Un Front pour la sauvegarde de la Nation et de la Démocratie ?

Mardi 7 Mai 2013 - 07:41


Image d'archives-Le FPI chez Bédié
Image d'archives-Le FPI chez Bédié
Depuis les récentes élections locales qui ont consacré à la fois le discrédit de la Commission électorale "indépendante" - qui devrait être rebaptisée "machine à faire gagner le RDR au forceps" - et l'échec du RHDP, Alassane Ouattara se signale par un activisme politique inhabituel. A peine a-t-il annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2015 qu'il a déclaré, lors de sa tournée de pré-campagne dans le Tonkpi, que le prochain scrutin se déroulerait sous l'égide de ce qu'il a nommé "le vote électronique". Dans la foulée, il se substituait à la justice pour proclamer que les assassins du général Guéi seraient bientôt connus ; et il jouait maladroitement la partition de la compassion concernée en s'intéressant bruyamment au bilan de santé de Simone Gbagbo. Cet activisme un peu désordonné s'explique par ce qui apparaît comme sa préoccupation majeure du moment : prendre les devants pour conjurer l'impasse qui s'annonce. S'il annonce sa candidature plus de deux ans avant le prochain scrutin - contre tous les usages politiques habituels -, c'est parce qu'il tente de souder autour de lui des forces disparates et plus que jamais divisées. Au sein de son parti d'abord. A l'image de Henri Konan Bédié et de lui-même qui scrutaient les signes d'un trépas à la fois redouté et espéré quand ils sondaient le regards d'un Félix Houphouët- Boigny finissant, Guillaume Soro et Hamed Bakayoko fourbissent leurs armes comme s'ils ne voyaient dans leur chef qu'une sorte de Léon Mba à l'ivoirienne - trop vieux et trop malade pour durer au-delà d'une période somme toute transitoire. La percée des indépendants dans les bastions du parti "de la Case" lors des dernières municipales témoigne aussi du mauvais état de l'appareil du RDR, plus que jamais éloigné de sa base. Ouattara espère que son "équation personnelle" et la perspective d'une nouvelle bataille politique soudera son petit monde autour de lui.

Le PDCI au pain sec et à l'eau ?

En sortant son jeu, Ouattara veut aussi obliger le PDCI, son allié qui doute, à faire comme lui. Ce qu'il espère, c'est que le "vieux parti" ne présente pas de candidats en 2015, et s'y engage dès à présent. Une bien curieuse obsession de la part du chef d'un parti qui, si l'on en croit une CEI à sa botte, a gagné à la fois la présidentielle 2010, les législatives 2011, les municipales et les régionales 2013 ! De son côté, le PDCI, passablement divisé, sait très bien que s'il dévoile des ambitions qui déplaisent, il sera mis "au pain sec et à l'eau" et éloigné par tous les moyens des circuits de pouvoir et d'argent. Très clairement, la Côte d'Ivoire est dans un "moment politique" fondamental. Et seule la réactivité de la classe politique et de la société civile pourrait conjurer la mise à mort de la démocratie et des grands équilibres nationaux par un pouvoir qui se sait irrémédiablement minoritaire. Un exemple : en donnant à l'opinion l'os à ronger du "vote électronique", Ouattara veut court- circuiter le nécessaire débat national sur l'actuelle CEI. Pourquoi et comment a-t-elle failli ? Est-ce sa surpolitisation, l'abus de position dominante d'un RHDP plus soucieux de technologie électorale que de transparence démocratique, qui expliquent les contestations récurrentes et concordantes dont elle fait l'objet ? Quel format donner à la future CEI ? Quelles garanties politiques et techniques de transparence ? Alassane Ouattara ne devrait pas pouvoir s'en sortir par la pirouette du "vote électronique", qui a de toute façon donné des résultats techniques peu concluants au Ghana et au Kenya. Il ne devrait pas pouvoir se servir des réformes liées aux questions de nationalité pour se tailler dans l'opacité totale, une liste électorale sur mesure. Ce sont ces questions cruciales qui rendent nécessaire, non pas une alliance strictement électorale entre le FPI et le PDCI, mais un véritable "front" à caractère programmatique qui réunirait le plus grand nombre de partis politiques et d'organisations de la société civile sur des questions telles que les règles du jeu électoral, la "décriminalisation" des forces armées, une approche consensuelle des questions liées à la cohabitation entre les communautés, etc... S'il existe une telle "majorité d'idées", déterminée et offensive, elle pèsera de tout son poids - y compris aux yeux des grandes puissances, qui continuent de soutenir sournoisement l'actuel régime malgré ses dérives. En l'absence d'une force organisée qui, lui faisant face, rendrait leur position à la fois contre-productive et intenable.

Par Théophile Kouamouo

Le Nouveau Courrier N°792 du Lundi 06 Mai 2013




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