Torturés et détenus à la Maca/ Yavo et Youan Bi : Témoignages glaçants de deux leaders du Cojep

A la faveur de l’arrestation et l’extradition de leur leader Charles Blé Goudé, Le Nouveau Courrier a enquêté sur les conditions d’enlèvement et de détention de deux autres leaders du Cojep. Martial Yavo et Youan Bi Agenor écroués à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca).

Jeudi 24 Janvier 2013 - 07:41


Image d'archives
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Né le 26 décembre 1975 à Azaguié- Ahoua, Martial Yavo, avant son enlèvement, exerçait comme inspecteur d’éducation au lycée moderne Leboutou de Dabou où il était en poste depuis le 22 octobre 2001. Militant du Congrès panafricain des jeunes et des patriotes(COJEP), devenu par la suite Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep), il a assumé à la faveur de la crise politico-militaire les fonctions de président par intérim dudit mouvement, de novembre 2011 à juin 2012). Le 13 juin 2012, le destin de Martial Yavo va chambouler. Kidnappé par des éléments des Frci, il se retrouve enfermé au camp génie à Adjamé sur ordre de Koné Zakaria, patron de la police militaire. Le 6 juillet de la même année, après trois semaines d’épreuves dans ce camp, il est présenté au juge Cissé Makouéni qui l’inculpe pour atteinte à la défense nationale, attentat ou complot contre l’autorité de l’Etat, constitution de bandes armées, etc.  Depuis cette date, il est incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA).
Retour sur l’embastillement de Martial Yavo Mercredi 13 juin 2012, Martial Yavo, selon les témoignages recoupés par Le Nouveau Courrier, se rend au siège du quotidien Notre Voie pour un entretien. Après quoi, il décide de regagner son domicile. Quelques mètres seulement, juste à la sortie du siège du jour - nal, il est tenu en respect et brutalisé par des individus en civil, armés de fusils d’assaut et de pistolets. Son compagnon subi le même sort que lui. Martial Yavo est aussitôt mai- trisé et introduit de force dans un véhicule de type 4x4. C’est là, selon les témoins de cette scène, qu’il réalise qu’il vient d’être victime d’un kidnapping orchestré par la hiérarchie des Frci. Quelques instants après, son com - pagnon et lui (embarqués dans différents véhicules) se retrouvent au camp génie,
devant Koné Zakaria. Après les avoir dépouil - lés de tous (argent, portable), ils sont conduits dans une pièce d’environ 12m2 qui sert de prison. Dans cette pièce insalubre, selon une indiscrétion, ils étaient au nombre de 80. Entassés ils l’étaient ; obligés de faire leurs besoins dans cette pièce qui n’en avait pas les commodités. Le premier jour fut un enfer, d’après le témoignage des proches de Martial Yavo. En effet, aux environs de 21h (ce mercredi 13 juin 2012), il est extrait de la cellule et conduit au bureau de Koné Zakaria. Celui-ci lui tend une liste de personnalités avec leurs numéros de téléphones portables. Il insiste pour qu’il leur donne rendez-vous cette même  nuit. Selon lui, ceux-ci sont soit les financiers de Martial Yavo, soit ses complices. Le président intérimaire du Cojep explique au maître des lieux que toutes ces personnes répertoriées n’ont rien à voir avec les chefs d’accusation brandis. C’est alors que Koné Zakaria rentre dans une colère noire et le confie à 10 de ses éléments. Pendant près de 2h, Martial Yavo subit un véritable supplice. Des coups de crosse de fusil, de botte, de cordelette… Ils veulent lui faire avouer, selon la confidence d’un élé - ment des Frci présent, des choses qu’il ignore. Koné Zakaria entreprend ensuite de faire signer des documents dans lesquels il reconnaitrait l’implication de Charles Blé Goudé dans les entreprises de déstabilisation du pouvoir. Il veut savoir où il se trouve, promettant à Martial Yavo une vie paisible avec beaucoup d’argent. Malheureusement pour eux, leur victime ne savait rien sur la cachette de son leader encore en exil. C’est à ce moment que Koné Zakaria lui-même entre en scène. Martial Yavo est conduit à son bureau. Là encore, en présence d’un ses élé - ments (un certain Méité). Il lui fait vivre de pires moments. Gifles, coups de pied, coups de ceinturon, tout y passe. Il est resté dans
cet état pendant trois jours sans manger ni boire. Malade, il sera conduit à l’Hôpital mili- taire d’Abidjan (HMA), le mercredi 4juillet 2012. Après l’intervention de la division des droits de l’homme de l’Onuci (qui a constaté qu’il était dans un piteux état), il a eu droit, deux semaines plus tard, à la visite de son épouse et de sa mère. Pendant son séjour au camp génie, Koné Zakaria lui a révélé que ses recherches ne le condamnaient en rien, mais qu’il ne pouvait le libérer. Martial Yavo devait attendre le retour, selon lui, d’Alassane Ouattara en visite en Israël qui devait en décider. Après avoir été entendu par la gen - darmerie d’Adjamé (le commandant de la bri- gade lui-même), le vendredi 22 juin 2012, il est conduit au parquet un mois après. C’est là qu’il se retrouve face à Mme Cissé Makouéni Delphine, vice-présidente, doyen des juges d’instruction du tribunal de première instance d’Abidjan Plateau. Il apprendra par elle qu’il vient d’être inculpé pour atteinte à la défense nationale, attentat ou complot contre l’autorité de l’Etat, constitution de bandes armées, etc. Il est mis sous mandat dépôt. Dans leur conversation, le juge d’instruction n’a pas hésité à lui révélé qu’il n’y a rien contre lui, mais le procureur a ordonné de placer Martial Yavo sous mandat dépôt. Le même vendredi 6 juillet, il est conduit à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan. Jusqu’à ce jour, Martial Yavo, selon ses proches, n’a pas encore été entendu par le juge d’instruction.
Youan Bi Tra Agenor : une surprenante arres- tation Père de deux enfants, Youan Bi Tra Agenor était en poste à Aboisso en sa qualité d’agent de l’Agence pour la gestion et la promotion de l’emploi (Agepe). Il est également mem - bre fondateur du Congrès panafricain des jeunes et des patriotes (Cojep), 2ème vice- président du bureau exécutif national.  Le vendredi 4 novembre 2011, son chef de ser - vice, Mlle L.S, en déplacement à Abidjan le joint pour représenter l’Agence à une mani- festation sportive de réconciliation organisée par la direction régionale du ministère de la jeunesse. Il se rend tout naturellement à Elliaghan, lieu de la manifestation. Jusqu’à 10h30, la cérémonie n’avait pas encore démarrée. Il décide de se rendre à la banque, située à 100m du lieu de la manifestation pour un retrait. Une fois à l’intérieur, un pro - blème de réseau est signalé, rendant impos - sible un quelconque retrait d’argent. Espérant que les choses seront réglées, il décide d’attendre 5mn encore. C’est ce moment que surgit quelqu’un qui le prend
par le poignet, lui demandant s'il répondait au nom de Tra Bi, Gooré Bi… Il se mit aussi- tôt à le brutaliser, l’entrainant dehors et l’obligeant à monter à bord d’un véhicule estampillé Frci. Il lui confisque ses porta - bles, sa pièce d’identité et sa carte profes - sionnelle. Youan Bi est conduit au corridor d’Assouba, à l’ancienne usine Unicafé. Une fois à cet endroit, il se trouve au milieu d’une vingtaine d’élément Frci armés de kalachni- kov qui le harcèle, lui posant toute sorte de questions : «Où est Blé Goudé ? Qui as-tu voté ? Combien de personnes as-tu brûlé ? Qui a gagné les élections ? Qui est le prési- dent de la République ?» L’un d’entre ses bourreaux ira jusqu’à dire qu’il faut le tuer. Un autre, rappelant qu’étant connu de tous, il fallait plutôt l’emmener au peloton de la gendarmerie où se trouve leur partenaire qui va se charger de l’enfermer. Ils le conduisent au commandement mobile du peloton dirigé par le capitaine Adjé Gnamien. Tout heureux de la grosse prise des Frci, celui-ci fait sortir une bouteille de Whisky qu’il sert aux bourreaux de Youan Bi Agenor. Le capitaine lui- même décide désormais de répondre aux coups de fil téléphoniques du captif. Il ne s’empêche pas de fouiller aussi son réper - toire et sa messagerie. Il garde Youan Bi Agenor à son bureau de 12h à 18h avant de
faire appel à la brigade d’Aboisso qui le met au violon jusqu’à 20h. ses bourreaux l’emmè - nent ensuite chez lui à Aboisso, au quartier SOS, pour une perquisition en présence de son épouse et de sa fille âgée d’un an. N’ayant rien trouvé, il le ramène à la brigade de gendarmerie où ils le gardent jusqu’au dimanche 6 novembre à 10h, pour le conduire ensuite à la brigade de recherche à Abidjan Plateau. Une fois dans ces locaux, le membre fondateur du Cojep est soumis à un interro - gatoire.  A savoir qui est le président de la République, quel a été son rôle pendant la crise post électorale, pourquoi tant de haine envers les populations du nord, pourquoi c’est à Aboisso qu’il travail et par ailleurs… ? Cette audition a duré de 13h30 à 18h30. Après quoi, ils l’ont déposé au poste de police de la gendarmerie d’Agban. Le 18 novembre, la brigade de recherche lui fait signer une déposition et le conduit devant le 3ème cabinet au tribunal du Plateau. C’est là que le juge le place sous mandat de dépôt. Depuis lors il est à la Maca et n’a jamais été interrogé. C’est au mois d’aout dernier que le 10ème cabinet dirigé par Koné Mamadou lui demande de signer une prolongation de détention. Youan Bi Tra Agenor a renvoyé poliment les émissaires du juge.

 Par  Saint-Claver Oula


Source: Le Nouveau Courrier.




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