Un support théorique pour la résistance/ Cette lutte est immortelle, «parce que la liberté n’est jamais libre»

Mardi 28 Mai 2013 - 03:00


Un support théorique pour la résistance/ Cette lutte est immortelle, «parce que la liberté n’est jamais libre»
Les grandes luttes émancipatrices, celles par lesquelles l’humanité est élevée à un seuil de connaissance qui lui permet de basculer dans le sens de la liberté, sont fondamentalement caractérisées par deux choses. Une Cause, et un Leader. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, la Cause de la lutte est suffisamment évidente, pour nous épargner un discours sur ce besoin de liberté, tel qu’il  s’exprime dans les convulsions qui secouent le pays depuis plus d’une décennie. Notre examen ici porte sur le Leader, et pour cause; si la Cause ne peut être éteinte de par sa nature même, le Leader, lui, peut être en danger. Nous voulons apporter les secours de l’histoire et de la vérité sur le sujet, afin de contenir notre réalisme, pour que ne meurt le grain ; et ainsi aider à l’avancement de la lutte. Il va de soit que pour avoir un Leader, il faut le reconnaître, et pour le reconnaître, il ne faut pas le rejeter. Quoique l’essentiel de notre apport se trouve dans notre conclusion, souffrez ce survol des critères de reconnaissance et de méconnaissance du Leader. Selon les cultures, les lieux, les temps et la nature de l’appel, le Leader peut être appelé Prophète, Mahatma, le Messager, l’Envoyé ou le Président...Le premier critère de reconnaissance du Leader est l’Immortalité de sa vision. Le Leader exprime, dans un langage naturellement connu des Hommes, des vérités éternelles qui se déploient vers le présent et jusqu’à l’intimité de nos cœurs,  depuis la source originelle des temps. Ses points de vue apportent une solution honnête à des débats qui animent de tout temps la vie des humains. Ce point de vue est stable et indifférent aux temps et aux circonstances. L’autre condition matérielle de viabilité du Leader est: la Fidélité. La Fidélité participe de la bonne foi, celle qui confronte le Leader à sa marche, à ses prétentions. Le Leader, avec le secours de sa claire intelligence, donne l’exemple matériel d’une sagesse authentique, brisant ainsi le mur séparant la parole de l’acte. Il devient l’incarnation de ses dires par un mariage apaisé entre le visible et de l’invisible. La Fidélité est en fait le témoignage de la longue réconciliation entre la parole du Leader et ses actes. Le dernier critère de reconnaissance du leader est sa Réaction à l’adversité. La Réaction à l’Adversité est le test suprême du Leader. Il témoigne du niveau du Leader sur l’échelle de la connaissance des choses de la Vie. Il en a une expérience innée et une intelligence sociale qui lui permettent d’œuvrer en tout temps et en tout lieu pour une situation sociale stable et prévisible. Ses réac - tions lui sont dictées, non par les circonstances immédiates, ce qui ferait de lui le captif d’un éternel présent ; mais plutôt par les exigences supérieures d’une conscience transfigurée. Il faut faire remarquer, avec beaucoup d’intérêts, à la fin de cette énumération, que la Perfection ne fait pas partie des critères de reconnaissance du Leader. Sa nature idéelle la met hors de portée humaine. Il est matériellement difficile à l’Homme imparfait de saisir le parfait ; l’instrument de mesure pourrait malencontreusement refléter sa propre imperfection sur l’objet à mesurer. D’ailleurs, nulle des grandes religions n’inscrit dans leurs critères d’admissibilité au paradis, la perfection; Si Dieu, la perfection elle-même, peut tolérer notre défaut de perfection, combien plus forte raison nous-mêmes ? Malgré l’objectivité des critères cités plus haut, l’ignorance, les préjugés et l’orgueil sont toujours sources de méprise. L’Ignorance, c’est ne pas savoir. C’est un mal qui procède d’une paresse d’esprit, d’un manque d’efforts pour s’enrichir d’informations pourtant nécessaires. Combien de Musulmans lisent-ils le Coran ? Combien même cherchent à le comprendre au-delà de la récitation rituelle ? Combien de Chrétiens lisent-ils la Bible ? Combien vont au-delà des prêches dominicales ?   Combien de ceux au RDR, prêts à donner leurs vies, savent si leur parti est de gauche ou de droite ? Combien, pour tous humains que nous sommes, vivant dans une société régie par le droit, avons-nous une fois lu un manuel de droit ? Et pourtant, c’est un principe juridique élémentaire que nul n’est censé ignorer la loi. A défaut de savoir, l’igno - rance s’épaissit de faux savoir, issu des bavardages, commérages et autres sources indignes de foi pour s’endurcir et devenir des préjugés, aussi bien convaincus que raisonneurs. Les Préjugés défient l’intelligence et les faits. L’un des exemples particulièrement significatif à cet égard est la maxime: «Nul n’est prophète chez soi». Dites moi, Jésus à été Messie chez qui ? Dites moi, Mahomet a été  Messager chez qui ? Dites moi, Siddhârta Gautama a été Buddha chez qui ? Ils ont tous été prophètes chez eux, parce que dans les faits, il est impossible sans l’usage de la force d’être prophète chez quelqu’un d’autre. Oui, ils