Un haut cadre Pdci avoue : « Le seul qui pouvait nous sauver est à La Haye »

La naturalisation massive de près d’un million d’étrangers par le régime Ouattara est déjà l’objet de controverses au sein de la coalition au pouvoir. Si beaucoup se taisent encore, quelques uns com mencent à grogner et regrettent déjà Laurent Gbagbo.

Vendredi 8 Mars 2013 - 11:14


Un haut cadre Pdci avoue : « Le seul qui pouvait nous sauver est à La Haye »
600 000 personnes désignées pudiquement sous le vocable d’apatrides ont déjà reçu leurs certificats de nationalité ivoirienne sur un total estimé à 950 000. Il reste donc 350 000 cas à satisfaire dans les prochains jours ou semaines selon une partie de la presse proche du pouvoir ivoirien qui rapporte les propos du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, M. Coulibaly Gnénéma Mamadou. Ainsi donc, en un tour de bras, le fichier des nationaux ivoiriens devrait à terme s’enrichir d’environ un million de personnes. Une situation qui interpelle évidemment plus d’un Ivoirien dans la mesure où cette question de la naturalisation en masse d’étrangers vivant en Côte d’Ivoire n’a pas fait l’objet de débat ni public ni au parlement comme cela se fait dans les pays démocratiques.Cela est d’autant plus préoccupant qu’une augmentation aussi significative du nombre de nationaux aura assurément un impact significatif sur le fichier électoral pour les années à venir. Et quand on sait le flou artistique qui entoure généralement la confection des listes électorales dans nos pays, il ne serait pas surprenant que le million de nouveaux Ivoiriens se retrouve sur la liste électorale pour les élections générales de 2015. La perspective d’une profonde modification du corps électoral inquiète déjà plus d’un. A commencer par les partis politiques qui animent le microcosme politique ivoirien. Y compris au sein même de la coalition au pouvoir où les divergences de vue sont annonciatrices de dissensions futures pour ne pas parler de rupture. Particulièrement au sein du Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié, on soupçonne déjà Alassane Ouattara de vouloir se constituer un bétail électoral qui lui permettra de s’affranchir des alliances qu’il trouve d’ailleurs trop contraignantes. Ainsi, avec ces naturalisations massives, en 2015, Ouattara partira à la présidentielle avec une avance acquise d’un million d’électeurs.

 
"C’est grave ce qui se passe"
 

Il n’aura donc plus besoin de négocier avec qui que ce soit pour se faire élire. Cette fois, sans être obligé de faire régner la terreur au nord ou encore de manipuler les résultats pour se donner des pourcentages à la soviétique. « C’est grave ce qui se passe», réagit un haut cadre Pdci- Rda qui a requis l’anonymat. « Malheureusement, je l’avoue, la seule personne qui pouvait s’opposer à cette mascarade et sauver la Côte d’Ivoire est à La Haye », ajoute-t-il. Allusion à peine voilée à Laurent Gbagbo. Et le cadre Pdci de poursuivre : « je pense que la seule raison pour laquelle ils l’ont envoyé à La Haye, c’est pour faire tout ça ». Le problème du Pdci-Rda, c’est que son président Henri Konan Bédié a rendu les armes depuis longtemps et s’est livré mains et pieds liés à Alassane Ouattara après l’avoir combattu pendant plusieurs années. Il n’envisage désor mais plus l’avenir de son parti en dehors d’une alliance avec Ouattara alors qu’une bonne frange du parti pense exactement le contraire. Mais avec les moyens financiers de l’Etat que M. Ouattara met à sa disposition, Bédié a encore une totale mainmise sur son parti et arrive pour l’instant à étouffer toute velléité de contestation. Quant au Front populaire ivoirien (Fpi) pour qui tout est urgence en ce moment, et qui fait face à une terreur sans nom, il n’a pas toujours les ressources nécessaires pour mener toutes les batailles à la fois. Le parti dirigé par Sylvain Miaka Ouretto n’a d’ailleurs pas encore réagi à ces naturalisations massives qui pourraient pourtant anéantir son rêve de revenir au pouvoir par la voie des urnes. Peut-être craint-il d’être accusé de faire renaître l’ivoirité. Il paraît d’ailleurs que c’est cette crainte qui justifierait le refus d’Henri Konan Bédié de dénoncer ces naturalisations à la pelle. Finalement ce qu’Alassane Ouattara aura le plus réussi, c’est de foutre un terrible complexe à ses adversaires sur la question des étrangers. Quiconque tentera de s’opposer à cette naturalisation massive sera traité de xénophobe, d’ivoiritaire et de tous les autres noms d’oiseau. Le champ libre est ainsi laissé à M. Ouattara de se constituer un bétail électoral et d’installer sur la Côte d’Ivoire une domination sans partage de son parti, le Rdr. Pour de longues années. Ce qui justifierait l’arrogance des responsables de ce parti, même à l’égard de ses alliés.

 
Augustin Kouyo




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