Un an de pouvoir et de traque des pro-Gbagbo/Ouattara dans la peau d’un chasseur de prime

Samedi 30 Juin 2012 - 03:10


Un an de pouvoir et de traque des pro-Gbagbo/Ouattara dans la peau d’un chasseur de prime
Ouattara s’est adjugé une nouvelle fonction aux antipodes des traditionnelles prérogatives présidentielles. Ouattara se plait de plus en plus dans la peau d’un chasseur de prime. Comme dans un western américain. «En ce qui concerne mon frère Koné Katinan, effectivement, il réside au Cameroun. Il a fait des déclarations et des prises de position qui sont contraires au statut de réfugié qu’il semblait avoir, selon les renseignements qui m’ont été communiqués par les autorités camerounaises. Il est actuellement recherché par les autorités. Le président Biya et même sommes en contact pour régler cette question. Je préfère ne pas en dire plus. Les suites seront connues assez rapidement». La personne qui tient ces propos n’est pas un vulgaire chasseur de prime comme on le verrait dans les westerns américains. Il s’agit bel et bien de Ouattara. Il ne veut plus se contenter d’orienter sa vision du développement et de signer les grands dossiers de la République. A ses traditionnelles prérogatives présidentielles, il a ajouté depuis longtemps, la traque des pro- Gbagbo, un rôle qu’il campe à merveille. Sinon comment comprendre qu’un chef d’Etat puisse passer le clair de son temps à traquer ses opposants ? De pays en pays.
Le dimanche 29 mai 2011, Alassane Ouattara était au Ghana où il rencontrait le Président Attah Mills. Officiellement la discussion devait porter sur la coopération bilatérale entre les deux pays concernant notamment le cacao, le café et le pétrole découvert à la frontière sud des pays. Mais plus officieusement, Ouattara était au Ghana pour plaider auprès des autorités de ce pays afin qu’elles lui livrent mains et pieds joints les personnalités ivoiriennes proches de l’ancien Président Laurent Gbagbo qui y ont trouvé asile politique. Ouattara avait tout fait mais il était revenu de son voyage avec la promesse que «le Ghana ne servirait jamais de base arrière pour déstabiliser ses voisins». Sans plus. Des mois plus tard, d’autres missions obscures foulaient la terre ghanéenne pour arrêter ou à défaut procéder à des assassinats des Ivoiriens en exil. De tractation en tractations, le pouvoir Ouattara a dû se contenter du retour de quelques pro-Gbagbo. A savoir Gervais Coulibaly, Mel Théodore, Henriette Lagou Kabran Appiah etc. Mais ce n’était pas vraiment le calibre des personnalités recherchées. Des missions ont été également envoyées en toute discrétion dans les autres pays de la sous région sans succès.
Le 6 juin 2012, parti prendre part au Sommet des chefs d’Etat de l’union monétaire ouest africaine (uemoa), tenu le mercredi 6 juin 2012 à Lomé au Togo, Alassane Ouattara revient en Côte d’Ivoire avec «un gros gibier», selon les journaux qui lui sont proches. Moise Lida Kouassi est arrêté au Togo où il était en exil depuis l’arrestation du Président Laurent Gbagbo dont il a été le ministre de la Défense dans la première équipe gouvernementale. Lida Kouassi est extradé le même jour à Abidjan quelques heures seulement après son arrestation. L’information devient officielle, car elle est reprise par le ministre de la Poste, des technologies de l’information et de la communication (Ptic) et Porteparole du gouvernement, Koné Nabagné Bruno. Qui au cours d’une conférence de presse, à l’issue du Conseil des ministres tenu, mardi 5 juin au Palais présidentiel au Plateau, annonce d’un air goguenard ‘’C’est une prise importante’’. Vendredi 15 juin une rumeur annonce l’arrestation du ministre Koné Katinan Justin Porte-parole du Président Laurent Gbagbo emprisonné à La Haye. Le samedi 16 et dimanche 17, les journaux proches du régime Ouattara barrent leur une sans avoir la certitude que l’information est juste: «Katinan arrêté au Cameroun» pour les uns, «Koné Katinan arrêté hier au Cameroun, extradé samedi à Abidjan», pour les autres. Pendant ce temps c’est la consternation dans le camp des pro-Gbagbo. Mais dans les faits, l’information s’avère fausse et non fondée. Des journaux plus réservés publient des propos qu’ils attribuent à Katinan dans lesquels ce dernier ne se sent concerné ni de près ni de loin par ces informations sur son probable arrestation. Malgré ce démenti, le lundi 18 juin les mêmes journaux proches du pouvoir Ouattara ne démordent pas et persistent plutôt dans la diffusion d’informations erronées. « Katinan bel et bien arrêtés, son extradition n’est qu’une question d’heure » écrivent les uns, « Katinan Bel et bien arrêté au Cameroun : voici pourquoi il n’est pas encore extradé », se justifient les autres. A la vérité l’opinion nationale et internationale venait de découvrir l’autre visage du nouveau pouvoir ivoirien : le mensonge quand la traque n’a pas marché. C’est dans cette logique que s’inscrit la nouvelle autorité du pays.
