Un ancien conseiller français parle de la suite des événements en Côte d’Ivoire: « On va devoir attendre le feu vert de la France ; mais il faut savoir le provoquer »

Savoir provoquer l’intervention de Paris dans le déni de justice en Côte d’Ivoire, c’est ce que croit savoir un ancien conseiller français de Laurent Gbagbo qui observe également qu’il va aussi falloir attendre le feu vert de la France.

Mardi 31 Mars 2015 - 00:41


Image d'archives: Scène de violence électorale en Côte d'Ivoire
Image d'archives: Scène de violence électorale en Côte d'Ivoire
Alors que le calme abidjanais avait, semble-til, donné l’impression que tout repartait à nouveau dans le pays après les tragiques événements de la crise postélectorales consécutifs au refus d’Alassane Dramane Ouattara de procéder au recomptage des voix de la présidentielle de 2010, la grève dans les lycées, collèges et universités est venue rappeler, ces derniers jours, que la Côte d’Ivoire est toujours assise sur un volcan à quelque sept mois des élections présidentielles auxquelles Ouattara, déjà investi par son parti, est candidat. La situation sociale est d’autant plus explosive que le chef de l’Etat est inéligible au regard de la constitution dont l’article 35 l’empêche de se représenter. Voté en 2000 sous la présidence du général Guéi en pleine polémique sur le « et » le « ou », cet article a depuis toujours contrarié le destin de Ouattara qui ne s’est finalement présenté à l’élection présidentielle de 2010 qu’à la suite de la rébellion qui a divisé le pays et d’un arrangement politique uniquement valable pour l’élection de cette année-là. La lettre de Thabo Mbéki, le médiateur de l’Union Africaine dans cette crise, est là pour le rappeler. Mais il y a surtout l’accord politique de Marcoussis lui-même qui a servi de base juridique à cette médiation. Tous les deux cadres insistent sur le fait que l’article 35 doit être modifié par un référendum. Or, à quelques mois de la présidentielle, le régime qui craignait un désaveu de la population qui lui est largement hostile, n’a pas osé organiser ce scrutin, obligeant Alassane Dramane Ouattara à inventer une jurisprudence inexistante comme l’accord de Pretoria pour servir de base à son éligibilité. Or un tel contexte politique, extrêmement tendu en raison du débat politique heurté, le harcèlement judiciaire de plusieurs centaines de prisonniers politiques proGbagbo, et la nomination d’un obligé à la tête du conseil constitutionnel, est désormais nourri par la grève des lycées, collèges et universités à laquelle il faut également ajouter celle des enseignants. Les premiers demandent de meilleures conditions académiques, y compris leur relogement dans les cités universitaires encore occupées par d’anciens combattants proches du régime, tandis que les seconds exigent l’effectivité du déblocage des salaires que le gouvernement avait lui-même annoncés pour fin janvier 2015. D’autres secteurs d’activités comme les mines sont également concernés par les mouvements de protestation réprimés sans ménagement, mais sans les contenir, par le gouvernement. Au total, une cinquantaine d’étudiants et élèves ont été arrêtés et jetés en prisons, tandis qu’on note de nombreux blessés. Alors que ni le chef du gouvernement, encore moins le chef de l’Etat ne se sont encore saisis de cette affaire, les ministres des départements concernés ont affiché de la morgue pour les manifestants qualifiés d’enfants gâtés par le journal « Le Patriote », proche de Ouattara et le ministre de l’éducation nationale Kandia Camara a clairement menacé les enseignants de fermer l’école si ses interlocuteurs ne renonçaient pas à la grève. Mais il ya surtout ceux qui ne discutent jamais avec les grévistes comme le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique Gnamien Konan, réputé pour attiser le feu. Alors que les congés de Pâques ont permis de desserrer un tant soit peu l’étau autour du gouvernement, il est évident que la rentrée devrait être compliquée, puisque les grévistes demandent à présent la libération de leurs camarades et la satisfaction de leurs revendications initiales. Face au mépris du gouvernement, le président par intérim du FPI Sangaré Abou Drahamane a prévenu sur les risques d’un embrasement général. C’est ce risque qu’analyse également l’ancien conseiller français du Président Laurent Gbagbo. Car au plan politique, la coalition de Ouattara se ratatine au fur et à mesure, même si Henri Konan Bédié, le président du parti, continue de soutenir la candidature unique de Ouattara qui a d’ailleurs recueillie 100% de voix au dernier congrès extraordinaire du PDCI. Mais les opposants à l’appel de Daoukro ne se découragent pas. Ils promettent une convention du parti pour désigner le candidat du PDCI aux élections d’octobre. D’ailleurs leurs principaux candidats à l’investiture, en tournée dans l’hexagone, se sont d’ores et déjà rangés dans une coalition qui demande la reprise du processus électoral, la désignation d’un nouveau candidat de la CEI plus consensuel que celui en place, la redéfinition d’un nouveau code électorale… Quant au front populaire ivoirien (FPI) qui prépare son congrès pour élire Laurent Gbagbo à la tête du parti, il revendique le retour de son leader au pays pour contribuer à la réconciliation nationale. Moqué par ses adversaires après sa chute, l’ancien président ivoirien est en effet devenu le centre nerveux de la vie politique ivoirienne. Le défilé quasi quotidien des hommes politiques du pays, y compris de deux des candidats du PDCI est révélateur de l’intérêt qu’il suscite. Abou Drahamane Sangaré, son alter égo expliquait justement, récemment, dans une interview accordée à la journaliste italienne Nicoletta Fagiolo, que l’ancien président sait toujours rebondir. Assurant que c’est lorsqu’on le croit fini que Gbagbo rebondit toujours. Les faits, pour l’instant, semblent lui donner raison, puisque les hommes politiques d’autres pays passent aussi saluer l’ancien président ivoirien en passe de devenir une icône internationale. Il sera même, en son absence, la principale attraction de la grande marche du 11 avril qui se déroulera dans les rues de Paris. La coalition anti-Ouattara s’organise et, avec elle, une opposition telle que Ouattara n’en avait plus connue depuis plusieurs années. Après, il lui appartiendra de mettre la pression sur le régime, même si de l’aveu de ce conseiller, « on va aussi devoir attendre le feu vert de Paris ». Un feu vert « qu’il va aussi falloir savoir provoquer »



SévérIne Blé

Source: Aujourd’hui / N°858
 




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