Victor Prado, ex-membre du Cri Panafricain: "il y a comme un air de Régime de Vichy dans le Cri Panafricain".

Nous avons précédemment publié la lettre de démission de M.Victor Prado, la présentant comme étant à l'origine de la délation dont il a fait l'objet. Ce qui n'est cependant pas le cas, selon les clarifications apportées par l'intéressé. Selon Victor Prado, les attaques dont il a fait l'objet sont parties de la publication d'un article signé par lui. Un article qui a dû susciter le courroux de certains membres du CRI Panafricain, avec à leur tête son principal leader, Abel Naki. qui n'a pas fait l'objet d'un quelconque ménagement. Nous publions ici l'article à l'origine de la délation.

Mardi 7 Janvier 2014 - 02:21


Le Cri Panafricain : Veni, Vidi, ...VICHY !!

 Cela aurait pu être une belle histoire : celle d'un collectif de résistants, patriotes ivoiriens, en exil après le coup d'état qui a destitué Laurent Gbagbo au profit du candidat des intérêts français, celle de la diaspora ivoirienne réclamant justice pour les 700 prisonniers politiques détenus dans l'illégalité et dans des conditions inhumaines, celle d'un groupe qui dit non à la torture, non à la dictature, même peut-être celle d'un mouvement politique important aspirant à la démocratie en Afrique.
Et pourtant ...
Plus d'un an après mon entrée dans ce groupe qui se voulait "le plus grand mouvement de résistance panafricaine de France" et à peine plus de deux ans après sa création, celui-ci est dans le marasme, gangréné par les ambitions d'un seul homme.
Certes, d'un côté il y eût des actions collectives, des actions coup de poing réussies comme à Bordeaux, pour faire capoter la mascarade promotionnelle d'un ex-président ivoirien engagé par le tout nouveau détenteur du pouvoir, Alassane Ouattara, et reconverti à la mission périlleuse de réconciliation du peuple ivoirien, devant des investisseurs aquitains potentiels qui attendaient un "feu vert" et une fausse confirmation rassurante de retour au calme, il y eût aussi cette gerbe de fleurs symbolique déposée près de Nice, sur le pare-vie de la résidence secondaire du dictateur Ouattara, où celui-ci vient se mettre "au vert" dès que ses "problèmes de santé" (correspondant curieusement, à chaque fois, avec des tensions internes à son gouvernement de mercenaires criminels) l'y "contraignent".
Certes, il y eût les nombreuses analyses et contributions écrites par nos camarades les plus pertinents, publiées et relayées par les médias partisans, il y eût les réunions mensuelles des délégations locales, en toute convivialité, tour à tour chez les uns, puis chez les autres, les séminaires dans différentes villes (Paris, Bordeaux, Dijon, Nice) organisés avec grand déploiement d'efforts par les membres motivés des délégations locales, les conférences intéressantes, pédagogiques, un travail de fond sur les statuts du mouvement, le règlement intérieur, des propositions pour consolider et faire grandir le mouvement dans la lignée démocratique qui était la nôtre.
Bref, les membres de différents horizons se complétaient, le dialogue passait, chacun y apportait sa petite graine, nous étions nombreux et nous y avons cru, nous étions motivés, plein de rêves pour la Côte d'Ivoire, pour l'Afrique toute entière...
Tout avait commencé par une "caravane de la liberté" pendant laquelle le "président fondateur" Abel Naki, accompagné de ses camarades parisiens, sont passés dans les grandes villes françaises et ont nommé des "présidents de région" parmi les résistants locaux présents aux manifs, puis s'en suivirent de nombreuses marches à Paris réunissant plusieurs mouvements africains de résistance ; le mouvement grandissait, les égos aussi...
Parallèlement aux actions collectives, les projets menés par Abel Naki visaient tous des actions internationales : un dîner de gala intitulé "Noël sous les tentes" pour aider les enfants ivoiriens réfugies au Ghana, déplacements à la Haye, déplacements en Belgique, en Italie, une "caravane de la liberté" aux USA, la rencontre d'un sénateur américain soutenant la cause, une rencontre diplomatique avec les leaders de l'Union Africaine... Lui aussi voyait les choses en grand.
Hélas, toutes les actions d'Abel Naki avaient un prix, un coût dont on estimait la grosseur mais dont on ne savait pas trop comment il était supporté, ni quel chiffre exact il représentait. Tout était maintenu dans l'ombre et lorsque nous avons voulu creuser, les zones d'ombre se sont multipliées, les réponses à nos questions étaient insuffisantes. D'autant plus qu'il n'a jamais cessé de mettre en avant les besoins financiers du mouvement qui sont vite devenus le centre même de ses préoccupations tout en refusant, bien sûr, d'éclaircir d'abord le circuit que cet argent allait devoir emprunter.
C'est un peu à partir de ce moment là que certains de nous avons commencé à nous questionner sur les motivations de notre "président fondateur" et même sur son honnêteté car, outre le fait qu'il fallait que les membres reprennent la main sur les finances, c'est tout le processus décisionnaire et la manière de diriger le mouvement qu'il fallait retravailler.
