Trafic des enfants dans la cacaoculture: L’enquête-révélation qui dérange

«Le goût amer du Chocolat», c’est le nom de l’enquête réalisée cette année par le journaliste d’investigation danois, Miki Mistrati, pour dénoncer la «pérennisation» sinon l’aggravation du phénomène près de trois ans après la crise postélectorale. Et alors même que les autorités actuelles de la Côte d’Ivoire ainsi que les firmes chocolatières avaient annoncé la fin sinon la nette régression du phénomène du travail des enfants dans la cacaoculture. Une enquête qui dérange aussi bien le régime Ouattara que les chocolatiers du monde.

Lundi 16 Décembre 2013 - 00:29


Le phénomène du travail des enfants dans la cacaoculture avait été utilisé comme une «arme de destruction» pour davantage diaboliser l’administration Gbagbo. Entrainant du coup, à l’époque (entre 2007 2010), un «boycott» tacite du cacao made in Côte d’Ivoire, présenté comme étant le fruit du travail des enfants. L’opposition d’alors conduite par un certain Alassane Ouattara en avait fait son cheval de bataille dans sa stratégie d’affaiblissement sinon de diabolisation de Laurent Gbagbo. Aujourd’hui, on se rend bien à l’évidence que le phénomène est loin d’avoir disparu comme par enchantement sous Ouattara. Et pis, le phéno- mène tant à prendre des proportions alarmantes. Le journaliste danois, Miki Mistrati, auteur du documentaire «la face cachée du chocolat» en 2010, est revenu à nouveau à la charge presque trois ans après la crise postélectorale. Au moment où aussi bien les nouvelles autorités ivoiriennes que les firmes internationales semblaient dire que le phénomène du travail des enfants dans les plantations de cacao avait pris fin.

Une enquête qui dérange chocolatiers et autorités ivoiriennes

 Dans une enquête intitulée «Le goût amer du chocolat», réalisée il y a à peine trois mois et diffusée le 10 décembre dernier par la chaîne «France Ô» du Groupe France Télévisions, le confrère danois révèle clairement que le phénomène semble avoir gagné en intensité en Côte d’Ivoire.  Et ce, en dépit des assurances d’Abidjan et de la mise sur pied du Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite et le travail des enfants, présidée par Mme Dominique Ouattara, l’épouse du chef de l’Etat ivoirien. Le journaliste danois nous apprend qu’alors que son enquête nécessitait un déplacement en terre d’Eburnie, il lui a été interdit de se rendre en Côte d’Ivoire. Les autorités ivoiriennes lui ont refusé le visa, via l’Ambassade de la Côte d’Ivoire au Danemark, son pays. Et ce, parce qu’il se rendait à Abidjan pour enquêter sur le trafic des enfants en direction des plantations de cacao en Côte d’Ivoire. La chancel- lerie ivoirienne l’a contraint à avoir l’aval d’une firme du chocolat pour  appuyer sa demande de visa, tout en sachant que l’enquête du journaliste d’investigation était mal vue aussi bien par les autorités ivoiriennes que par les firmes chocolatières. Miki Mistrati apprendra dans ses investigations qu’un véritable réseau de trafic d’enfants pour les travaux dans les champs de cacao existe. Les enfants, selon les informations recueillies sur le terrain proviennent pour la plupart du Burkina Faso et du Mali. «Ces enfants font l’objet d’un véritable trafic et viennent du Mali ou du Burkina Faso», révèle l’enquête. L’enquête dérange fortement les industriels, tant les images sont acca- blantes et montrent l’ampleur du phénomène sur le terrain. «Les conditions de travail ne sont ni ce qu’elles devraient être ni ce qu’on pensait qu’elles étaient», confesse dans le documentaire José Lopez, vice-président du Groupe Nestlé. On comprend pourquoi, le vice-président chargé des opérations Monde du Groupe Nestlé, José Lopez, s’était précipité à Abidjan, début octobre dernier, pour rencontrer Mme Dominique Ouattara, la présidente du Comité de lutte contre le travail des enfants. Et présenter, selon lui, les projets de développement communautaire mis en place par Nestlé pour lutter contre le travail des enfants dans la cacaoculture. En tout cas, en Europe, notamment en France l’enquête du journaliste d’investigation danois fait déjà jaser. Le quotidien français «Libération» en parlait déjà sur son site internet du 10 décembre dernier, avec un titre assez évocateur «Pas d’enfant esclave, pas de chocolat». «Le journaliste danois Miki Mistrati poursuit son travail d’investigation démarré il y a quatre ans pour dénoncer encore l’utilisation d’enfants esclaves dans les planta- tions de cacao de Côte-d’Ivoire», lit-on sur le site internet de «Libération». Un documentaire qui est diffusé dans une période (les fêtes de fin d’année), où les entreprises de chocolat en Europe font généralement de grosses ventes.


Par Gérard Koné

Source: Le Nouveau Courrier N° 951 Du Samedi 14 au Dimanche 15 Décembre 2013




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