Un hebdomadaire britannique de référence révèle: Ouattara sous l’emprise d’hommes en armes

Le chef de l’Etat ivoirien, qui ne se voit que dans le regard des Occidentaux, le vivra sans doute très mal. L’hebdomadaire britannique The Economist, très lu au sein de l’élite européenne et américaine, décrit dure- ment son régime, décrit globalement comme pris en otage par des chefs de milices criminels…

Mercredi 17 Juillet 2013 - 21:04


Un hebdomadaire britannique de référence révèle: Ouattara sous l’emprise d’hommes en armes

Arborant un bas de pyjama vert et bleu, Amadé Ouérémi plaisante de manière désinvolte avec des soldats gouvernementaux et se fait prendre en photo par des téléphones mobiles, alors qu’il joue le guide au sein de  son «campement» dans le parc national du Mont Péko, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire. La milice personnelle de M. Ouérémi, que l’on estime à au moins 100 hommes, occupe cette forêt depuis plus d’une décennie… Quelques heures plus tard, les soldats gouvernementaux l’arrêtent, l’installent à son corps défendant dans une camionnette bleue. «Pourquoi suis-je le seul accusé de crimes?», s’interroge-t-il. «Ils veulent manger sans moi.» Depuis la crise courte mais meurtrière de Côte-d'Ivoire après une élection contestée en 2010, M. Ouérémi a noué des relations étroites avec les rebelles, qui sont devenus l'armée nationale. Aux côtés des bandes de chasseurs traditionnels appelés dozos, il a contribué à arracher l'ouest du pays occupé par les forces loyales au président sortant, Laurent Gbagbo, pour le compte d'Alassane Ouattara, (...). Durant la conquête, ils auraient abattu des centaines de personnes à Duékoué, une ville près du mont Péko. En dépit des allégations selon lesquelles M. Ouérémi avait été impliqué dans le massacre, il semble probable qu’il sera jugé uniquement pour avoir occupé la forêt. Cela va encourager les accusations de «justice des vainqueurs». À ce jour, aucun partisan de M. Ouattara n’a été poursuivi dans le cadre des violences post- électorales, alors qu’au moins 150 partisans de M. Gbagbo subissent des procès. Une commission nommée par le gouvernement l'an dernier a conclu que les deux parties avaient commis des atrocités. Pourtant, l'architecte de l'offensive occidentale, dont les forces ont également été impliquées dans le massacre de Duékoué, est aujourd'hui l'un des commandants en chef de l'armée. Un autre commandant pro-Ouattara bien connu qui a été accusé d’avoir encadré les soldats impliqués dans des exécutions extrajudiciaires dirige aujourd'hui un département du sud- ouest. La liste est longue. Elle reflète la nature particulière de l'ascension de M. Ouattara au pouvoir. Bien qu'il ait été élu librement et équitablement aux yeux du monde extérieur, il est entré en fonction à la suite d'une rébellion dirigée par des seigneurs de guerre qui ont contrôlé le nord du pays jusqu'à l'élection. La plupart doivent leur première fidélité à Guillaume Soro, un ancien commandant rebelle en chef qui est maintenant président de l'Assemblée nationale. M. Ouattara a ardemment courtisé leur allégeance. En plus d’avoir obtenu des emplois juteux dans l'appareil de sécurité, ils ont maintenu les vastes réseaux de contrebande et les systèmes d'imposition parallèles qu’ils ont établis en tant que chefs rebelles. Un récent rapport de l'ONU a estimé que la contrebande coûte des centaines de millions de dollars par an à l’Etat. M. Ouattara s’affirme comme un président fort. Le législateur lui a accordé le pouvoir de promulguer des lois relatives à l’économie par décret après qu’il a annoncé une croissance du PIB de près de 10% en 2012. Pourtant, il semble souvent sous l'emprise d’hommes en armes. Après l'arrestation de M. Ouérémi, certains ont exprimé, dans un optimisme prudent, que le président était enfin prêt à écarter certains des personnages les plus recommandables qui gravitent autour de lui. Le gouvernement a uniquement condamné, en mai, deux soldats ordinaires dans le camp du président pour des meurtres commis après la crise. Les gros poissons, cependant, sont restés impunis.

Traduit par Benjamin Silué.

Le Nouveau Courrier N° 830 Du Mercredi 17 Juillet 2013




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