Un score à la soviétique et une parodie d'élection sont les marques d'une dictaure. Par Ben Zahui-Degbou

Samedi 31 Octobre 2015 - 01:47


Connaissez-vous le dictateur le mieux élu du monde depuis 2005? Jusqu’à ce jour, il détient le record. Il s’appelle Ismail Omar GUELLEH, le président de Djibouti, pays situé à l’est de l’Afrique entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Ancienne colonie française comme la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas de la fiction. Le président djiboutien s’était fait attribuer le score imbattable de 100% des suffrages lors de l'élection présidentielle du 8 avril 2005. Cette année le record est détenu par Noursoultan NAZARBAÏEV du Kazakhstan avec 97,7 %. Ci-dessus le top 10 des dictateurs les mieux élus au monde (source SLATE.fr).

 

 1- Noursoultan Nazarbaïev (Kazakhstan) 97,7% ; 2- Gurbuganly Berdimuhamedow (Turkménistan)97,14% ; 3- Abdel Fattah al-Sissi (Egypte) 96,9% ; 4- Tieodoro Obiang Nguema Mbasogo 95,4% ;5- Omar El-Béchir (Soudan) 94,5% ; 6- Paul Kagamé (Rwanda) 93% ; 7- Pierre N'Kurunziza (Burundi) 91,6% ; 8- Islom Karimov (Ouzbékistan) 90,39% ; 9- Bachar el-Assad (Syrie) 88,7% ; 10- Idriss Déby (Tchad ) 88,7%.

 

Comme vous pouvez le constater Alassane Dramane OUATTARA, avec ses 83,66 %, n’est pas très loin de rentrer dans ce top 10 des dictateurs qui s’attribuent les scores à la Soviétique. Le président Djiboutien avec ses 100% en 2005, détient depuis longtemps, le record des records. Il est toujours au pouvoir et bénéficie de la protection de la France, ancienne puissance coloniale et des Etats Unis, malgré le non-respect notoire des droits de l’homme dans son pays. Pour mémoire, Omar GUELLEH avait opté pour une méthode infaillible pour se maintenir au pouvoir: en effet, il avait tout verrouillé et fait le vide autour de lui, pour se retrouver seul candidat à sa propre succession. Les partis de l’opposition avaient boycotté l’élection présidentielle à la suite de son refus catégorique de réformer le code électoral pour le rendre plus transparent, équitable et démocratique.

 

Comme en Côte d’Ivoire, cette année, l’opposition djiboutienne, en son temps, avait qualifié de «ridicule, truquée et en pacotille» l’élection présidentielle. OUATTARA aurait pu faire comme son collègue de Djibouti en s’octroyant 100 % des voix et personne n’aurait rien à redire sur cette démarche qui est conforme à la marque des dictateurs. Pour bien faire certainement les choses, lui et ses soutiens occidentaux, ont choisi Pascal AFFI N’GUESSAN, comme opposant-complice depuis sa sortie de prison et candidat-figurant à la parodie d’élection présidentielle du 25 octobre dernier. L’homme a été formaté et programmé pour accomplir sa mission en déstructurant au préalable le FPI.

 

Heureusement que son plan diabolique et machiavélique a échoué. Il ne pèse pas grand-chose. Tout le monde le sait désormais ; Pascal AFFI N’GUESSAN a obtenu seulement 9,29 % des voix. Pour confondre ses détracteurs et par reconnaissance pour service rendu, OUATTARA aurait pu lui attribuer un résultat plus honorable de 20 ou 25 %. Le natif de Bongouanou a quand même fait, beaucoup de sacrifices pour son « nouveau frère ». Il a beaucoup parlé et malmené ses anciens camarades de parti dont une bonne dizaine est en ce moment en prison. Au-delà de l’aspect mercantile de son deal avec OUATTARA et les avantages qui en découlent, AFFI doit certainement se mordre les doigts. Bien sûr, s’il a encore une dignité. On peut dire qu’il est politiquement grillé. Le dictateur d’Abidjan qui a bien compris que son allié ne maîtrise pas les structures du FPI dont il a été exclu, ne veut plus de gouvernement d’ouverture ou d’union. Le contraire nous aurait étonné. OUATTARA est suffisamment « populaire ». Il vient de montrer aux occidentaux que les Ivoiriens l’ont « complètement adopté » et que tout va bien en Côte d’Ivoire, la preuve, il a « organisé une élection présidentielle transparente, paisible, équitable et démocratique ».


LA DEMOCRATIE REPOSE SUR UN ETAT DE DROIT, LE RESPECT DES DROITS DE L’HOMME ET DES REGLES DU PLURALISME POLITIQUE.


