Trois semaines après l’offensive des Frci à l’Ouest/ Un témoin raconte:‘‘Les FRCI installent et protègent les Burkinabè’’

Mercredi 4 Juillet 2012 - 07:03


FRCI (Force Républicaine de Côte d'Ivoire)
FRCI (Force Républicaine de Côte d'Ivoire)
Alain Tchéa G. est originaire d’un village de la région de Taï dont il ne souhaite pas citer le nom pour éviter que la poignée de membres de sa communauté qui y est restée subisse des représailles. Après avoir été témoin de la prétendue opération militaire de sécurisation des FRCI et après avoir subi un traitement dégradant de la part de celles-ci, il a accepté de parler.
‘‘Cette opération militaire de sécurisation de l’Ouest, engagée contre de prétendues miliciens et mercenaires libériens que le régime Ouattara assimile au président Laurent Gbagbo est-elle un alibi pour chasser les Guéré de leur village et leur campement au profit des Burkinabè ?», s’interroge Alain Tchéa G. Qui, après nous avoir fait promettre de ne pas dire le nom de son village, choisit de nous dévoiler ce qui se passe réellement sur le terrain.
«Avant que les FRCI n’arrivent chez nous, nous avons vu les Burkinabè des villages se regrouper comme s’ils devaient accueillir leurs frères, leurs sauveurs. On entendait par exemple certains dire qu’ils pourront désormais exploiter librement les forêts qui leur ont été illégalement attribuées par des gens de leur communauté contre le gré des propriétaires terriens qui ont déposé une plainte devant l’administration locale. Un Burkinabè du nom de Kouanda a ouvertement demandé à ses frères qui sont rompus au maniement des armes, de se préparer à prêter main forte aux Frci pour la réussite de leur mission. Il a également demandé que tous les Guéré qui avaient engagé une opération de réappropriation de leurs forêts au détriment des Burkinabè soient dénoncés comme des personnes qui sont opposées à une cohabitation pacifique dans les villages.
Dans un premier temps, nous n’avons pas quitté nos villages, pour ceux qui n’avaient pas encore fait l’objet d’attaque à Taï avant cette opération militaire des Frci. Puisque certains de nos cadres proches du pouvoir actuel nous ont rassurés sur le fait que l’armée étant républicaine, elle ne vient pas s’attaquer à une communauté au profit d’une autre. Mais dès que les Frci ont investi nos villages, c’est le contraire qu’il nous a été donné de voir. Lorsque l’armée du régime est arrivée dans notre village, tout s’est passé comme si elle avait déjà une liste de personnes à mettre aux arrêts. Elle a commencé à passer au peigne fin les habitations.
Il faut préciser que la descente dans chaque village est précédée de tirs nourris créant une véritable panique chez les habitants. Une fois dans le village, des fouilles systématiques sont opérées. Malheur aux personnes respirant encore la jeunesse. Ils sont tout de suite mis aux arrêts et soumis à interrogatoire dans une brutalité sans nom. Pour eux, soit on est milicien soit on est complice car les éléments des Frci disent ne pas comprendre ce que des jeunes Wê pouvaient faire dans les villages de l’ouest si ce n’est pour se faire enrôler en vue de faire la guerre», explique Alain Tchéa G. qui n’a pas échappé à ce principe de musellement des jeunes Wê.
«Comment j’ai échappé à un transfert sur Abidjan»
«Des personnes accusées d’être des miliciens, sans aucune preuve, ont été arrêtées et transférées à Abidjan», révèle notre témoin qui, selon lui, a eu son salut grâce à un ressortissant burkinabé à qui ses parents ont concédé une portion de forêt depuis plusieurs décennies et avec qui ils sont en de bons termes. «C’est lui qui a plaidé pour ma cause auprès d’un chef des Frci qui se fait appeler «Doss». Mais avant de libérer tous ceux qui ont bénéficié de l’intervention de tierces personnes, que n’avons-nous pas entendues comme injures parce que d’ethnie Wê ?», se rappelle encore Alain qui retient encore des menaces qui ont été proférées cette phrase : «S’il faut vous massacrer jusqu’au dernier Guéré pour avoir la paix dans ce pays, nous n’allons jamais hésiter.» «La présence des Frci est apparemment une providence pour nos frères Burkinabè qui peuvent aller et venir librement de leurs champs, s’adonner à des travaux champêtres pendant que nous qui sommes les propriétaires terriens ne pouvons ni avoir accès aux nôtres ni travailler. Sous le regard complice des FRCI, les Burkinabè ne cessent de peupler le village, exploiter des espaces pour construire des habitations. D’autres ne se gênent pas de porter des armes dans chacun de leurs déplacement pendant que nous, Wê, sommes soupçonnés de cacher d’entretenir des miliciens armées. Chaque soir, les éléments Frci et les Burkinabè se retrouvent pour trinquer ensemble et élaborer des stratégies pour maintenir la terreur dans notre camp», indique notre témoin.
Face à cette psychose, Alain Tchéa G. a décidé de quitter la région pour ne pas retomber aux mains de ses ex-ravisseurs, contrairement à la dizaine de personnes dont il a été témoin du transfèrement à Guiglo où les Frci ont une base militaire. Bagohouo : à la recherche d’or, les miliciens d’Amadé Ouérémi sèment la terreur… Le 26 juin dernier, des éléments de Amadé Ouérémi du Mont-Péko [chef de guerre burkinabé accusé de crimes contre l’humanité], ont investi Guingolo-Zia, dans la sous-préfecture de Bagohouo, chef-lieu de département de Duékoué, pour, disent-ils, extraire de l’or qui y aurait été découvert. Et se sont mis à creuser le «sous-sol» sous le regard impuissant des populations. Le chef de village, qui a demandé de surseoir à cette opération en attendant une décision de l’autorité gouvernementale, a fait l’objet d’une mise en garde.
Les hommes d’Amadé Ouérémi ont conseillé aux populations autochtones avec qui ils entretiennent des relations de s’en aller. Au risque de subir des représailles de la part de leurs compatriotes qui ont décidé de «contrôler l’exploitation de l’or de Guingolo- Zia». A ce jour, c’est l’exode chez les populations de cette localité qui sollicitent une intervention de l’administration préfectorale. Elle n’a malheureusement pas encore réagi, d’après les informations qui nous parviennent.

Par Gilles Naismon
 

SOURCE: Le Nouveau Courrier N°554 >Du mardi 03 juillet 2012
 
 
 




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