que depuis mars 2014, les dirigeants russes ont brulé presque tous les ponts vers l’Occident. Certes François Hollande ne s’y est pas pris de la meilleure façon s'il avait envie de parler à Vladimir Poutine, mais cette affaire montre surtout à quel point la Russie et son président n’ont aucune envie de respecter les règles en vigueur chez leurs voisins. C’est une diplomatie basée sur l’émotion, sans stratégie ni tactique. L’analyste écrit « Poutine dit encore aux Européens: "je fais ce que je veux et ce n’est pas votre cas à vous, vassaux des Etats-Unis à la souveraineté limité". Moscou a choisi de se retrouver sans intermédiaire dans la confrontation avec Washington ».

La droite française s'indigne

En France, l'opposition s'en est donnée à coeur joie pour critiquer François Hollande à commencer par le chef des députés Les Républicains, Christian Jacob. « On est dans de la diplomatie d'opérette. On a l'impression d'avoir un adolescent qui fait part de ses états d'âme sur son compte Facebook. »

Son collègue Pierre Lellouche craint déjà le retour de la Guerre froide. « Est-ce qu'on a avancé sur la solution en Ukraine ? Est-ce qu'on a avancé sur la situation en Syrie ? Non. Est-ce qu'on a besoin d'une nouvelle Guerre froide avec les Russes aujourd'hui en Europe ? C'est folie ! »

Dans le camp du chef de l'Etat, on minimise. Pour le socialiste Sébastien Denaja, ce n'était pas le bon timing pour rencontrer Vladimir Poutine. « La crispation notamment entre la France et la Russie est telle aujourd'hui que cette visite n'aurait de toute façon pas pu se dérouler dans des conditions telles qu'elles étaient prévues initialement. Donc je pense que ce report est une bonne chose. »

Un simple problème d'agenda donc. Mieux, l'hésitation de François Hollande serait en réalité une tactique aux yeux du député PS Olivier Faure. « En diplomatie, vous savez bien qu'il y a une graduation et que cette hésitation est une façon de faire passer un message disant : "je ne recevrai pas Vladimir Poutine dans les conditions dans lesquelles on reçoit un chef d'Etat partenaire, ami, de manière classique. »

Occasion manquée ou coup de pression ? La droite aura en tout cas oublié un moment sa primaire .

Poutine disposé quand Hollande sera « à l'aise »

L'annulation de la visite du président russe Vladimir Poutine à Paris a été annoncée quelques minutes avant que son homologue français, François Hollande, ne prenne la parole devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe à Strasbourg. Il a parlé de la situation des droits de l'homme dans le monde, et il a évoqué avec force les victimes civiles de la guerre en Syrie, notamment celles qui ont perdu la vie récemment à Alep, dans les bombardements du régime de Bachar el-Assad et de l'aviation russe.

Or, justement, le président français voulait parler de la Syrie au leader du Kremlin. Paris et Moscou ont un désaccord majeur à ce sujet, a notamment souligné François Hollande dans son discours devant le Conseil de l'Europe. Ce désaccord a atteint probablement son point culminant samedi soir aux Nations unies, lorsque la Russie a opposé son veto à la résolution française appelant à l'arrêt des bombardements sur Alep.

Après plusieurs jours d'hésitations à propos de cette visite, l'Elysée a « fait savoir mardi qu'une réunion de travail avec le président russe était possible sur la Syrie, à l'exclusion de tout autre événement » officiel pour François Hollande. Le déplacement du Russe dans la capitale française était initialement destiné à l'inauguration d'une grande cathédrale orthodoxe. Vladimir Poutine a pris les devants et a décidé d'annuler ce déplacement prévu pour le 19 octobre. Mais, a précisé à Moscou le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, il reste « disposé à se rendre en visite à Paris lorsque le président Hollande se sentira à l'aise » pour le rencontrer.

« Un calcul de politique intérieure »

Pour Pierre Lorrain, journaliste, écrivain, spécialiste de la Russie, la décision de François Hollande a été prise, certes, en raison de la situation en Syrie, mais pas seulement. « Il s'agit,soutient le chercheur, d'une volonté française de se démarquer de Vladimir Poutine, en raison de la situation en Syrie, et plus particulièrement à Alep. Et ça se situe dans le cadre de la politique franco-française, et cela n'a pas grand-chose à voir avec la politique internationale. Je crois qu'aujourd'hui, dans la perspective éventuelle de sa candidature aux primaires de la gauche, et sans doute à la présidentielle de l'an prochain, il semble pour le président Hollande déplacé de recevoir Vladimir Poutine parce qu'il risque de se priver, en le faisant, de certains des soutiens, de mouvement, de gauche, du centre en particulier, qui sont relativement anti-poutiniens. Donc il s'agit simplement d'un calcul de politique intérieure : la France ne recevra pas le président Poutine qui apparaît comme un personnage encombrant. »

« Il y a bien une Guerre froide avec la Russie »

Pour Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’Institut Thomas Moore, la nouvelle montée de tension dans les relations franco-russes s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle guerre froide, due au conflit géopolitique avec la Russie, autour notamment de l’Ukraine et de la Syrie. « De la part de la Russie, il y a la volonté de consolider le pouvoir de Bachar el-Assad parce qu'il est véritablement l'homme qui garantit à leurs intérêts géostratégiques sur place. La Syrie, ça leur permet de reprendre pied au Moyen-Orient, de reconstituer toute une stratégie de puissance vis-à-vis de l'Occident. Au fil des mois la diplomatie américaine finalement s'est épuisée en la personne de John Kerry à chercher un terrain d'entente, alors que cette volonté de dénouer le conflit syrien n'est pas partagée. En toile de fond en fait, on a une nouvelle guerre froide. Il y a encore quelques mois, on était encore dans le déni. Les uns et les autres passaient leur temps à expliquer que ce n'était pas une nouvelle guerre froide. Et donc d'un point de vue freudien, cette répétition était quand même suspecte. Mais il y a bel et bien un conflit géopolitique avec la Russie, d'abord sur l'Ukraine. Ensuite, on a eu un déplacement finalement du théâtre de cette nouvelle guerre froide vers la Syrie. La France est partie prenante de ce conflit. »

La presse française critique les hésitations de François Hollande

« La diplomatie est un art subtil. De ce point de vue, François Hollande a eu tort, samedi, de se poser des questions sur le fait de recevoir Vladimir Poutine. Car on s'expose au risque d'une réponse condescendante », assène Guillaume Goubert, dans La Croix. Jacques Hubert-Rodier, dans Les Echos, se montre virulent : « cette fois-ci, François Hollande a commis une lourde faute face à l'homme fort du Kremlin: celle de l'hésitation ». « Une hésitation qui a fourni sur un plateau au maître du Kremlin un prétexte pour reporter sa visite », regrette-t-il.

« Les hésitations de François Hollande ont eu l'effet d'un soufflet. Prenant acte de l'affront, Poutine, lui, n'a pas tergiversé », constate Patrick Saint-Paul, du Figaro. « L'affaire relève d'un positionnement diplomatique nuancé. Mais, en diplomatie, les nuances comptent, elles parlent », rappelle enfin Le Monde, dans son éditorial.

RFI

 




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