L’on a coutume de dire que « la démocratie c’est le gouvernement du peuple par le peuple ». Elle repose en principe sur la mise en place d’un Etat de droit, et le respect des droits de l’homme.  Or, en Côte d’Ivoire, les règles du pluralisme politique, les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas respectés depuis 2011.La démocratie est donc une coquille vide dans notre pays où, il y a, en ce moment 400 prisonniers politiques et 220 personnes disparues, certainement exécutées de manière extrajudiciaire par les services de Ouattara. Les médias occidentaux restent naturellement muets sur le non-respect des droits humains par le dictateur d’Abidjan qui vient d’être déclaré vainqueur par la Commission Electorale dite Indépendante (CEI) avec 83,66 % des voix.


Cette information sur le « plébiscite » de OUATTARA avec ce score à la Soviétique, est, en ce moment, très puissamment relayée en boucle par les médias d’Etat français qui font fi des réalités sur le terrain. Mais, question essentielle : que vaut véritablement notre dictateur avec 83,66 % de 25 % des 6,3 millions d’inscrits sur la liste électorale restée, jusque-là, opaque et confidentielle. La Côte d’Ivoire compte aujourd’hui, environ 24 millions d’habitants. OUATTARA ne pèse pas lourd en Eburnie, c’est un secret de polichinelleIl a opéré un passage en force à l’instar de ses pairs dictateurs africains qui rivalisent souvent d’inventivité pour changer les constitutions de leurs pays et organiser des parodies de suffrage universel pour légitimer leur pouvoir.


Le schéma est classique et bien connu. Pour sa nième forfaiture et imposture, le dictateur d’Abidjan, a appliqué à la lettre le schéma directeur des régimes autoritaires :

 

  • L’assassinat ou la déportation du rival le plus gênant (Laurent GBAGBO est en prison à la Haye) ;

  • Intimidations, emprisonnements et tortures des opposants par des milices tribales (400 prisonniers politiques et 220 personnes disparues) ;

  • Contrôle des médias d’Etat (le culte de la personnalité est de rigueur à la RTI) ;

  • Achats de conscience (500 millions de Francs CFA aux candidats-figurants comme Pascal AFFI N’GUESSAN, qui a été « fabriqué » pour affaiblir le FPI ;.

  • Interdictions des manifestations démocratiques des partis politiques de l’opposition ;

  • Institutions républicaines et électorales inféodées au dictateur (le Conseil Constitutionnel et la CEI ont été construits sur des bases tribales) ;

  • Candidature unique (le RHDP a été créé dans cette optique) ;

  • Liste électorale opaque et vote truqués.


Pour rester coller à ces normes dictatoriales, OUATTARA est resté sourd aux revendications légitimes de la Coalition Nationale pour le Changement (CNC). Il ne pouvait en être autrement. Cette plateforme politique demandait pourtant, des conditions élémentaires de transparence et d’équité pour l’élection présidentielle qui s’est déroulée dans le calme. La CNC et le Front Populaire Ivoirien (FPI) ont opté pour un boycott citoyen et démocratique, évitant ainsi un affrontement avec le régime de OUATTARA. Dieu merci, parce qu’on a encore en mémoire les 16 000 morts au cours du coup d’Etat que Nicolas SARKOZY et OUATTARA ont opéré en Côte d’Ivoire en 2011.


La logique voudrait que devant les emprisonnements, les tortures, les brimades de nos parents, les disparitions, les meurtres et les expropriations de tout genre, on pense légitimement à une réaction violente pour affronter le régime d’Abidjan. Le peuple souverain en a les moyens, mais cette option ferait encore plus de mal à la Côte d’Ivoire. Il faut tirer les leçons des cinq ans qui viennent de passer et envisager sereinement l’avenir. Pour ma part, après un an d’échange avec des autorités et amis français, dans les méandres politiques en Hexagone, je retiens définitivement ce qui suit et que vous savez certainement déjà :

  • La France, ancienne puissance coloniale, tolère et même soutient le régime dictatorial de OUATTARA en fermant les yeux sur la souffrance du peuple ivoirien pour protéger ses intérêts économique et politique.

  • La France ne pourra véritablement intervenir en Côte d’Ivoire et s’investir positivement en faveur du peuple ivoirien si et seulement si un mouvement intérieur de résistance démocratique, réussi à ébranlé le régime dictatorial de OUATTARA.

En conclusion, pour les cinq ans à venir, le Front Populaire Ivoirien doit affiner ses stratégies globales de remobilisation de ses membres et renforcer leurs capacités de résistance. L’objectif principal consiste à libérer notre pays de la dictature. Dans ce sens, il faut évoluer et travailler dans un cadre consensuel et plus large. La société civile et la force de mobilisation de la diaspora ivoirienne doivent contribuer à mettre encore plus en lumière, sur la scène internationale, les pratiques mafieuses et dictatoriales du régime d’Abidjan. Il faut aussi évaluer et enrichir, l’expérience de la CNC qui pourrait constituer une vraie force politique pour une alternance crédible en Côte d’Ivoire.
 

BEN ZAHOUI-DEGBOU 


Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de 
Médiation Institutionnelle. Ancien Directeur de TV2 / RTI





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