Parti comme à ses habitudes, pour un autre long voyage, dit-on officiellement en Israël et subsidiairement en France -, Alassane Ouattara est de retour depuis lundi. Accueilli par son petit frère le nommé Birahima Ouattara – confondant famille et pays- , le successeur de Gbagbo au palais des Ivoiriens a eu du mal à donner les nouvelles de son interminable et dispendieux périple de plus en plus agaçant pour les populations qui n’attendent de lui rien que des solutions à leurs problèmes. Mais l’homme qui est arrivé à la tête de leur pays dans un char français a d’autre chat à fouetter. La preuve, alors que ses propres réseaux distillaient aux quatre vents «les retombées d’une visite en Israël» - comme s’il suffisait de prononcer une conférence au Forum Facing Tomorrow 2012 de Jérusalem pour voir la manne des juifs tombées du ciel ivoirien- pressé de questions notre Ouattara à nous a trouvé l’occasion de rester évasif sur la quintessence de sa pérégrination. «J’ai eu l’occasion de défendre l’Afrique dans le monde» a tenté de se justifier le nouveau chef d’Etat ivoirien. Quelle est donc cette Afrique qui l’a commissionné pour parler en son nom ? Ne lui poser surtout pas cette question, sinon vous risquer de finir vos jours en prison. Finie la petite digression ! En effet, pour une attente, c’en était bien une, raison de plus d’être scotcher à nos téléviseurs pour entendre la bonne nouvelle venue de la terre promise. Mais les populations ivoiriennes devront attendre encore et encore. Car Ouattara a tout fait en Israël sauf chercher les solutions à leurs innombrables problèmes. Et pour cause, cette fois-ci il n’y aura pas de pêche miraculeuse dans le Jourdain. C’est ce qui explique qu’il faut rester vague : «La coopération bilatérale dans plusieurs domaines va se renforcer» dixit Ouattara. A la réalité la fameuse coopération bilatérale n’est plus ce qu’elle était, elle s’est dégradée et si Ouattara en parle si vaguement, ce n’est rien d’autre que la face visible de l’échec du plaidoyer en vue de doter ses Frci d’armes. Tout le monde connaît la raison d’une telle débauche d’énergie qui n’est autre que s’équiper militairement. Mais la Côte d’Ivoire est sous embargo onusienne que Ouattara lui-même a appelé de tous ses voeux. Par conséquent, aucun pays ne peut se permettre de lui fournir des armes, fussent-elles pour le maintien d’ordre. L’on ne moissonne que ce que l’on a semé et Ouattara a semé une rébellion, il ne peut que récolter l’insécurité. Les Israéliens l’ont si bien compris qu’ils ont refusé à leur hôte les clés de leurs armureries. C’est un Alassane Ouattara en plein Drame ! Qui ne pouvait que trouver «quelque chose» à dire pour faire sauter d’euphorie ses partisans qui aiment bien se contenter des effets d’annonce.
C’est vrai qu’ils ont l’habitude des actions d’éclat qui consistent à arrêter les partisans du Président Laurent Gbagbo et les brandir à la télévision. Mais le dernier coup «Katinan arrêté au Cameroun et extradé samedi à Abidjan » s’est avéré un pétard mouillé. Il fallait tout faire pour remonter le morale dans le dozoland pour que les Frci ne baissent pas la garde. Voici ce qui explique cet autre mensonge au sommet de l’Etat de Côte d’Ivoire. «En ce qui concerne mon frère Koné Katinan, effectivement, il réside au Cameroun. Il a fait des déclarations et des prises de position qui sont contraires au statut de réfugié qu’il semblait avoir, selon les renseignements qui m’ont été communiqués par les autorités camerounaises. Il est actuellement recherché par les autorités. Le président Biya et même sommes en contact pour régler cette question. Je préfère ne pas en dire plus. Les suites seront connues assez rapidement». A lire ces propos de Alassane Ouattara rapportés par le confrère Soir Info le mardi 26 juin, le premier sentiment qui pourrait animer tout ivoirien est que leur chef d’Etat s’est substitué aux chasseurs de prime. Ses seuls voyages à l’extérieur se résumeraient à capturer les citoyens ivoiriens vivant en exil pour les ramener de force dans leur pays qu’ils ont fuit pour insécurité et les jeter en prison. Comme nous l’avons démontré plus haut. A cette allure, il va falloir redéfinir les rôles. Les fins limiers de la police vont prendre la présidence et Ouattara va désormais s’atteler à son jeu favori : traquer les pro-Gbagbo.
 
Simplice Allard
simpliceallard@yahoo.fr
 
Source: Le temps-N ° 2 6 5 6 l M E R C R E D I 2 7 J u I N 2 0 1 2
 
 




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !