Un parti averti en vaut deux

Lundi 20 Octobre 2014 - 00:05


Henri Konan Bédié, président du PDCI
Henri Konan Bédié, président du PDCI
Ce n’est pas un engouement des formules inédites qui nous pousse à paraphraser l’adage «  un homme averti en vaut deux. Il faut se rendre à l’évidence que la naïveté collective qui a permis à la masse des «  suiveurs  » de Bédié à le réélire à la tête du parti sexagénaire, continue sous une autre forme. Les ambitions de Konan Bédié ont échoué une première fois en 2010 lors des présidentielles. En effet, à la création du RHDP  à Paris, naïvement, M. Bédié a cru que la coalition lui profiterait  et nourrissait donc le secret espoir que contre l’intrépide Laurent Gbagbo, ce sont les partisans du parti républicain (RDR) qui l’adouberaient pour son retour au pouvoir. Et ceci pour deux raisons  : Primo, les Baoulés constituent en termes de population, le plus gros du bétail électoral. Avec le plein de voix, il était quasiment sûr d’aller au second tour contre Laurent Gbagbo. Inopportunément relégué en troisième place, il a dû se satisfaire de l’idée qu’il a déjà été président et que s’il avait été candidat, c’était plutôt pour faire mentir le coup d’Etat de 1999, qui veut le faire passer pour un homme impopulaire. Hélas,  il a été obligé de ravaler ses ambitions.  Secundo, la violence des républicains se manifesta  dans les urnes, même plus tard quand le Front Populaire Ivoirien (FPI), l’ennemi juré n’était pas dans la course aux  législatives et municipales. L’honorable KKB en fit les frais à Bonon, en voulant soutenir le candidat de son parti. Il a été copieusement molesté. Plusieurs autres faits ont montré que le fair-play n’est pas la  tasse de thé du RDR.  Cependant, il a suffi qu’ADO dise qu’il gouvernerait bien sous la responsabilité morale de son grand frère Bédié pour que  l’ex-homme d’Etat  morde à l’hameçon.
La seconde ambition de M. Bédié qui est apparemment légitime, souffre de beaucoup de couacs et d’inconnues. C’est son idée de vouloir regrouper tous les Houphouétistes au sein d’un parti unifié. Parler de naïveté c’est peu dire sur ce sujet. Ainsi le 17 septembre dernier à Daoukro, une fois de plus, M. Bédié se surprit  lui-même dans des rêves de grand rassembleur. Il proposa  une candidature  unique d’ADO  pour le compte du RHDP. Beaucoup de ses «  suiveurs  » n’ayant rien à faire de leur temps, s’échinèrent à justifier l’injustifiable. Au lieu de reconnaître qu’il s’est trompé et que de façon hasardeuse, il s’est lancé dans cette galère, ils ont voulu lire dans les pensées de leur leader. Il y en a même qui ont dit que c’est Dieu qui l’a inspiré. Comme si Dieu n’avait  rien à faire pour mélanger son inspiration dans les vapeurs du champagne, boisson prisée par le «  nanan  » Bédié… Dans cette logique-là, le parti reçu en héritage de son père spirituel,  feu Félix Houphouët, va connaître encore des jours sombres aussi longtemps qu’on s’évertuera à injecter une dose de  culture  «  nanaïque  » dans celle de la république, pour moult raisons  :
D’abord, parce qu’à vouloir rassembler tous les Houphouétistes, la maison PDCI prendra l’eau de toutes parts parce que non seulement beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis 1946, mais parce que la même onde ne passe pas deux fois sous le même pont. Hier n’étant pas aujourd’hui, le désir de phagocyter les autres partis, sera ressenti comme une atteinte à la démocratie. Or, autrefois, l’exploit réalisé par Houphouët s’expliquait par le fait que l’ennemi à combattre était le colon, un ennemi extérieur aux peuples africains. Mais aujourd’hui, l’unification tous azimuts des partis coalisés n’est plus considérée comme une dispersion des voix pour conquérir la souveraineté nationale  ; objet d’un consensus naturel. Il est inutile de penser que le chef a dit, on  doit le suivre coûte que coûte, comme si Bédié était un monarque.
Ensuite, parce que si les partis coalisés avec le PDCI  sont nés de ses entrailles, cela veut dire qu’il y a divergence d’intérêts. En cas d’accord minima, le programme de chaque parti ne sera pas intégralement appliqué. Pire, l’unification entrainera des problèmes de personnes. Le report des voix n’étant jamais  non plus arithmétique, il y aura forcément une perte consistante de mobilisation et donc de votations.
Enfin, quelle garantie le RDR peut-il apporter dans une telle coalition au-delà de 2020  ? Les réglages en question, vont-ils  viser ces aspects du deal  ? Mais les deux jeunes loups que sont Soro G. et Ahmed Bakayoko, entendront-ils de la même oreille, les élucubrations de leurs devanciers  ? Aujourd’hui, ce sont les ethnies du Sud, de l’Est et de l’Ouest (en général) qui sont dans le viseur du régime d’ADO  ; n’ayons pas peur de dire les choses telles qu’elles sont. Qui nous dit que les adeptes du rattrapage ethnique ne cherchent pas à affaiblir la cohésion des peuples ivoiriens d’abord avant de mieux dompter les Baoulés qui prétendent les avoir pour alliés  ? Le parti républicain a-t-il une fois respecté sa parole face au pouvoir  ? Tant que c’est eux qui profitent, il n’y a pas de soucis, mais quand c’est autrui, ils se cabrent et font volte-face.
Avec un peu de lucidité, on se rend bien compte que l’émergence décrétée par ADO ne sera pas une réalité à l’horizon 2020. C’est par conséquent un marché de dupes qui est en cours de réalisation au sein du RHDP. En effet, au cas où cette émergence ne vient pas, qui peut-il dire savoir ce que fera le peuple  ? Suivre la ligne des chefs pour faire appliquer les consignes  ? Ce n’est pas si sûr.
Aussi longtemps que les deux chefs des partis majoritaires du RHDP seront des victimes de complexe du colonisé, il ne faudra pas se leurrer. A l’évidence, l’émergence ne viendra jamais parce qu’on n’a pas de souveraineté monétaire, militaire ni politique. Après la classe des pères fondateurs de la nation, celles qui ont suivi et qui n’ont pas la force ni le courage de couper le cordon ombilicale de la colonisation dans le cadre de la Françafrique, on ne pourra que  désespérer de notre continent en général et de notre pays en particulier. Nos dirigeants sont des nègres de service aux côtés des pays du grand capital. Pour s’en débarrasser, ne faudrait-il pas choquer les esprits une fois pour toutes, par un parricide indispensable  ? Ces chefs de partis avancent avec leur avenir derrière eux. Dans ces conditions, comment peut-on sortir du sous-développement, alors que nos pieds et nos mains sont liés. Il faut donc cesser d’être naïf.
                                                                                   
    Julius Blawa Aguisso         
 




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