rencontrent de l’opposition parce que l’unanimité est impossible chez les humains. Si l’opposition est forte, elle emporte le Messie (Jésus), si elle est faible, le Messager l’emporte (Mahomet), si elle est ni forte, ni faible, le Buddha emprunte la «voie du milieu» (Gautama) ; mais cet état de fait ne fait pas du prophète un étranger. Tout notre combat en Côte d’Ivoire, c’est qu’on ait fait d’un étranger prophète chez nous. En 1965 en Algérie, Ahmed Ben Bella, grand combattant de la liberté et premier président algérien d’origine marocaine, a été déposé par Houari Boumediene parce qu’il n’était pas prophète chez lui. Malgré leurs hauts rangs, ni Joseph, ni Moise n’a pas été Prophète en Egypte. Le danger de cette maxime est de vous faire répudier vos prophètes parce ce qu’ils sont de chez vous et comme vous. En voilà qui déclenchent les mécanismes défensifs de l’Orgueil et de la jalousie et tous les autres démons de la désunion. Les défauts de l’orgueil sont d’une évi- dence qui nous épargne un discours au profit de l’essentiel. Ainsi donc, certains parmi nous, par ignorance, préjugés et orgueil n’ont   pas reconnu Gbagbo, le fils du pays, comme leur  Leader, au point de permettre à la France [d’imposer quelqu’un d’autre] comme prophète en Côte d’Ivoire ! La France semble n’avoir pas suffisamment appris de la dialectique générale de l’émancipation des peuples. La France pense que par le règne de la terreur, elle peut durablement préserver ses acquis en Côte d’Ivoire. Mais nous savons que la peur est une émotion fugitive, entretenue seulement par une «conspiration de l’ignorance et du mépris». Elle est de courte durée et ne survit pas à l’explication. La France pense que par le mensonge et la falsification, l’histoire d’un peuple peut se réécrire. Mais nous savons, que le mensonge ne s’écrit jamais en caractères indélébiles, et que la falsification ne résiste pas au temps. «La vérité ne devient pas mensonge parce qu’on refuse de la regarder».     
 La France pense que par le tribalisme et la division, elle pourra garder une emprise définitive sur la Côte d’Ivoire; mais nous savons, pour que se fondent dans le creuset de l’unité national nos divisions ethniques, notre pensée doit subir l’effet purificateur des ardentes fournaises de la désunion, ainsi pourra t elle se déployer de la tribu vers la Nation. La France pense que par la guerre, processus par lequel elle actualise aux dépens de l’Afrique un transfèrement de sa propre violence, elle peut nous soumettre au déclin per pétuel. Mais nous savons, que les guerres creusent le lit des batailles futures,  parce que «le plus fort ne l’est jamais assez pour rester toujours le maître…». Ainsi la France ne pourra, ni durablement, ni  paisiblement s’abreuver du vin de sang tiré des «raisins de notre colère». La France pense que par la mort, elle peut éteindre définitivement toute velléité de contestation future ; mais nous savons que la vie ne peut mourir, c’est à juste titre que pour vivre, dès sa naissance et comme par besoin de quelque secours, la vie court inexorablement vers la mort, sa sœur jumelle et l’ennemie jurée de l’enracinement charnel. La mort n’est qu’une étape de la vie qui n’est pas soumise à notre décision, et ceux qui la redoutent meurent de peur. Si par la mort on pouvait éteindre une idée, le christianisme ne survivrait pas à Jésus : «Mort, où est donc ton aiguillon?»          
La France pense, que par l’exil, l’expatriation forcée, elle peut empêcher notre sursaut; mais nous savons, que l’exil en nous sortant de l’orbite de notre existence habituelle nous envoie explorer, de par le monde, des domaines de l’existence qui nous sont encore inconnus, aux fins d’enrichir la moisson. Comme la forêt qui, habituée aux coups des intempéries, leur survit en même temps qu’elle en tire les moyens de sa subsistance ; pour nous, les assauts de l’exil ensemencent notre sursaut.   En nous privant de l’ombre tutélaire de Gbagbo, l’histoire vous donne l’occasion de voir de vous- mêmes la réaction de ce Fromager aux vents étrangers, le sourire ensoleillé dont il gratifie la curiosité des regards interrogateurs ; et enfin, sa capacité à sortir au Jour. Jour, dont nous espérons que la lueur jaillira sur la France, pour qu’elle se libère enfin de sa captivité égoïste, de son instinct de «cruauté forcenée» à l’égard des nègres, et de son héritage de «culpabilité et de sang». Les regards résolument tournés vers le futur, nous devons définitivement sortir de la captivité du présent et de son réalisme réducteur. Le présent n’est qu’un point de jonction dynamique entre le passé et le futur. Son dynamisme et sa fébrilité le rendent inapte à servir de base viable à une décision intelligente sur le futur d’un peuple. Nos armes sont les enseignements tirés du passé; notre espoir est la physionomie que nous aspirons donner au futur; le présent n’est que la rencontre de nos expériences avec nos espoirs. Notre lutte est immortelle,  «parce que la liberté n’est jamais libre».

Par Aurélien Z. Sery, politologue-juriste

Le Nouveau Courrier N° 806 Du Vendredi 24 Mai 2013






Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !