Tuer la démocratie

Mardi 12 Novembre 2013 - 03:51


Image d'archive: Violence post-électorale en Côte d'Ivoire
Image d'archive: Violence post-électorale en Côte d'Ivoire
C’est la énième fois que cela se produit. Nous venons (encore) d’assister à une répression - ou du moins à une tentative de répression - sauvage d’un meeting de l’opposition par les nervis du RDR, parti au pouvoir, à Oumé.
Lorsqu’un régime politique se montre ainsi, à tous égards, susceptible et outrageusement agressif contre la moindre critique formulée à son encontre, la démocratie ne peut qu’être en danger. En Côte d’Ivoire, la démocratie est bel et bien en danger. Elle est même agonisante depuis le changement brutal et sanglant survenu au sommet de l’Etat, en avril 2011. Depuis lors, les nouveaux tenants du pouvoir, tentent obstinément de museler l’opposition politique. Des centaines d’opposants sont emprisonnés ou contraints à exil. Le FPI (front populaire ivoirien), principal parti d’opposition est traité comme l’ennemi public N°1 par les caciques du parti au pouvoir et par leurs militants. Certes, il a fallu d’énormes pressions de toutes parts pour contraindre le régime en place à ravaler, un tant soi peu, sa haine viscérale pour ses opposants politiques, afin d’en libérer, provisoirement et à son corps défendant, quelques-uns, voire d’initier un dialogue politique. Pour autant, la démocratie a-t-elle pris son envol au pays des éléphants ? Nullement. Le dialogue initié, s’est malheureusement soldé par un fiasco total. En fait, il s’agissait, bien sûr, pour ce régime, de céder à la pression, de donner l’illusion d’une démocratie en marche, tout en reniant ce qui en fait la force : le respect des règles du jeu démocratique.

La liberté de se réunir et de s’exprimer, menacée

De tout temps, la liberté de manifester, de se réunir ou de s’exprimer, sont des baromètres incontournables dans un pays qui se veut démocratique. Mais dans notre cher pays, depuis l’avènement d’Alassane Ouattara, se réunir et s’exprimer librement n’ont pas toujours été chose aisée. L’on a encore en mémoire les tristes irruptions des barbares du RDR sur les lieux de rassemblements de l’opposition ; et les scènes de violences inouïes par lesquelles ils se sont illustrés : chaises cassées, matériels de sonorisation vandalisés, les militants de l’opposition sauvagement agressés, d’autres pourchassés… Quand les vandales du RDR, ne suffisent pas, des FRCI de Ouattara, plus enclins au désordre qu’à l’ordre, sont appelés à la rescousse. Malgré tout, l’opposition n’a pas baissé les bras. L’arrivée de son président, fraichement libéré - on peut le dire - lui aura une nouvelle vigueur. Avec courage, elle s’est lancée à la conquête du pays profond pour remobiliser ses militants. Hélas, force est de constater que cela n’est pas du goût du régime en place. Pour lui, laisser l’opposition prospérer, c’est courir le risque de voir exposer d’avantage sa laideur et son incompétence. Le chantage éhonté est la première arme dont se sert le pouvoir vouloir freiner les ardeurs de l’opposition. Pour les tenants du pouvoir, c’est l’occasion rêvée, de brandir au nez des  leaders de l’opposition, la menace d’un nouvel emprisonnement. C'est-à-dire, leur rappeler – sans cesse - le caractère « provisoire » de leur liberté. Lorsque le chantage ne suffit pas, c’est à la « victimisation » de prendre le relai. Affi N’guessan, ou encore Koua Justin (leader des jeunes du FPI), sont, sans cesse accusés par le régime en place, de tenir des propos « provocateurs » à l’égard de son mentor « bien-aimé » ou encore de ses militants instrumentalisés et présentés comme les – seules – victimes de la crise post-électorale. Le tout, au nom de « la réconciliation nationale ».

La « réconciliation » pour tuer la démocratie ?

Réconciliation, oui, mais à quel prix ? Les plus grincheux pourraient s’étonner d’une telle question, dans le contexte actuel de la Côte d’Ivoire, un pays qui a plus que jamais besoin de réconciliation pour renouer avec la paix et le développement. Mais la question a bien sa place tant que l’on tentera de se servir de la réconciliation comme paravent pour masquer sa propre peur de la démocratie, en somme, pour « tuer » la démocratie.
La question peut-être la suivante : jusqu’où s’arrête la démocratie pour que se poursuive la réconciliation ? Ou encore, doit-on sacrifier la démocratie au motif que l’on est dans un processus de réconciliation ; doit-on fermer les yeux et se taire sur les tares et les dérives du régime en place parce que le faire serait, « jeter de l’huile sur le feu », « provoquer les victimes » et ainsi mettre à mal le processus de réconciliation ? En tout cas, c’est bien à l’affirmative que l’attitude du RDR nous mène. Ce parti qui, à la moindre critique crie à la provocation et verse des larmes de crocodiles pour « ses » victimes.
Le RDR a bien tort de croire que se réconcilier doit signifier pour l’opposition, gober tout ce que le pouvoir trame tout en restant inerte. Le Parti de Ouattara a tort de vouloir sacrifier la démocratie au nom de la réconciliation. Bien au contraire, le jeu démocratique doit être au cœur du processus de réconciliation. C’est en s’exprimant que les hommes arrivent à se vider de leurs haines, à se pardonner, à guérir du mal qui les ronge…
Le régime doit plutôt privilégier le dialogue et le débat politique pour apporter la réplique nécessaire à l’opposition, plutôt que de pousser ses militants à la haine et à la vengeance. Encore faut-il avoir le courage et les arguments solides pour le faire. En fait, le RDR, parti politique d’Alassane Ouattara, a une peur bleue du jeu démocratique. Ce qui justifie son reflexe indécrottable de parti politique abonné à la violence, à la barbarie.
C’est pour n’avoir pas joué franc-jeu dans la conquête démocratique du pouvoir que ce parti ce retrouve aujourd’hui réduit à user de subterfuges pour se maintenir au pouvoir. Car s’il avait battu proprement et à la loyale le FPI  de Laurent Gbagbo dans les urnes, s’il avait utilisé des « armes » conventionnelles du jeu démocratique, il n’aurait pas, aujourd’hui, besoin d’avoir recours à la violence, aux intimidations, aux chantages… Son leader, Alassane Ouattara, se serait de toute évidence imposé comme celui qui réconcilie les ivoiriens, celui qui les rassemble, comme un seul homme, autour de la mère-patrie malade. Hélas…
 
Marc Micael
Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr




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