En effet, des coûts supplémentaires dus à des frais judiciaires engagés de manière unilatérale et précipitée par le président Abel Naki à l'encontre d'un ancien camarade de lutte (Willy Bla), le manque flagrant de concertation autour du déroulement de la "caravane américaine", autour de la création, du financement, de l'utilisation du site internet, ainsi que les informations données au compte goutte ou carrément sur le fait accompli, nécessitaient d'urgence que des textes, édifiés en conséquence, édictent la façon dont ces agissements devaient être régulés afin que les militants participent aux décisions, surveillent les finances et soient informés à l'avance pour privilégier le consensus démocratique.
Alors, sans découragement, nous nous sommes mis au travail et avons, au fil des séminaires, rédigé les statuts de sorte que le mouvement soit co-dirigé par un instrument démocratique que nous avons appelé "Conseil National", avec un président élu par les membres, des bureaux affectés à une décentralisation de la trésorerie, des adhésions, de l'organisation événementielle, de la gestion du site internet. Nous avons même rédigé un Règlement intérieur et une Charte de la communication par Internet dans cet esprit démocratique.
Des textes sur mesure pour un mouvement particulier qui nécessitait un compromis entre le maintien, de facto dans un premier temps, d'un dirigeant fondateur du mouvement et des membres soucieux se doter d'organes démocratiques fonctionnels, d'apporter un héritage démocratique à un pays en proie à la dictature.
Mais tout cela fût balayé d'un revers de main par la rengaine patriarcale d'Abel Naki, "c'est aussi cela la résistance", comme un joker qui justifiait qu'on privilégie les considérations financières ou qu'on retarde, voire qu'on écourte le débat, les considérations démocratiques, au motif de circonstances exceptionnelles, d’extrême nécessité, qui changeaient complètement les priorités.
Loin de penser que le consensus démocratique, l'échange d'idées entre membres, devait donner forme à la résistance du peuple, par le peuple et pour le peuple, il n'a eu de cesse de montrer par cette réplique cynique combien pour lui la résistance est un dogme immuable qui doit d'abord servir les intérêts de son "guide". Pour lui, les évènements viennent constamment bouleverser l'ordre des choses au point de reléguer la démocratie tout en bas de l'échelle et placer l'argent, ainsi que les opportunités politiques tout en haut...
Certains de nous n'ont pas tardé à comprendre qu'il se servait de nous, qu'il lui suffisait qu'on soit là pour faire figure de militants passifs derrière leur chef providentiel, une image d'enfant prodige de la résistance qu'il cultivait activement. Des vagues de démissions ont alors marqué cette fin d'année 2013, créant d'autant plus d'excuses à la suppression du débat démocratique et aux mesures aussi exceptionnelles qu'irraisonnées. Les réactions ne se sont pas faites attendre et les dissidents furent tout de suite accusés de vouloir prendre la place du "président fondateur", de vouloir déstabiliser la résistance, de vouloir détourner les membres de leur lutte première : "la lutte pour le panafricanisme"... ou devrions nous dire plutôt "pour les ambitions politiques arrivistes de Monsieur NAKI"...
Outre ce penchant pour le culte de la personnalité si caractéristique des dictateurs, il y a comme un air de Régime de Vichy dans le Cri Panafricain ; aucune démocratie et un esprit de collaboration avec la dictature, derrière des apparences bienveillantes, qui nous poussent à croire au discours de "la seule solution possible en l'état actuel des choses". Un despotisme imposé sous des airs de sauvetage. Par ici le chemin...faute de mieux, c'est la pendaison ou la guillotine, soit vous laissez faire les dictateurs en place, soit vous en soutenez de futurs autres. A croire que certains imaginent, dans leur détresse, que les vraies alternatives ne sont que des mirages.
Mais c'est que dans le désespoir que vivent les ivoiriens, toute promesse d'un meilleur lendemain est alléchante, toute invitation à prendre part au sauvetage du pays est attrayante. Les ivoiriens aiment leur pays et sont prêts à beaucoup de choses pour rebondir de cette calamité qu'est la guerre, en témoignent pléthore de mouvements de résistance dans leur pays, comme dans les pays d'accueil des exilés ! Seulement voilà, les profiteurs avaient vu la manne arriver, les vautours ont repéré l'éléphant en fin de vie.
"Gare aux parasites !". Quel héritage doit laisser la résistance ivoirienne au président Laurent Gbagbo ? Une fois libéré devra-t-il se montrer redevable envers des petits arrivistes en mal de carriérisme ? Va-t-on l'entourer de ces graines de dictateurs ? Posons-nous les bonnes questions, la solution ne viendra pas d'en haut, la résistance est dans la capacité de chacun à partager ses idées, "découragement n'est pas ivoirien" ; certes, nous sommes venus, nous avons vu et nous sommes repartis du Cri Panafricain, mais même s'il faut tout recommencer "ya pas dra" ! C'est l'expérience qui forge l'esprit et en ce sens nous ne sommes pas repartis les mains vides ! Plutôt pleines de nouvelles idées.

Victor PRADO.




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