Violation de la Liberté de la Presse–Lettre à Joseph Titi Gnahoua, Prisonnier du 29 Juillet

Mercredi 12 Août 2015 - 06:47


Cher Titi Gnahoua,
 
Maintenant que la "tempête" qui ne s’est pas réellement levée tout autour de toi s’est calmée et que la pression sur tes nerfs est tombée, je me permets un devoir. Cette convenance morale, n’est pas un alignement par esprit de corps, ni une expression de pitié à ton endroit. Car, tu es un combatant. Ma solidarité est humaine.
C’est avec ces mots qui précèdent que j’ai ouvert ma lettre à toi. Au moment de te l’envoyer, j’ai appris par voie de presse que le CNP a "suspendu de parution, les quotidiens Aujourd’hui dont tu es le Directeur de publication et Le Bélier Intrépide pour 21 parutions pour le premier et 26 parutions pour le second, et infligé des blâmes assortis de mise en garde aux quotidiens LG Infos et Le Quotidien d’Abidjan."
Malgré cette nouvelle situation, je n’ai pas révisé pas ma lettre.
Cher Ami Titi, sache que tu n’es qu’au début des épreuves dans la mesure où, tu t’es approprié l’exercice de la liberté d’expression qui est un droit fondamental inscrit à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ainsi donc, "Parler sans crainte: assurer la liberté d’expression" est ton créneau. Un devoir. Une contribution à "la bonne gouvernance, au développement, à la paix et à la sécurité."
En te persécutant, le Conseil National de la Presse attaque le droit des Ivoiriens de savoir la vérité. Cette hargne ne me surprend pas. Le système installé en Eburnie n’admet aucune contradiction. Il exige à tous et à chacun une dévotion obséquieuse. Et ne lésine pas sur les moyens de rétorsion contre les réfractaires. Tes écrits au style simple, presque élémentaire, à la lecture aisée, dérangent.
D’ailleurs, la liberté de la presse n’était déjà pas le point fort de la Côte d’Ivoire depuis Avril 2011. 159è au classement mondial de la liberté de la presse 2011-2012 dressé par "ses" amis de Reporter Sans Frontière. Une chute de 41 places par rapport à la "dictature" du président Gbagbo.
Ce rang ne m’étonne ni ne m’offusque. C’est même normal. Puisque Ouattara prend soin de ne pas laisser la liberté de la presse mettre son trône en péril. Néanmoins, tu t’es essayé. Ta plume à cracher la goutte d’encre qu’elle n’aurait pas due. Celle qui expose et décortique le dossier de la DGSE contre( ?) Ouattara.
Cher Titi, en dévoilant ce document qui a provoqué l’ire de Magellan, tu as cru de bonne foi, faire ton devoir d’informer. Je ne sais pas si tu crois au contenu de ce document. Penses-tu que son éclosion peut bousculer les mentalités dans la classe politique dominante en France ou en Côte d’Ivoire, ou accélérer la prise de conscience des Ivoiriens à s’organiser pour se libérer du joug de la dictature du régime?
Moi, je suis sceptique. Il me parait que cette fuite d’information à quelques mois des élections, est un stratagème pour endormir la vigilance et l’engagement des Ivoiriens friands de rumeur et obsédés par le désir justifié de se débarrasser de Ouattara, à prendre leur destin en main pour chasser ce dernier du pouvoir. La logique de cette stratégie, consiste à nourrir les Eburniens de petites informations salées que la presse nationale s’active à gonfler. Le fait le plus récent c’est la question de la transition jetée comme un os aux chiens de rue que la presse s’est empressée à ronger dans tous les sens.
Cher Gnahoua, réfléchi avec moi. Si Ouattara était si répugnant, pourquoi les Français ne mettent-ils pas sur la table la question de son inéligibilité, au lieu de ruiner le temps avec une supposée transition qui, si elle est mise en route le maintiendrait toujours en course?
