Velléités de s’éterniser au pouvoir: Le jeu trouble de Ouattara découvert

Alassane Ouattara, en plus de sa volonté affichée d’arracher un second mandat à la prochaine élection présidentielle, envoie des signaux à l’opinion qui trahissent sa volonté de s’éterniser au pouvoir. Ses partenaires qui s’en aperçoivent manifestent des inquiétudes.

Samedi 25 Janvier 2014 - 06:48


Alassane Ouattara et son alllié Konan Bédié
Alassane Ouattara et son alllié Konan Bédié
Lorsqu’il a l’occasion de se prononcer sur la normalisation de la situation politique en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara ne manque pas de réitérer sa volonté de respecter le cadre tracé par la Constitution, à savoir l’organisation des  élections présidentielles en 2015. Mais la grande interrogation, à 20 mois de ces échéances, c’est qu’aucune garantie de la transparence desdites élections n’est encore donnée à travers des actes concrets. La principale inquiétude réside au niveau de la nouvelle configuration de la Commission électorale indépendante (CEI). A ce jour, l’institution qui doit procéder à  la  révision  du listing  électoral  en  réglant  des cas litigieux de certains électeurs qui  n’ont  pas pu prendre  part  à  la dernière élection parce qu’étant sur une liste dite grise, la  prise en compte  des  nouveaux majeurs… n’a pas encore connu de sang nouveau. Non seulement le mandat du président de Youssouf Bakayoko est arrivé à son terme mais la composition de l’institution électorale elle-même est désuète. D’autant plus que les ex- mouvements rebelles (MPCI, MPIGO, MJP) qui y avaient des représentants n’existent plus ou du moins se sont fondus dans le Rassemblement des républicains. Pourtant, l’actuel numéro un ivoirien avait promis une réforme depuis plu- sieurs mois. Maintenir encore la CEI en l’état alors que l’on approche octobre 2015, c’est préparer un environnement propice à des élections présidentielles bâclées avec Ouattara qui gouverne d’une main de fer. Dans ce schéma, l’actuel chef de l’Etat qui a déjà déclaré sa candidature est en roue libre pour un second mandat. Alassane Ouattara se donnera alors les moyens à travers ses hommes (militaires, gendarmes, polices, dozos, etc.) de verrouiller le système électoral, conscient de ce que son opposition – dont des têtes fortes sont en exil et en prison – ne réussira pas à intégrer pleinement l’environnement électoral délétère qui prévaudra.           

Une volonté de s’accrocher au pouvoir

 La sortie d’Alassane Ouattara au cours de laquelle il a affirmé que c’est en raison de son âge très avancé, qu’après avoir exercé le pouvoir pendant un seul mandat présidentiel, Nelson Mandela a renoncé à demeurer à la tête de l’Afrique du Sud, avait suscité une levée de boucliers. Le confrère burkinabé, Le Pays, estomaqué par cette intervention du numéro un ivoirien avait parlé de «sortie maladroite et inconvenante.» «La sortie d’ADO donne le sentiment qu’à l’image de certains de ses pairs, l’occupant du Palais de Cocody pourrait aussi ne plus songer à quitter le pouvoir, si les Ivoiriens lui donnaient une seconde, une troisième, une quatrième chance (...) Il faut prendre garde à ne pas revenir à la pensée unique, laquelle fait le lit des dictatures. Ces propos d’ADO déçoivent car, ils se situent dans la mouvance du syndicat des chefs d’Etats ; lesquels, aspirent toujours à défendre des homologues en réelle difficulté chez eux», a déduit le confrère. Le Pays passait ainsi au scanner les propos d’Alassane Ouattara en établissant le parallèle avec ce qu’il pourrait tramer à la fin de son mandat en Côte d’Ivoire. Ce faisant, le confrère burkinabé semble mieux connaître le numéro un ivoirien. Parce qu’après quelques semaines, alors que l’opinion n’a pas encore fini de s’offusquer de sa sortie sur le cas Mandela, Alassane Ouattara envoie des émissaires auprès du président Blaise Compaoré qui s’évertue à tripatouiller la constitution de son pays afin de se maintenir au pouvoir qu’il exerce depuis des décennies. Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, Hamed Bakayoko, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, Ibrahima Ouattara, ministre chargé des Affaires présidentielle et frère cadet de Ouattara, des hommes clés du régime d’Abidjan, à la demande d’Alassane Ouattara, étaient présents aux côtés du président burkinabé avec un discours que l’opinion a trouvé bouleversant. La délégation d’Abidjan a invité tous les Burkinabé «à poursuivre la belle aventure de paix, de progrès et de démocratie jusqu’ici conduite sous la houlette du président Compaoré qui est précieux à son propre pays, à notre sous-région comme à notre continent, par l’exceptionnel rayonnement diplomatique qu’il a donné à la parole du Burkina Faso». Du coup, l’opinion burkinabé et les démocrates africains sont tombés des nues face au soutien d’Alassane Ouattara à un président qui veut s’éterniser au pouvoir. Ce faisant, le numéro un ivoirien, qui a ouvertement affiché une gouvernance de répression de son opposition par les arrestations arbitraires, les tortures, le gel des avoirs, etc., apporte de l’eau au moulin de ceux qui croient que ses différentes sorties sur le cas Mandela et son soutien ferme à des velléités de maintien au pouvoir de Blaise Compaoré dans son pays, révèlent son désir de s’accrocher au pouvoir en Côte d’Ivoire dans les années à venir.  

Par Benjamin Silué  

Source: Le Nouveau Courrier N° 982 Du Vendredi 24 Janvier 2014




Tags : Ouattara, RDR

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