Cher Frère, au début de ces lignes, j’ai parlé d’une tempête qui ne s’est pas construite autour de toi. Je m’explique. Je m’attendais à voir se dresser autour de toi un mur de résistance de ta confrérie. Je m’attendais à lire des mots chocs et voir des dessins de presse impressionnants dénonçant les violations de la liberté d’expression dans ton pays. Je m’attendais que les "unes" de la presse Ivoirienne des 29 et 30 Juillet traduisent l'onde de choc qui traverse le pays depuis l'attaque franco-onusienne qui a finalisé la destruction des institutions et les libertés difficilement acquises dans ce pays déjà défiguré par la rébellion. J’avais cru que je lirais une presse collective fustiger une atteinte à la "liberté." J’avais peut-être ignoré ou feint d’ignorer que la presse Ivoirienne et une presse querelleuse. Une presse sans vision depuis bientôt cinq ans. Une presse de haine. Une presse de subordination.
Mon Cher Frère Joseph, que la presse nationale et étrangère soit amorphe et aphone, je peux, sans lui trouver une excuse, la comprendre. Mais que les Nations Unies qui ont "adopté un plan d’action sur la sécurité des journalistes dans l’objectif d’éveiller les consciences et d’encourager la prise de mesures concrètes pour permettre à ces derniers de travailler dans un environnement libre et sûr," aient mis leur large microphone en off, c’est simplement scandaleux.
Là aussi, cher Ami, je n’ai jamais rien attendu de concret de cette organisation. Ouattara est sa fabrication. Le produit de ses entrailles. Si l’ONU n’a pas levé le petit doigt pour dénoncer le "rattrapage ethnique," ou le "rattrapage carcéral," pour reprendre Michel Galy, rien ne l’oblige à défendre un journaliste. Surtout toi qui es du mauvais côté de la clôture. Bien avant toi, le système Ouattara a jeté beaucoup d’autres de tes confrères sur le chemin de l’exil, envoyé d’autres en prison ou au cimetière.
J’ai élaboré de façon synthétique cette maltraitance dont subis les professionnels de la presse, dans un de mes articles intitulé, Côte d’Ivoire Media: Contrôle de l’Etat et Crimes du Régime, que plusieurs sites internet dont Civox, Eburnienews ou Mamaafrica.tv,…, ont publié.
Cher Ami, je sais, les intimidations, les menaces, et les violences de la part de l’entreprise criminelle installée dans ton pays, et qui cherche à te réduire au silence, sont ton lot au quotidien. L’objectif étant, pour te répéter, "de faire en sorte que [vous soyez] loin du débat politique pendant tout ce mois." ce qui "serait déjà quelque chose de gagner en attendant de mettre en place de nouvelles sanctions."
Pour atteindre ce but que tu décris si bien, ils t’ont jeté en prison en violation du principe de la dépénalisation des délits de presse consacrée par la loi 2004-643 du 14 Décembre 2004 portant régime juridique de la presse en Côte d’Ivoire, votée avec l’appui de …Laurent Gbagbo…diabolisé par l’occident parce qu’insoumis. Puis, quelques jours après ta libération, ils ont suspendu ton journal pour un mois. Une sacrée persécution.
Cher Frere et Ami Joseph GnahouaTiti, honneur à toi. Je me réjouis que tu sois une des victimes du système, pour ton combat pour la liberté de la presse. Je me réjouis aussi parce que tu n’as pas fait de la platitude journalistique. Car, "le journalisme qui ne choque pas, n’est pas du journalisme;" disait feu Saleh Gaba, journaliste Tchadien.
Cher Ami, je te souhaite beaucoup de courage. Mais sache une chose. Dès que ta plume voudra sauver ta peau sous ce régime en changeant de ton, la mienne te persécutera.
Cher Frere Titi, pour l’instant, tu as choisi de traiter ta société à l’aide de ta plume. Vas-y! Tu n’es pas seul.
 
Dr. Feumba Samen, Galena, Ohio, USA.




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